« Notre devoir envers toi : inscrire ton histoire dans les manuscrits, afin que l’oubli ne l’efface jamais des cœurs. »
Mohamed Bachir al-Ibrahimi, al-Bassair, n°35, 10 mai 1948
Le 8 mai 1945 n’est pas seulement la date de la victoire contre le nazisme en Europe. Pour les peuples colonisés, et particulièrement pour le peuple algérien, cette date renvoie aussi à l’un des plus grands massacres coloniaux commis par l’État français.
À Sétif, Guelma et Kherrata, des manifestations réclamant la liberté et la fin du système colonial furent écrasées dans le sang. La répression menée par l’armée française, la police, les milices coloniales et l’administration fit plusieurs dizaines de milliers de morts algériens. Bombardements, exécutions sommaires, villages détruits, arrestations massives : la violence coloniale s’est déployée avec une brutalité assumée pour préserver l’ordre racial et impérial.
Le FUIQP rappelle que ces massacres ne sont pas des « dérives » ou des « excès » de la colonisation : ils révèlent la nature même du système colonial, fondé sur la dépossession, la domination raciale et la négation de l’humanité des peuples colonisés.
Nous rappelons également que cette répression a été organisée par un gouvernement auquel participaient les gaullistes, la SFIO et le PCF. Les forces politiques alors au pouvoir ont participé, ensemble, au maintien de l’ordre colonial et à l’écrasement sanglant des aspirations du peuple algérien à la liberté. Cette réalité historique doit être regardée en face.
81 ans plus tard, l’État français refuse toujours d’assumer pleinement ses crimes coloniaux. Cette amnésie organisée participe au maintien d’un récit national qui invisibilise les violences coloniales tout en alimentant le racisme systémique contemporain.
Car il ne peut y avoir de lutte réelle contre le racisme systémique sans décolonisation de l’histoire. Les discriminations, les violences policières, l’islamophobie, la stigmatisation des quartiers populaires et des personnes issues de l’immigration postcoloniale s’inscrivent dans le prolongement historique des logiques coloniales. Le racisme d’État actuel plonge ses racines dans le temps long de la colonisation et dans les catégories raciales construites pour justifier l’ordre colonial.
Le FUIQP rappelle également que la France demeure aujourd’hui encore une puissance coloniale. De la Kanaky à la Polynésie, de la Martinique à la Guadeloupe, en passant par la Guyane, Mayotte ou La Réunion, les héritages et les structures coloniales continuent de produire domination politique, dépendance économique, répression et inégalités raciales. Les mobilisations anticoloniales et pour l’autodétermination y font toujours face à la violence de l’État.
Le FUIQP exige :
- la reconnaissance pleine et entière des massacres du 8 mai 1945 comme crimes coloniaux ;
- la reconnaissance de l’ensemble des crimes commis pendant la colonisation ;
- l’ouverture totale des archives coloniales ;
- l’enseignement systématique des massacres coloniaux et des résistances anticoloniales dans les programmes scolaires ;
- une véritable politique de justice mémorielle et de réparation ;
- le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Face aux offensives réactionnaires et aux tentatives de réhabilitation du colonialisme, nous affirmons que la mémoire des luttes anticoloniales est une mémoire de résistance, de dignité et d’émancipation.
Le FUIQP rend hommage aux victimes des massacres du 8 mai 1945 et réaffirme son engagement pour la justice sociale et raciale, contre le racisme systémique, contre l’ordre colonial et néocolonial, et pour la décolonisation des savoirs, des institutions et des rapports sociaux.
Pas de justice, pas de paix !
Communiqué du FUIQP
08/05/2026


