De la fascisation au fascisme sur fond de colonialisme ?

Le temps de l’action et de la détermination

Depuis des décennies l’»extrême-droite» [appellation euphémisée de partis et groupes fascistes] est instrumentalisée par un arc politique allant jusqu’au parti socialiste et parfois au-delà, pour légitimer la révolution conservatrice ayant comme ingrédients : la lutte contre toute forme de remise en question du racisme systématique, la remise en cause des conquis sociaux, la destruction des services publics, la paupérisation et la précarisation des classes populaires, les guerres pour le maintien des colonies ou pour la préservation du pillage impérialiste. Pour ce faire les gouvernements de droite ou de gauche qui se sont succédé, ont tous repris à leur compte les concepts, les logiques de raisonnement, les priorités, les cibles et les propositions de cette extrême-droite. Depuis plus de quatre décennies l’immigration et ses héritiers ne cesse d’être politiquement et médiatiquement construits comme « boucs émissaires » de tous les maux de notre société; l’islamophobie ne cesse d’être promue médiatiquement et politiquement; les violences policières ne cessent d’être banalisées en toute impunité; les guerres coloniales ne cessent d’être justifiées au prétexte de la « lutte contre le terrorisme »; le statut juridique des immigrations ne cesse d’être précarisé par des lois négatrices des droits humains les plus élémentaires.

Les résultats des élections européennes ne sont qu’une conséquence prévisible d’un processus de fascisation en cours depuis plusieurs décennies.

Ce processus de fascisation est devenu une nécessité pour préserver un système raciste contesté par les populations non-blanches.

Les héritiers de l’immigration et les habitants des quartiers populaires ne sont pas restés inactifs face à ce rouleau compresseur réactionnaire des gouvernements de droite et de gauche successifs. Des révoltes des quartiers populaires contre les violences et les crimes policiers au raz-de -marée contre le génocide en Palestine depuis huit mois, ce qui s’exprime dans la rue c’est l’exigence d’une rupture radicale : avec la colonisation, avec le racisme et l’islamophobie d’État, avec la précarisation de l’immigration, avec la fabrication légale d’une masse de «sans-papiers» corvéables à merci, avec les violences policières banalisées et les permis de tuer accordés légalement aux forces dites « de l’ordre ».  Le score de la liste LFI lors du dernier scrutin illustre cette exigence de changement. Ceux que l’on présentait comme des abstentionnistes congénitaux se sont déplacés aux urnes pour que cesse le temps des compromissions, du racisme et d’une colonisation qui ne veut pas disparaître.

Les héritiers de l’immigration et les habitants des banlieues de la République ne sont pas la cause de la montée du fascisme mais sont une partie essentielle de la solution pour le faire reculer.

Il ne suffira pas de quelques discours antiracistes abstraits et moraux, de quelques réformettes ne remettant pas en cause les politiques suprémacistes, de quelques promesses vagues pour que disparaissent les germes fascisants qui ont été inoculés dans la société française depuis quatre décennies alors même que les germes de plusieurs siècles de l’esclavagisme et de la colonisation n’avaient pas été éradiqués. C’est pour cette raison que le FUIQP appelle à l’auto-organisation des quartiers populaires et des immigrations pour peser dans le rapport de forces politique et cesser d’être un simple réservoir de voix aussitôt oubliées à la clôture des scrutins.

Il faut rappeler le quasi consensus jusqu’à une époque récente sur la négation des violences policières comme ne se limitant pas à de simples «bavures» individuelles, sur l’islamophobie travestie en défense de la laïcité, sur la fabrique des sans-papiers et la restriction du droit au séjour au prétexte que «l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde», sur la participation à des guerres coloniales au prétexte de lutter contre des dictatures ou contre le terrorisme.

L’auto-organisation des quartiers populaires et des héritiers de l’immigration reste une question posée et à résoudre aujourd’hui comme après les législatives. Le FUIQP appelle à poursuivre ce combat par la prise d’initiatives communes dès la clôture du scrutin de ces législatives décisives.

Ce rappel des tâches de longue durée ne doit pas nous rendre aveugles ou indifférents aux tâches immédiates. Le rapport de forces dans ce pays sera inévitablement modifié par les prochaines législatives. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux débats désincarnés sur les virgules, aux postures puristes. Nous devons arrêter l’incendie. Le FUIQP appelle à participer massivement à toutes les mobilisations contre le fascisme, à amplifier la lutte contre le racisme systémique et le colonialisme et à voter massivement pour le Nouveau Front Populaire, et plus particulièrement pour les candidates et candidats La France Insoumise, qui ont dénoncé les violences policières et le génocide en Palestine. Cette position ne signifie aucune illusion, ni aucun oubli des divergences de fond avec certains partis de ce Nouveau Front populaire sur les violences policières, l’islamophobie, la condition immigrée, les discriminations systémiques ou encore la Palestine.

Plus un seul pas en arrière, continuons, organisons-nous dans nos villes et nos quartiers, amplifions la résistance; il est question encore et toujours de nos existences, de celles de nos frères, soeurs, enfants, camarades, ici, et là-bas !

Notre vote est celui de la conscience politique et de la prise en compte du rapport des forces.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

15/06/2024