L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. Les Accords de défense : de la Garnison à la Projection

« Irak, Syrie, Centrafrique, Sahel, les opérations militaires extérieures (OPEX) sont devenues une composante structurelle de l’activité opérationnelle des armées, en particulier de l’armée de terre ». C’est ainsi que le site officielle du gouvernement « Vie publique » qualifie les interventions militaires françaises à l’étranger. Le qualificatif de  « structurel » est particulièrement pertinent pour l’Afrique qui a été le théâtre de près de 60 interventions militaires françaises où dans lesquelles la France est impliquée depuis les indépendances. Il reflète également la place centrale du militaire dans les rapports qui se mettent en place lors des indépendances entre l’ancienne puissance coloniale et les nouveaux États indépendants.  La carotte de la « coopération » ne suffisant pas à assurer la pérennité du lien de dépendance, le bâton reste « une composante structurelle » pour la défense des intérêts français en Afrique. Le bâton des OPEX sert de chantage et de dissuasion pour ceux qui seraient tentés par une politique plus conforme aux intérêts des peuples africains d’une part et d’outil de nettoyage pour ceux qui ont osés se détourner du droits chemin français.

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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. Les Accords de Partenariat Economique (APE) : De la Françafrique à l’Eurafrique

Saïd Bouamama

Au moment où se « négocient » les indépendances des colonies françaises d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, la France met en place « un système de coopération » c’est-à-dire souligne le juriste Guy Feuer « un ensemble organisé et articulé d’éléments plus ou moins interdépendants[i] ». Le « traité de coopération et de défense » que la France signe formellement avec ses colonies est bâtit selon une architecture et un contenu unique. Il inclut l’ensemble des domaines de coopération (zone Franc, coopération commerciale et douanière, coopération culturelle, coopération militaire, etc.). Ce système s’impose en bloc pour l’ancienne colonie comme le souligne de manière paternaliste le premier ministre Michel Debré le 15 juillet 1960 s’adressant au futur président de L’État gabonais : « On donne l’indépendance à condition que L’État s’engage une fois indépendant à respecter les accords de coopération signés antérieurement : il y a deux systèmes qui entrent en vigueur en même temps : l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre[ii]. » La nature néocoloniale de ces accords sera explicitement reconnue par le président Giscard d’Estain 15 ans plus tard lors d’une interview concernant le sommet Franco-Africain du 10 mai 1976 : « Il faut enlever au concept de coopération la notion d’impérialisme sous toutes ses formes[iii]. » Il est vrai que cet aveu se faisait dans un contexte de combat de nombreux pays du tiers-monde pour un « nouvel ordre économique mondial ». Après avoir traité dans notre livraison précédente la partie consacrée à la zone Franc de ces accords de coopération, penchons-nous sur le volet commercial, économique et douanier.

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L’œuvre négative du néocolonialisme français et Européen en Afrique. Le Franc CFA, une monnaie coloniale, servile et prédatrice

Saïd Bouamama

Pour la première fois depuis les indépendances des manifestations publiques dans plusieurs pays d’Afrique (Dakar, Cotonou, Libreville, Bamako, etc.) et en région parisienne ont exigées la disparition du Franc CFA, une monnaie imposée au moment des indépendances à 14 pays par le colonialisme français. Portées par des mouvements de jeunes ces mobilisations marquent l’entrée en scène d’une nouvelle génération militante africaine. Ce n’est pas un hasard que ce soit le Franc CFA qui soit pris comme cible dans l’arsenal de mise en dépendance qu’impose le colonisateur dans la décennie 60. Toutes les autres zones monétaires coloniales ont, en effet, pris fin avec la dissolution de la dernière, la Zone sterling, en 1979[i]. Cette monnaie présentée par l’État français comme un symbole de la coopération apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : un symbole provocateur d’une  dépendance coloniale qui outre le CFA possède d’autres outils : la dette, l’Accord de Partenariat Économiques (APE), les accords de défense, la francophonie. « Tandis que les autres monnaies africaines symbolisent la rupture avec la colonisation et l’indépendance acquise au début des années 1960 par leur nom (naira au Nigeria, cedi au Ghana, dinar en Afrique du Nord), la monnaie qui circule de Dakar à Yaoundé en passant par Abidjan, Lomé, Bamako et Malabo continue de faire référence au colonisateur[ii] » résume le juriste  Yann Bedzigui.

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L’œuvre négative du colonialisme français à la Réunion. De l’île vierge à la tentative de chirurgie sociale

Saïd Bouamama

S’il est une colonie présentée comme non concernée par la question de la décolonisation, c’est bien la Réunion. Dans le roman idéologique colonial français, la Réunion étant non habitée lors de l’occupation française, elle ne saurait être considérée comme une colonie. Ce qui est occulté ici c’est la nature du lien qui relie l’île africaine et la métropole sur les plans économique et politique. La seconde image du roman est celle d’une société ayant réussie un métissage idéal en raison justement du fait que tous ses habitants soient des immigrés de plus ou moins longue date. Ce qui est masqué dès lors c’est le caractère hiérarchisé de la colonie selon un critère de couleur. L’histoire comme le présent, la géographie comme la rationalité économique pose pourtant à la Réunion comme dans les autres colonies française, la question de la décolonisation. Penser le contraire c’est réduire la colonisation à une de ses formes c’est-à-dire avoir une approche essentialiste de la question. L’approche matérialiste pose au contraire d’une part que la colonisation comme rapport social d’exploitation a pris des formes spécifiques selon les contextes locaux et d’autre part que ces formes ont été et sont évolutives en fonction des besoins du dominants et des rapports de forces. Même consentie (pour des raisons diverses allant de l’aliénation, aux préoccupations de survie immédiates en passant par l’état du rapport des forces) la colonisation reste une colonisation.

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L’œuvre négative du colonialisme français en Guyane De la recherche du « roi doré » à la « Montagne d’or »

Saïd Bouamama

Le bagne de Cayenne et le lanceur Ariane sont pour beaucoup de français les seules images de la Guyane. Parfois s’ajoute celle d’un peuple toujours en grèves incompréhensibles quand ce n’est pas celle d’un peuple d’assistés.  Derrière ces images médiatiques se cache une réalité coloniale qui emplie la vie quotidienne des guyanais. Faisant partie des « vielles colonies[i] », la Guyane dite « française » est occupée par la France depuis plus de trois siècles. Les colonisateurs espagnols lui donnèrent le nom d’Eldorado en raison de la légende du « roi doré[ii] » décrivant un roi rendant hommage aux dieux en étant enduit d’or de la tête aux pieds.  Le résultat en sera un quasi-génocide des six nations autochtones du territoire. Ils sont remplacés par des esclaves comme le démontre le qualificatif « de colonie à esclave » figurant dans les différents projets de colonisation qui se succède à partir de 1626, année où le cardinal de Richelieu installe les premiers établissements français dans ce pays[iii].  Si les raisons de la présence française ont changées au cours des trois siècles d’occupation française, le système social reste jusqu’à aujourd’hui caractérisé par un rapport colonial. L’installation d’un Centre spatial guyanais en 1964 renforce encore cette structure coloniale.

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L’œuvre négative du colonialisme français aux Antilles La production et la reproduction d’une pigmentocratie

Saïd Bouamama

La Guadeloupe et la Martinique sont célébrées dans le discours dominant comme le symbole du métissage réussi. L’angle mort de ce discours est celui de la reproduction de ce que Raphaël Confiant  nomme la « pigmentocratie[i] » qui structure le système social des Antilles dites « françaises » de l’époque esclavagiste et coloniale jusqu’à aujourd’hui.  Ce système social reste en effet caractérisé, rappelle le chercheur canadien Adrien Guyot, par « une hiérarchisation sociale basée sur les notions de race et de couleur, amenant par là même la création de néologismes comme « éthnoclasse » pour faire référence aux classes sociales dont le principal critère d’appartenance est l’ethnie[ii] ». Sur le plan économique la structure des Antilles dites « françaises » reste coloniale. La prise en compte des contextes historique, économique et géostratégique est incontournable pour saisir cette réalité coloniale qui se reproduit.

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marche des solidarités

Le FUIQP apporte un soutien total à la marche des solidarités du 2 juin 2018

COMMUNIQUÉ

 

Nous commémorons à cette occasion, le 11ième anniversaire de la mort de Lamine Dieng, étouffé dans un fourgon de police. Jusqu’à aujourd’hui, justice n’a pas été rendue. Et c’est le cas de plus de 200 jeunes, depuis les révoltes de novembre 2005, morts suite aux interventions de la police. À chaque fois, pendant que des familles sont endeuillées, le même film est repassé : la police assassine, les médias deviennent des mégaphones pour propager la seule version de la police, que la justice valide ou prononce un non-lieu.

 

Nous n’oublions pas ! Pas de justice, pas de paix !

 

Plus qu’un soutien, en tant qu’organisation des quartiers populaires et des immigrations, le FUIQP est partie intégrante de la vie et des revendications des familles de victimes des crimes racistes et sécuritaires, des sans-papiers, des Chibanis, des travailleur.euse.s vivant dans les foyers, des réfugié.e.s, des victimes de l’islamophobie, de la négrophobie, de la rromophobie… en un mot, des victimes du racisme d’État !

Il nous faut bien réaliser que ce n’est pas exclusivement un combat juridique, même si chaque pas gagné doit compter. C’est un combat avant tout politique. Et comme dans tout combat, il se gagne en créant un rapport de forces en notre faveur. Ce rapport est à créer dans les quartiers populaires, véritable base sociale de notre combat.

D’aucuns peuvent penser que c’est un combat à armes inégales. Oui, les forces adverses disposent de forces matérielles gigantesques : armée, police, justice, institutions, médias…

Oui, mais nous, nous disposons d’une force encore plus grande : celle de la justesse de notre cause, de la justice, du progrès social, de la légitimité.

Nous sommes à l’image du peuple et de la résistance palestinienne : opprimé.e.s, dominé.e.s, écrasé.e.s par des forces incommensurables, mais ils et elles ne se sont jamais soumis.

Et si nous nous taisons, notre droit lui-même disparaîtra !

En réalité, il n’y a jamais eu de politique de l’immigration dans ce pays respectueuse de l’égalité des droits.

Nous devons frapper ensemble, avec chaque collectif et association, parce que c’est le même système de domination qui agit à la base. C’est parce que le système est capitaliste que la police a un rôle répressif.

Alors, nous n’avons pas le choix : nous devons nous unir pour ne pas continuer à subir.

Tou.te.s ensemble le 2 juin 2018.

Vérité – Justice – Mémoire – Dignité – Liberté – Égalité

Oui à la marée populaire mais pas sans les quartiers populaires !

De Paris à Gaza ce sont celles et ceux qui payent le prix fort qui nous montrent la voie de la résistance et de la dignité. Le FUIQP Paris-Banlieue s’inscrit en soutien des familles victimes des violences policières et répond à l’appel du comité Adama pour un cortège de tête des quartiers populaires.

Les luttes des immigrations et des quartiers populaires sont toujours marginalisées par la gauche et les syndicats au profit de la question sociale, qui une fois résolue, permettrait selon eux de supprimer l’ensemble des dominations inhérentes au système capitaliste (classe, race et sexe).

Cette conviction est directement influencée par l’universalisme républicain de gauche, mythe selon lequel l’État français n’opèrerait aucune distinction entre les individu.e.s, quelques soient leurs origines et leurs sexes. Pourtant, ce sont les descendant.e.s d’immigré.e.s qui occupent les emplois les plus précaires et qui sont frappés par un chômage deux fois supérieur à la moyenne. Ce sont les mêmes qui subissent les discriminations au logement, au travail, à l’éducation, les violences policières et l’islamophobie. Les immigré.e.s français.e.s et étranger.e.s ont donc vocation à être syndiqué.e.s et diriger des luttes syndicales.

La République française s’est construite dans la colonisation, son esprit la structure toujours.
Nous ne laisserons plus jamais nos luttes se faire récupérer par des discours antiracistes pansements, véritables prétextes à voter, qui, sous couvert de dénonciations en façades, n’incriminent jamais le racisme d’État, c’est à dire toutes violations de l’égalité des droits.

Le combat victorieux des Chibanis contre la SNCF dans l’indifférence générale des partis politiques et syndicats nous lie toujours plus à l’Histoire des luttes de l’immigration et des quartiers populaires. Elle ouvre également la perspective de nouvelles victoires autonomes : la nécessité de nous organiser, de s’unir pour ne plus subir.

L’émergence d’un cortège des quartiers populaires pose en ce sens la question historique de nos luttes, celle de sa structuration en une force autonome. Cette force doit se construire pas à pas et toujours par en bas pour nous prévenir des dérives bureaucratiques. Elle a aussi pour vocation de s’opposer aux rapports néocolonialistes et impérialistes que la France impose aux pays du Sud et de soutenir les luttes des peuples pour leur émancipation nationale et sociale.
Face à la violence des politiques racistes et islamophobes, nous ne pouvons plus rester divisé.e.s, construisons une maison commune !

L’œuvre négative du colonialisme français en Polynésie Du « bon sauvage » à la bombe nucléaire coloniale

 

Cocotiers, vahinés, ciel et plages paradisiaques et « bons sauvages » telles sont les images médiatiques dominantes de la Polynésie dite « française ». Lorsque nos médias dominants abordent cette colonie composée de  cinq archipels c’est pour dessiner l’image d’un « paradis métis » ou d’une colonisation réussie par le mélange des populations. La majorité des polynésiens ne partagent pas cette vision et le mouvement indépendantiste a réussi à inscrire la Polynésie dans la liste des territoires à décoloniser. Le 17 mai 2013 l’assemblée générale des Nations-Unies adoptait une résolution affirmant « le droit inaliénable de la population de la Polynésie française à l’autodétermination et à l’indépendance » et exigeant du gouvernement français de « faciliter la mise en place d’un processus équitable et effectif d’autodétermination[i] ». Malgré plusieurs autres résolutions allant dans le même sens, la France fait la sourde oreille et refuse d’organiser un référendum d’autodétermination. Essayons de comprendre pourquoi en resituant la Polynésie dans ses contextes historiques, économiques et géostratégiques.

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Massacre sioniste en Palestine Exprimons la colère des quartiers populaire

COMMUNIQUÉ

Hier en fin d’après-midi le bilan des palestiniens assassinés par l’armée israélienne était de 53 morts et de plus de 2000 blessés. Une nouvelle fois une armée dotée des équipements destructeurs les plus sophistiqués tire à balle réelle sur des manifestants. Une nouvelle fois l’armée sioniste commet un crime contre l’humanité comme elle l’a fait si souvent depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. Une nouvelle fois les médias dominants renvoie pour le mieux dos à dos les bourreaux et les victimes en parlant du « droit d’Israël à se défendre » et du « droit des palestiniens à manifester. L’inversion des victimes et des bourreaux est également à l’ordre du jour par l’invocation d’une pseudo « provocation du Hamas ». Enfin le discours officiel français est tout simplement scandaleux. L’Etat français ne trouve rien de mieux à dire en plein massacre que de clamer « le droit d’Israël à se défendre » et d’appeler à une « retenue dans l’usage de la force ».

L’histoire retiendra une nouvelle fois les nombreuses complicités qui autorisent l’entité sioniste à commettre massacre sur massacre. De l’inauguration de l’ambassade états- unienne à Jérusalem, au soutien désormais ouvert de l’Arabie Saoudite à l’occupation sioniste en passant par l’hypocrisie de l’Union européenne et de la France, etc., tout est mis en œuvre pour se débarrasser définitivement de la résistance palestinienne.

Une partie importante des habitants des quartiers populaires est reliée à l’histoire coloniale et à l’histoire de la résistance anticoloniale par l’origine de nos parents. Ce que nous voyons en Palestine a pour nous un air de « déjà vu » et de « déjà entendu ». Nous connaissons cette violence et les discours visant à la légitimer. C’est pourquoi le FUIQP appelle à participer à tous les rassemblements et manifestations de protestation contre la violence d’Etat sioniste et contre ses complices et à renforcer plus que jamais la campagne BDS.

Plus que jamais nous sommes tous PALESTINIEN.

Paris le 15 mai 2018