Second tour des présidentielles : Que faire après la « gueule de bois » du premier tour ?

Les espoirs suscités par la candidature Mélenchon au premier tour chez les héritiers de l’immigration et plus largement dans les quartiers populaires sont à la hauteur des attaques violentes subies pendant le règne de Macron. Logiquement la « gueule de bois » qui découle du premier tour est également à cette hauteur.

49 % en Seine-Saint-Denis, 60% aux Mureaux ou à Trappes, 54% à Vaulx-en-Velin, 52 % à Roubaix, 50% à Evry-Courcouronnes, 48% à Vénissieux, 45% à Vitry-sur-Seine, plus de 40% dans les quartiers nord de Marseille, etc, ces chiffres indiquent la hauteur des espoirs et donc des déceptions et de la colère. Déceptions car les deux alternatives restantes pour le second tour sont catastrophiques pour les classes et quartiers populaires, particulièrement pour les non-Blancs.

Que ce soit Macron ou Le Pen, la précarisation et le démantèlement des services publics augmenteront, l’islamophobie et les violences policières se renforceront, le racisme décomplexé se sentira encouragé, les groupes multiples de la galaxie fasciste se sentiront autorisés à multiplier les passages à l’acte, les résistances et organisations antiracistes continueront d’être réprimées par une répression dure et douce, alliant dissolution d’associations, répression des militants, des actions et des collectifs, maccarthysme à but d’autocensure, etc.

A la déception s’ajoute la colère car la seule possibilité offerte par le second tour pour s’opposer à la venue au pouvoir de l’extrême-droite est le vote Macron c’est-à-dire pour un président qui est à la fois largement responsable de la montée du Rassemblement National et qui a déjà mis en application plusieurs des axes clefs des propositions de ce Rassemblement, notamment la mise en œuvre de lois et de mesures islamophobes.

Face à une telle situation, les appels « à faire barrage » se multiplient parfois avec un ton moralisant et culpabilisant insupportable et les appels à l’abstention et au vote blanc parfois avec un ton accusateur – accusation de trahison ou de naïveté – tout aussi insupportable.

Le piège actuel tendu par Macron avec la complicité de Le Pen ne pouvait conduire qu’à ce choix impossible ajoutant le risque de divisions durables à la réalité d’une régression certaine quelque soit le résultat final du second tour.

Ces deux positions, abstention et vote de barrage, étaient prévisibles et sont toutes deux à la fois compréhensibles et légitimes pour le FUIQP. Dans ces circonstances, nous appelons à ne pas insulter l’avenir car il faudra bien au sortir du second tour nous retrouver si nous voulons résister. Nous unir pour ne pas subir. Il faut donc pour nous raison garder.

Nous ne sommes en présence ni de « traîtres », ni de « naïfs », ni d’« inconscients » ou de « jusqu’auboutistes ». Nous sommes en présence d’un choix par contrainte entre le fascisant Macron et la fasciste Le Pen, entre la tumeur Macron et le cancer généralisé Le Pen. Dans un tel contexte, on peut comprendre l’existence de plusieurs options légitimes.

Cependant le choix que nous devons faire doit se réaliser en ayant conscience des conséquences. Celles-ci ne seront pas identiques pour tous et ne se déploieront pas au même rythme pour tous dans l’hypothèse d’une victoire de Le Pen. Les Sans-Papiers, les immigrés, les héritiers de l’immigration, les musulman-e-s, notamment celles qui portent le foulard, les non-Blancs de manière globale et plus largement les habitants des quartiers populaires seront largement les premières victimes et l’objet des attaques concrètes les plus virulentes. A commencer par la mise en œuvre des stratégies dites de « contre-insurrection » en général et de bouclage des pseudo zones de non-droits que revendiquent les nombreux policiers qui constituent un électorat désormais classique du Rassemblement National.

La situation n’est pas comparable à celle de 2002 ou de 2017. Entre un « racisme d’en haut » qui a fini par imbiber une partie non négligeable du corps social, une abstention de dégoût qui s’est installé durablement, une stratégie de répression et d’épuisement des luttes de Macron ayant enfanté une véritable haine sociale à son encontre, une stratégie de relooking du Rassemblement national – à laquelle a participé Macron lui-même mais aussi l’émergence et la promotion du variant Zemmour et le traitement médiatique de l’actualité par des groupe médiatique ayant choisi de se faire le relais des combats identitaires de l’extrême-droite – qui à force de répétition banalisent le vote Le Pen, etc.

Tous ces ingrédients rendent possible une victoire des héritiers du Vichysme et de l’OAS. Consciente de cette possibilité, la candidate du RN fait feu de tous bois. Avec les uns elle soigne son ravalement de façade « social », pour d’autres elle annonce le retrait du commandement unifié de l’OTAN et une politique de refus des blocs, pour d’autres encore elle prétend être favorable à l’existence d’un État palestinien.

C’est dans ce contexte particulier que nous sommes amenés chacune et chacun à nous positionner. Le FUIQP qui n’a cessé au cours de ces cinq ans de dénoncer et de combattre Macron sur tous les fronts (politique économique, islamophobie d’État et en particulier loi sur le séparatisme, violences policières, dissolution d’associations, etc.), considère qu’à situation exceptionnelle, il convient d’adopter une position exceptionnelle.

C’est pourquoi et contrairement aux échéances électorales passées, nous prenons position pour celle-ci en appelant à utiliser le vote Macron à contrecœur et sans illusion. Il s’agit pour nous de voter Macron pour mieux continuer à le combattre avec tous ceux qui refusent son projet de société quelque soit leur choix au second tour.

Bien sûr, nous sommes conscients qu’un vote ne suffit pas à inverser les rapports de force durablement. Si nous nous contentons de « faire barrage », et même si celui-ci réussit, nous serons dans une situation pire dans cinq ans. C’est pourquoi nous devons plus que jamais nous organiser pour faire entendre les voix et les intérêts des classes et quartiers populaires.

S’unir pour ne pas subir


Déclaration du FUIQP Paris-Banlieue et du FUIQP 59/62

18/04/2022

Journée internationale des droits des Femmes

Le FUIQP est une organisation nationale qui lutte contre les systèmes d’oppression en prenant en compte les discriminations de classe, de sexe, de genre et de race.

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, nous, militantes du FUIQP rappelons que le féminisme est un combat contre le système capitaliste, raciste et patriarcal. La lutte féministe ne sera effective que si nous intégrons toutes les femmes dans leurs différences et leurs pluralités (noires, arabes, roms, tziganes, musulmanes ou perçues comme telles, LGBTQ+).

Nous refusons le pseudo féminisme islamophobe qui, au nom d’une liberté dévoyée, renforce l’oppression des femmes musulmanes et justifie les guerres impérialistes. Nous refusons le pseudo féminisme qui stigmatise et justifie la répression policière des hommes non blancs. La lutte pour nos droits et contre la violence patriarcale ne se fera pas sans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes.

Nous sommes visées par un racisme systémique post colonial qui s’amplifie à chaque période électorale. Le racisme, l’islamophobie, la xénophobie et les discriminations qui y sont associés se manifestent de manière différente à l’égard des femmes et des filles.

Nous sommes la cible des politiques patriarcales et racistes qui nous assignent aux conditions de vie les plus précaires, qui nient la dimension systémique des violences sexuelles et sexistes et qui nous privent de notre liberté de nous organiser.

Ces formes multiples de discrimination entravent la jouissance de nos droits fondamentaux ou nous en privent. Elles dégradent nos conditions de vie et nous enferment dans la pauvreté.

Mais n’en déplaise aux gouvernants et aux médias qui prétendent parler de nous et pour nous, les femmes non blanches luttent et continueront de lutter pour l’égalité et la disparition de toutes les oppressions sexistes et racistes. Les victoires remportées par les femmes de chambres des hôtels Ibis et Hyatt, ou les salariées de l’entreprise ONET mais aussi les luttes menées par les hijabeuses ou les femmes « sans-papiers » sont un exemple pour l’ensemble des combats féministes et des luttes sociales. Ces exemples,qui ne représentent qu’une partie de la diversité et de la dignité des luttes portées par des femmes non blanches, nous rappellent également que c’est dans la solidarité et la lutte collective contre le système patriarcal et raciste que les victoires s’arrachent.

Nous exigeons la fin des discriminations dans l’accès à l’emploi et aux logements et des conditions de vie et de travail dignes. Nous demandons la régularisation des femmes « sans-papiers ». Nous exigeons l’abrogation de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux et de la loi confortant « les principes républicains » qui dégradent la vie quotidienne des femmes musulmanes de ce pays. Nous voulons que les femmes puissent accompagner leurs enfants aux sorties scolaires, se baigner dans les piscines et pratiquer leur sport sans faire l’objet de harcèlement. Nous exigeons que de réels moyens soient mobilisés contre les violences sexistes et sexuelles. Nous exigeons la fin des crimes policiers et de la politique carcérale raciste qui s’abat sur nos familles.

Nous ne cesserons d’être visibles et de lutter pour notre dignité.

Nous apportons notre soutien sans concession à toutes les femmes qui luttent : les hijabeuses, les élèves avocates et avocates, le syndicat de femmes voilées et libres, les jeunes filles qui, comme Anna-Chloé Dinah, subissent le harcèlement raciste, les luttes portées par les minorités de genre, les étudiantes, les précaires…

Nous ne cesserons jamais jusqu’à l’égalité totale en droit et en fait ! Nous continuerons à nous unir pour ne pas subir !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

8/03/2022

Contre la sélection raciale des « bons » et des « mauvais » réfugiés

Depuis le début de la guerre en Ukraine, nous avons assisté à une sélection raciale des réfugiés voulant fuir ce pays en guerre. En effet, les résidents non-Blancs en Ukraine, souvent des étudiants africains, ont été empêchés de prendre les trains à destination de l’ouest du pays afin de gagner la frontière polonaise. Malgré ces entraves, celles et ceux qui ont pu gagner cette frontière se sont vu refouler par la police aux frontières polonaise qui a organisé une sélection raciale entre les « bons » réfugiés blancs autorisés à entrer dans l’Union européenne et les « mauvais » réfugiés non-blancs interdits d’entrer dans l’UE.

Toutefois, loin de se limiter à la police polonaise, la sélection raciale entre réfugiés blancs et non-blancs, entre « bons » et « mauvais », s’est largement exprimée en France au travers des politiques publiques qui sont en train d’être mises en œuvre, de prises de position de responsables politiques ou de figures médiatiques. En effet, depuis des années, un large consensus existe pour justifier le refus d’accueillir des réfugiés fuyant la guerre ou la dictature car la France ne pourrait pas « accueillir toute la misère du monde », selon la formule de Michel Rocard en 1989. Ainsi, ces dernières années, la France a fermé ses portes aux « mauvais » réfugiés non-blancs, syriens, érythréens, afghans ou soudanais. Toutefois, le discours public a totalement changé face à l’arrivée possible de « bons » réfugiés blancs, ukrainiens.

Par exemple, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi, qui, il y a quelques semaines, défendait l’action répressive de l’État vis-à-vis de migrants à Calais ou qui faisait la promotion des procédures de « retours volontaires » des migrants vers leurs pays d’origine, n’a pas hésité à opérer un retournement à 180 degrés concernant les réfugiés ukrainiens. Dans ce cas, et uniquement dans ce cas, « la France sera en capacité d’accueillir tous ceux qui se présenteront », selon Didier Leschi. Il est vrai que ces réfugiés blancs diffèrent des autres migrants non-blancs qui viennent « des pays du Sud, avec des difficultés d’intégration dans l’emploi, de rapport à la langue, qui ne facilite pas l’intégration ».

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, dont l’action contre les réfugiés n’est plus à démontrer, a expliqué que les réfugiés ukrainiens étaient « les bienvenus en France ». Il est allé plus loin en adressant un courrier aux maires de France afin de les inviter à se rapprocher des préfets pour organiser l’accueil des réfugiés ukrainiens.

Afin de soutenir cette action de l’État, la SNCF a annoncé la gratuité à tous les « bons » réfugiés ukrainiens qui voyagent à bord des TGV et Intercités. Est-il besoin de rappeler que les trains et les gares en plus de ne jamais être gratuits pour les « mauvais » réfugiés non-blancs, sont des lieux de contrôle et de répression conduisant à des arrestations, voire à des expulsions ?

Au niveau de l’opposition de droite, les prises de position ont fait apparaître la même dichotomie entre « bons » réfugiés blancs ukrainiens « bienvenus » et « mauvais » réfugiés non-blancs « malvenus ». Marine Le Pen, dont le simple nom de famille est associé à la « chasse à l’immigré » depuis au moins quatre décennies, s’est dite favorable à l’accueil de réfugiés ukrainiens en France au nom du respect de la Convention de Genève dont elle n’a jamais défendu l’application pour les réfugiés non-blancs. Valérie Pécresse qui défendait la « théorie » dite du « grand remplacement » il y a encore quelques jours, s’est prononcée en faveur de l’accueil de « bons » réfugiés blancs ukrainiens. La candidate de la droite n’a d’ailleurs pas caché la distinction qu’elle faisait entre réfugiés blancs et non-blancs puisqu’elle a justifié sa prise de position en affirmant que les « réfugiés ukrainiens qui justifieraient de ce statut [de réfugié], bien davantage que les faux réfugiés qui sont indûment entrés en Europe ces dernières années ».

Du côté de l’opposition des durs, envers l’immigration, de la gauche molle, la même dichotomie entre « bons » et « mauvais » réfugiés a été opérée. Candidate socialiste à la présidentielle et maire de la capitale, Anne Hidalgo a expliqué au travers d’un communiqué de la ville de Paris que la municipalité a « mis en place une cellule de crise afin de mettre tous les moyens en œuvre pour assurer l’hébergement des Ukrainiens bloqués à Paris ou qui viendraient s’y réfugier ». Est-il besoin de rappeler la situation scandaleuse dans laquelle se trouvent des milliers de réfugiés non-blancs à Paris ? Est-il besoin de rappeler également que la mairie de Paris n’a jamais déployé d’actions d’envergure pour remédier à cette situation, bien au contraire ?

Au niveau local, le traitement différentiel des « bons » et « mauvais » réfugiés peut apparaître de manière encore plus violente. Par exemple, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, qui, dans sa politique anti-migrants, a été jusqu’à prendre un arrêté d’interdiction de distribution de repas aux migrants le 2 mars 2017, s’est fait prendre en photo en train d’accueillir des migrants ukrainiens à la mairie de la ville.

Dans les médias dominants, la même dichotomie entre « bons » et « mauvais » réfugiés a été opérée par nombre d’éditorialistes, de journalistes et autres analystes. Le chef du service politique de BFM TV, Philippe Corbé, expliquait ainsi la distinction qu’il faisait entre « bons » réfugiés blancs ukrainiens et « mauvais » réfugiés non-blancs : « on parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du régime syrien soutenu par Vladimir Poutine. On parle d’Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures, qui prennent la route, et qui essayent juste de sauver leur vie ». Essayant de justifier le traitement différentiel des « bons » et des « mauvais » réfugiés en fonction de critère raciaux, le journaliste Olivier Truchot expliquait que « les Français se disent : l’Ukrainien, il me ressemble. Il a la même voiture que moi, je pourrais être à sa place. C’est pas du racisme, c’est la loi de la proximité ».

Suivant la même ligne racialiste, l’éditorialiste Christophe Barbier expliquait qu’« il y a un geste humanitaire évident parce que la nature des réfugiés n’est pas contestable » ; car pour lui les guerres en Syrie, en Afghanistan ou au Yémen n’ont peut-être jamais réellement existé. Il ajoutait qu’il était nécessaire d’accueillir les réfugiés ukrainiens « parce que ce sont des Européens de culture », c’est-à-dire que celles et ceux qui ne seraient pas « Européens de culture » peuvent continuer à mourir aux frontières de l’Europe sans susciter la moindre empathie de l’« intelligentzia » du pays des droits de l’homme blanc.

Les éditorialistes, responsables politiques et haut-fonctionnaires qui, dans le contexte actuel, prêchent un traitement différentiel pour les réfugiés ukrainiens par rapport aux réfugiés en provenance d’Afrique ou d’Asie, ne font que réactiver une doctrine très ancienne : celle de la « préférence ethno-raciale ». Cette doctrine a été le fondement des politiques migratoires menées par les pires régimes ségrégationnistes et racistes de l’histoire contemporaine.

En guise d’exemple, rappelons qu’en 1930, le parlement sud-africain votait une loi visant à limiter considérablement l’immigration en provenance de certains pays d’Europe. Parmi les États dont les ressortissants étaient jugés « non assimilables » et « non absorbables » dans la société sud-africaine, figuraient la Grèce, la Lituanie, la Pologne et la Russie. Dans une Afrique du Sud fondée sur la ségrégation raciale et où l’hystérie antisémite allait bientôt atteindre des sommets, la loi sur les quotas d’immigration visait principalement à stopper l’immigration juive en provenance d’Europe de l’Est1.

Huit décennies plus tard, la « doctrine Malan » n’a pas pris une seule ride ; dans le contexte français actuel, elle a tout simplement été assaisonnée à la sauce ukrainienne…

Alors, évidemment, lorsque nous dénonçons la sélection opérée entre « bons » réfugiés blancs ukrainiens « bienvenus » et « mauvais », ce n’est nullement dans le but de susciter le rejet de réfugiés ukrainiens qui fuient la guerre, comme un Eric Zemmour. Les réfugiés ukrainiens doivent indiscutablement être accueillis dans les meilleures conditions. Toutefois, les autres réfugiés quelque soit leur couleur de peau, leur culture ou leur religion, doivent être accueillis dans les mêmes conditions car il ne saurait y avoir de hiérarchie de race, de culture ou de religion si l’on prend au sérieux la notion d’égalité.

Toutefois, cette sélection raciale des « bons » et des « mauvais » réfugiés ne nous étonne pas. Elle s’inscrit dans la continuité d’une histoire coloniale qui n’en finit pas. Depuis plus de cinq cents ans, la colonisation a coupé l’humanité en deux : des êtres humains à part entière, les Blancs, et des êtres humains entièrement à part, les non-Blancs.

Cette logique coloniale de déshumanisation s’applique ici aux réfugiés, mais nous savons parfaitement qu’elle s’applique dans tous les domaines de l’existence.

Déclaration du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

05/03/2022

1 Voici comment Daniel François Malan, figure incontournable du nationalisme suprémaciste Afrikaner, théoricien et praticien très zélé de la politique d’apartheid, justifiait le vote de la loi sur les quotas d’immigration (Quota Act) en 1930 : « Je dirais que le premier principe est le désir qu’éprouve toute nation de préserver son développement sur la base de sa « composition originale ». Par conséquent, nos lois sur l’immigration ne pouvaient exclure des pays comme la Hollande, la France, le Commonwealth Britannique, ou encore l’Allemagne. Le second principe auquel je dois me référer est celui de l’« inassimilabilité ». (…) Chaque foyer a son caractère propre ; sa propre atmosphère, ses aspirations, ses perspectives, sa structure sociale et il est naturel que le chef de famille décide de préserver cette identité, ou de préserver ce caractère et ces perspectives.

C’est pourquoi, dans chaque foyer, on accueille de préférence non pas l’étranger qui a un point de vue différent, mais les membres de sa propre famille. Les nations désirent préserver leur homogénéité parce que chaque nation a une âme, et chaque nation désire naturellement que son âme ne soit pas divisée. Chaque nation considère, à tous points de vue,que c’est une faiblesse, dans le corps de cette nation, qu’il existe une minorité non digérée, non absorbée et non absorbable, car cela conduit toujours à toutes sortes de difficultés. » Cf. Milton Shain. The Roots of Antisemitism in South Africa. University of Virginia Press, 1994, pp.137-138.

La solidarité sans faille est une arme indispensable aux dominés

La convocation d’Anasse Kazib et d’autres militants de sa campagne aux présidentielles par la police est un révélateur de la nature de notre séquence historique. La procédure inique ouverte conte Anasse et ses camarades n’a d’autre objectif que celui d’intimider pour silencier. Le message est clair : taisez-vous sur les dominations et les injustices que vous subissez ou la répression s’abattras sur vous.

L’objectif est limpide à savoir instaurer et banaliser une logique maccarthyste pour faire taire toutes les voix discordantes dénonçant l’ignominie de l’ordre dominant. 


Ce qui arrive à Anasse aujourd’hui n’est pas un cas isolé. La répression à bas bruit de tous les collectifs ou associations refusant de se taire sur les injustices et les dominations est devenue la norme.  


Les interdictions et dissolution d’associations sont devenues monnaies courantes :  CCIF, CRI, Collectif Palestine Vaincra de Toulouse, Comité Action Palestine de Bordeaux, la fermeture administrative de la mosquée de Pessac, etc. Les tentatives de pénalisation des militants appelant à boycotter l’Etat d’Israël ne cessent pas de se multiplier. Les tentatives visant à criminaliser les militants syndicaux connaissent la même ascension exponentielle. Les oppositions à la politique de l’impérialisme français en général et en Afrique en particulier sont régulièrement stigmatisées de manière menaçante comme étant du soutien au terrorisme, au séparatisme, au jihadisme, etc.

Les faits reprochés sont à eux seuls significatifs de la période. Anasse et ses camarades sont accusés pour je cite « des faits d’organisation d’une manifestation sur la voie publique sans déclaration ». Il y a encore quelques années une telle poursuite aurait soulevé une mobilisation massive contre cette atteinte à la liberté de manifestation.

Les multiples rognements des droits démocratiques de cette dernière décennie au motif de la « lutte antiterroriste » ont ainsi banalisés le droit de regard sans limite de l’Etat sur les manifestations politiques et syndicales. Désormais Darmanin s’estime légitime pour trier les manifestations licite et illicites, halal et non halal.

Certes la loi le lui permet mais cela indique simplement qu’il ne faut pas confondre la légalité et la justice.

Face à un tel contexte il est urgent de retrouver les réflexes militants historiques adoptés dans le passé par tous les combattants contre la domination partout sur la planète. Ces principes sont simples et sont au nombre de trois :

L’attaque contre un militant est une attaque contre tous les militants

Le soutien contre la répression ne nécessite pas un accord sur toutes les positions défendues

La solidarité est toujours une arme des damnés de la terre.

Pour toute ces raisons le FUIQP se tient au côté d’Anasse et de ses camarades

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)
Paris, 03/03/2022

Non à la fermeture islamophobe de la mosquée de Pessac

Hier, la mosquée de Pessac a reçu une notification de fermeture administrative émanant de la Préfète de Gironde.

Cette volonté de fermer la mosquée de Pessac s’inscrit dans un contexte de répression contre les musulmanes et les musulmans : dissolutions d’associations de lutte contre l’islamophobie (CCIF et CRI), fermetures de lieux de culte musulman, vote de la loi d’exception contre le soi-disant « séparatisme », réorganisation du culte musulman sous la tutelle du ministère de l’Intérieur en violation de la loi de 1905 sur la séparation des cultes et de l’État, etc.

La campagne présidentielle charrie avec elle une nouvelle vague de propositions islamophobes allant de l’interdiction du hijab lors des compétitions sportives à l’expulsion de plusieurs millions de musulmans, suivant la « théorie » dite du « grand remplacement ».

Cette notification de fermeture administrative d’un lieu de culte musulman est donc une nouvelle atteinte portée aux libertés fondamentales en générale et aux libertés de conscience et de culte en particulier.

Les musulmanes et les musulmans ne sont pas des sous-hommes que l’État pourrait priver de leurs libertés fondamentales. Celles-ci leur sont garanties par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Nous condamnons donc fermement la volonté préfectorale de fermer la mosquée de Pessac. Nous apportons également notre soutien fraternel à aux responsables de cette mosquée ainsi qu’aux musulmanes et musulmans de Pessac qui risquent de se voir privés de lieu de culte à l’approche du mois de ramadan.

Nous appelons tous les citoyennes et citoyens, toutes les organisations, partis et associations, attachés aux droits démocratiques à se mobiliser pour que cesse cette dérive maccarthyste aujourd’hui essentiellement limitée aux musulmans ou supposés tels mais qui ne peut que s’étendre demain à toute contestation de l’injustice de notre monde.

Se taire c’est cautionner;

Non à la fermeture de la mosquée de Pessac ;

Non à la gestion coloniale de l’islam et de musulmanes et des musulmans !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

27/02/2022

Soutien au collectif « Palestine Vaincra » et au « Comité Action Palestine », aujourd’hui menacés de dissolution

Résister à la criminalisation de la solidarité envers le peuple palestinien !

ضربني وبكي

وسبقني واشتكي

Il m’a frappé, et a pleuré

Puis il s’est empressé de m’accuser

(Proverbe arabe)

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé son intention de demander la dissolution de deux associations défendant les droits du peuple palestinien : le collectif « Palestine Vaincra » de Toulouse et le comité « Action Palestine » de Bordeaux.

Si cette décision était confirmée, elle serait l’aboutissement d’un double processus sur lequel nous n’avons cessé d’alerter au cours de ces dernières années:

–       d’une part, l’intense campagne de propagande que l’extrême droite israélienne et ses nombreux relais en France mènent depuis des années contre des organisations dont le seul crime est d’exprimer leur solidarité envers un peuple martyrisé : le peuple palestinien.

–       d’autre part, une impitoyable chasse aux sorcières lancée par le gouvernement français contre plusieurs associations, en particulier celles dirigées par des citoyens musulmans ou supposés tels, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’islamisme, ou encore le « séparatisme ».

Au-delà de l’accusation, désormais classique, de « soutien au terrorisme islamiste», systématiquement brandie pour discréditer des individus et des associations aux yeux de l’opinion publique, d’autres motifs invoqués par le ministre de l’intérieur ont de quoi laisser pantois.

En effet, Gérald Darmanin accuse le collectif « Palestine Vaincra » et le « Comité Action Palestine » de diffuser la « haine envers Israël ». MDR !

Rappelons qu’en décembre 2019, c’est au nom de la lutte contre la « haine envers Israël », grossièrement amalgamée avec l’antisémitisme, que l’Assemblée nationale adoptait une résolution (pour l’instant non contraignante), considérant comme « antisémite » le « traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ».

Prenons nos maîtres chanteurs de l’antisémitisme au mot. Nous accusera-t-on de « haine envers Israël » si l’on rappelle que l’État qui se targue, depuis des décennies, d’être la « seule démocratie du Moyen Orient » a été un des principaux et derniers soutiens du régime raciste et suprématiste d’apartheid en Afrique du Sud ? Quand le renard se met à prêcher, gare aux poules !

En 2012, Miri Regev, membre de la Knesset (le parlement israélien) déclarait que les migrants Africains, qualifiés d’ « infiltrés » par le gouvernement, sont « un cancer dans notre corps » ; une vision partagée par une bonne partie de la classe politique israélienne. Le rappel de tels faits nous vaudra-t-il d’être taxés de propagateurs de « haine envers Israël » ?

Si la lutte contre la « haine envers Israël » suppose de garder le silence face au véritable terrorisme d’Etat que subit le peuple palestinien depuis des décennies, alors les inconditionnels de la puissance occupante pourront continuer à nous considérer comme leurs adversaires : nous ne nous tairons pas !

Gérald Darmanin, qui a visiblement reçu plusieurs doses d’un vaccin hélas inefficace contre le ridicule, accuse également le comité « Action Palestine » de diffuser « le sentiment d’oppression des peuples musulmans » ou encore « l’idée d’une islamophobie à l’échelle internationale ». PTDR !

Darmanin cherche-t-il à nous faire oublier qu’il fait partie d’un gouvernement ayant lancé une croisade contre les « islamo-gauchistes » à l’université, au sein des partis politiques et dans les médias ? Nul besoin de se projeter à l’« échelle internationale » ; l’islamophobie qui sévit tous les jours en France ne relève nullement d’un « discours victimaire ».

A l’image des soutiens inconditionnels des gouvernements israéliens successifs, le ministre de l’intérieur français procède, de manière quasi-systématique, à une inversion accusatoire que le militant Afro-américain des droits humains, Malcolm X, avait parfaitement décrit en son temps : « si vous n’êtes pas vigilants, nous prévenait Malcolm X dans les années 1960, ils parviendront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment ».

C’est précisément parce qu’ils souhaitent demeurer vigilants face à l’oppression du peuple palestinien que le collectif « Palestine Vaincra » et le « Comité Action Palestine » sont aujourd’hui menacés de dissolution.

Face à cette nouvelle campagne de criminalisation de la solidarité envers les Palestiniens, mobilisons-nous !

N’en déplaise à Darmanin et aux soutiens inconditionnels du colonialisme israélien, nous continuerons notre « soutien inconditionnel » au droit du peuple palestinien de résister face à son oppresseur, l’État d’Israël.

Palestine vaincra !

Occuper est un crime, résister est un droit

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

27/02/2022

Résister au « grand suprémacisme »

La scène politique française est marquée par un ralliement grandissant de différents acteurs à la « théorie » suprémaciste dite du « grand remplacement ». Celle-ci postule que la population blanche de culture judéo-chrétienne serait en train d’être progressivement « remplacée » par des populations non-blanches majoritairement de culture musulmane au cœur même des nations occidentales.

Trois candidats de droite et d’extrême-droite font explicitement référence à cette « théorie » inventée par le suprémaciste Renaud Camus. Le président de la République lui-même y ferait fréquemment référence lors d’échanges avec ses collaborateurs, comme en témoigne son biographe, le journaliste Marc Endeweld. Cette « théorie » suprémaciste infuse désormais bien au-delà de l’extrême-droite et de la droite pour s’incruster au cœur de l’espace public français.

Certains nous diront que les « digues » devant contenir le discours de l’extrême-droite la plus ouvertement raciste sont en train de sauter. Nous pensons que ces « digues » ne sautent pas car elles n’ont jamais réellement existé comme le prouve le silence assourdissant d’une grande partie du mouvement social lors du vote de la loi d’exception sur le soi-disant « séparatisme ».

Les « digues » contre le processus réactionnaire actuel et ses dimensions de fascisation ne peuvent être que de nature politique et ne sont fonction que du rapport des forces idéologiques. Les concessions de ces dernières décennies à l’islamophobie – de la loi de 2004 en passant par la négation de l’existence de cette forme du racisme et aux débats à répétition sur le voile, le burkini, la viande halal, etc. –, ont crées le terrain propice pour le déploiement de l’affirmation d’un danger civilisationnel porté par les Africains et/ou les Musulmans. Elles constituent le socle à partir duquel se banalise et se popularise une conception raciste du monde.

Nous ne discuterons pas ici de la véracité de la « théorie » dite du « grand remplacement » qui a été plus d’une fois dénoncée comme étant une pure élucubration de suprémacistes se donnant pour but de répandre la haine des non-Blancs. En réalité, cette « théorie » a d’abord un but pratique. Elle aspire à susciter une réaction de « défense » au sein d’une population blanche à qui il faut faire croire à une menace pour son existence même en raison d’une « colonisation » non-blanche de son territoire.

Car le but ultime de la « théorie » dite du « grand remplacement » est de promouvoir une politique de purification ethnique de la France et de l’Occident qui devraient éliminer par la violence et l’expulsion toutes les populations non-blanches vivant sur son territoire. En octobre 2014, dans une interview au journal italien Corriere della Sera, Eric Zemmour ne se proposait-il pas déjà de déporter cinq millions de musulmans vivant en France ?

Les partisans de cette « théorie » ont déjà mis leur funeste projet à exécution. Ainsi, le terroriste qui a commis un massacre tuant 51 personnes dans deux mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, en mars 2019, s’était justifié dans un manifeste intitulé « Le Grand remplacement ».

Suite à ce terrible massacre, nous, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires, avions organisé un rassemblement place de République afin de rendre hommage aux victimes de ce crime et de dénoncer l’idéologie suprémaciste du « grand remplacement ».

Toutefois, la mobilisation contre le suprémacisme ne saurait être limitée à des réponses à des événements aussi dramatiques soient-ils. Notre mobilisation se doit d’être ininterrompue contre des idées et des pratiques visant à ravaler tous les non-blancs au rang de sous-homme. Afin de structurer nos mobilisations nous devons nous organiser car seule notre organisation nous permettra de vaincre les suprémacistes.

Alors contre la peur que les suprémacistes essaient de nous inculquer, osons lutter ; osons vaincre ! Unissons-nous pour ne pas subir !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

22/02/2022

La dissolution de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) : Une nouvelle étape dans la banalisation de l’arbitraire politique

COMMUNIQUÉ DU FUIQP

Le mercredi 20 octobre 2021 le ministre de l’intérieur Gérard Darmanin a annoncé la dissolution de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie. Le motif officiel invoqué est que cette association appelle à la « haine, à la violence et à la discrimination ». Cette nouvelle dissolution intervient après celle du CCIF en décembre 2020 suivie de celles d’autres associations depuis sans que cela n’ait suscité de mobilisations à la hauteur de ces atteintes grave aux libertés d’association et d’expression. Une nouvelle fois preuve est faite qu’en matière de droits démocratiques le silence et l’absence de solidarité sur l’atteinte aux droits d’un militant ou d’une structure militante a pour effet de banaliser l’arbitraire et de généraliser la logique du bâton pour faire taire les voix discordantes.

Le décret portant dissolution du CRI est tout autant que celui concernant le CCIF l’année dernière significatif de cette logique du bâton se justifiant par une dénonciation des « intentions supposées » et non comme le voudrait le principe même de justice sur le fait de sanctionner des propos ou actes illégaux. Il est ainsi reproché au CRI de « cultiver le soupçon d’islamophobie au sein de la société française » ou encore de « présenter comme islamophobe les dispositions relatives à l’interdiction de dissimulation du visage dans l’espace public » ou enfin de « tenir un discours antisioniste appelant des messages à teneur antisémites » (sic), etc. Ces quelques exemples suffisent à démontrer que ce sont des opinions qui sont poursuivies et non des faits et propos délictueux. Penser qu’il existe une islamophobie en France, être en désaccord avec une loi ou critiquer le sionisme suffit désormais pour justifier une dissolution.

Cette nouvelle interdiction survient dans le contexte électoral d’une présidentielle marquée du côté du gouvernement par une course pour capter les voix d’extrême-droite avec la construction médiatique d’un Zemmour en charge de fixer le rythme et le degré de cette tentative d’extrême-droitisation de l’ensemble du champ politique. Pour que cette tentative soit efficace il est nécessaire non seulement de reprendre les thèmes classiques de l’extrême-droite mais aussi de diffuser la peur pour produire des réflexes d’auto-censure du côté de toutes les voix dissidentes. Après la campagne sur l’islamo-gauchisme, la banalisation des interdictions d’associations et de collectifs traduit cette volonté de réduire au silence par la peur et la répression tous ceux dénonçant le racisme et notamment le racisme d’Etat et l’islamophobie, les violences policières, le soutien au peuple palestinien, etc.

Nous avons déjà connu dans l’histoire d’autres séquences historiques caractérisées par une politique de contrôle de la pensée par la peur et la menace. Ce fut le cas en 1937 quand le gouvernement Blum dissolvait l’Etoile Nord-Africaine pour son engagement anticolonialiste. Ce fut le cas en 1980 avec la dissolution de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France) en raison de sa dénonciation de la Françafrique et plus largement de l’impérialisme français. A chaque fois ces dissolutions ont été le prélude à une logique sécuritaire renforcée pour tous.

Le FUIQP condamne, bien entendu, cette nouvelle dissolution et appelle à une solidarité totale avec les militants du CRI. En nous solidarisant avec le CRI c’est nous même et l’ensemble des droits démocratiques conquis de haute lutte que nous défendons. Dans certaines circonstances comme celles d’aujourd’hui se taire c’est cautionner.

Plus que jamais nous devons nous Unir pour ne pas subir.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires ( F.U.I.Q.P.)

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17 octobre 1961: Un crime d’Etat qui doit être officiellement reconnu.

DÉCLARATION DU FUIQP

Il y a déjà 60 ans, en pleine guerre d’Algérie, plusieurs dizaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens descendaient pacifiquement dans les rues de Paris à l’appel de la Fédération de France du FLN pour protester contre le couvre-feu imposé de manière discriminatoire aux seuls Algériens par le préfet Maurice Papon et pour la libération de leur pays. Car les manifestations du 17 octobre 1961 furent d’abord un acte de courage et de résistance face à l’arbitraire colonial.

Il y a déjà 60 ans la police française commettait dans les rues de Paris le massacre de dizaines de manifestantes et manifestants algériens qui défilaient pacifiquement. Il s’agissait du plus grand massacre de toute l’histoire contemporaine française, depuis la Commune de Paris de 1871. Ce massacre a été commis dans une indifférence quasi-générale, sans mobilisation pour le dénoncer et sans même pendant des décennies de commémorations militantes de la part des forces démocratique et de gauche françaises.  

Il y a déjà 40 ans les héritiers de ces Algériens assassinés commençaient leurs mobilisations pour que soit reconnue officiellement ce massacre comme crime d’Etat et pour que toute la vérité soit faite sur les responsabilités de celui-ci. Ce sont ces mobilisations, d’abord modestes et en nombre limité et ensuite plus conséquentes et en plus grand nombre, qui brisèrent la chape de plomb qui pesait sur ce crime d’Etat. Depuis de nombreux travaux d’historiens sont venus documenter le massacre, en souligner le caractère prémédité, l’ampleur de la violence mise en action, les rafles massives et expulsions qui l’ont accompagnées, etc.   

Il y a déjà 9 ans, le 17 octobre 2012, que nos mobilisations ont conduit le président de la République François Hollande à reconnaître officiellement ce qu’il a, à l’époque dénommé, de manière euphémique « une répression sanglante », expression que reprendra presque mot pour mot le président Macron, six ans plus tard en parlant de « répression violente ». Ces reconnaissances euphémisées sont à la fois le résultat de nos mobilisations rendant impossible la chape de plomb antérieure et une tentative pour éviter que toute la lumière soit faite et toutes les responsabilités rendues publiques sur ce crime d’Etat.

 D’autres procédures sont également déployées depuis plusieurs années avec les mêmes objectifs : présenter le 17 octobre 1961 comme étant de la seule responsabilité du préfet Papon, découper les faits de cette journée des séquences qui l’ont précédées et suivies qui sont elles aussi caractérisées par une violence d’Etat quotidienne contre les Algériens en général et contre les militants indépendantistes en particulier ; faire abstraction du contexte de négociation avec le FLN pour l’indépendance c’est-à-dire occulter que le massacre a été sciemment utilisé comme arme de realpolitik, etc.

Certaines reconnaissances officielles peuvent ainsi prendre la forme d’un enterrement de la question posée. C’est pourquoi le FUIQP appelle à la vigilance et à la mobilisation pour que les véritables enjeux soient posés et l’ensemble des responsabilités dénoncées. Faute de cela la reconnaissance officielle sera un piège, nos indignations se mueront en commémoration consensuelle mais elles seront vidées de tout contenu politique c’est-à-dire qu’elles seront dévitalisées et désincarnées.

Ce n’est pas que pour le passé que nous avons besoin d’une reconnaissance réelle et totale des massacres du 17 octobre 1961 mais aussi pour aujourd’hui et pour demain. C’est dans ce massacre d’Etat et dans de nombreux autres actes de l’Etat pendant cette période particulièrement, pendant la période coloniale plus largement, que s’origine le racisme systémique et le racisme d’Etat contemporain.

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A propos de la validation par le Conseil d’Etat de la dissolution du CCIF

Refusons l’antiracisme à durée déterminée

Sans surprise le Conseil d’Etat a validé le 24 septembre la dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Au prétexte de la lutte contre « l’islamisme » c’est ainsi à une association antiraciste que s’attaque le gouvernement. Alors que l’islamophobie est une des formes du racisme contemporain les plus présentes dans l’hexagone et la plus en développement, une des rares associations se consacrant à la combattre se voit priver de ses moyens d’action. Cette validation du conseil d’Etat se déploie en outre dans un contexte médiatique et politique de libération de la parole raciste en général et islamophobe en particulier, de banalisation des idées d’un Zemmour du fait de la promotion médiatique dont il bénéficie, de focalisation de la campagne des présidentielles sur les questions de l’identité, de l’immigration, de l’islam, etc.

Suite à cette décision du Conseil d’Etat de nombreuses associations se sont exprimées individuellement ou collectivement pour condamner la validation du conseil d’Etat et en souligner les dangers. Le FUIQP s’associe évidemment à ces condamnations. Notre organisation ne cesse, en effet, d’appeler à la mobilisation contre l’islamophobie depuis plusieurs décennies et à souligner le caractère central de cette forme de racisme dans l’offensive idéologique dominante réactionnaire.

Toutefois, force est de constater le caractère tardif de la prise de conscience, des dangers portées par l’islamophobie, par un certain nombre de ces associations. De même, de nombreuses associations sont restées silencieuses au moment des mobilisations contre la loi sur le « séparatisme » dont une des conséquences les plus immédiates est l’épée de Damoclès de la dissolution pour faire taire les voix dissidentes. Cette loi du 24 août 2021 dite « confortant les principes de la République » n’a pas eu la réponse militante qu’elle méritait, alors qu’elle est une loi d’exception et une expression du racisme d’Etat, du fait du silence de certains d’une part et du choix de privilégier le combat contre l’autre loi liberticide de la période d’autre part : la loi sur la sécurité globale.  Ce double standard de la mobilisation face à ces deux lois a été ressenti comme un isolement objectif par de nombreux habitants des quartiers populaires et par les groupes militants qui se sont mobilisés contre la loi sur le séparatisme.

La conclusion essentielle de cette amère expérience est plus que jamais la réaffirmation de la nécessité de bâtir une organisation autonome des héritiers des luttes des immigrations et des quartiers populaires sans laquelle nos préoccupations premières continueront d’être reléguées à un rang second de l’agenda des mobilisations ; sans laquelle le paternalisme et le fraternalisme continuera de régner dans les rapports aux populations héritières de l’immigration et des quartiers populaires ; sans laquelle l’antiracisme folklorique restera prédominant ; sans laquelle nous resteront cantonnés dans le rôle de « réserve de bulletins de vote » pour les rabatteurs de tous poils et les antiracistes à durée déterminée [la durée de chaque campagne électorale] ; etc.

Subissant directement l’islamophobie, notre engagement ne saurait être déterminé par autre chose que la défense de nos droits et de nos libertés.

Il est grand temps de nous organiser et de s’unir pour ne plus subir