Non aux dissolutions ! Nous sommes la solution !

COMMUNIQUE NATIONAL DU FUIQP

Mercredi 18 Novembre 2020, le ministère de l’Intérieur a notifié, par courrier, au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) de son intention d’engager un projet de dissolution à son encontre.

Cette procédure de dissolution du CCIF s’inscrit dans la logique de répression islamophobe annoncée par le discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux le 2 octobre 2020 dont les premières traductions concrètes ont été la dissolution de l’association Baraka City et des centaines de perquisitions de mosquées, d’ associations cultuelles et au domicile de particuliers. L’objectif n’est rien d’autre en plus de détourner les regards et les colères en pleine crise sociale et sanitaire vers les musulman.es, que d’intimider afin de re-silencier ceux qui ont osés ces dernières années dénoncer l’islamophobie d’Etat et exiger un traitement égalitaire pour les musulmans ou supposés tels. Ce projet gouvernemental de dissolution du CCIF ne saurait être dissocié de la proposition de loi contre le « séparatisme » et plus généralement de la gestion coloniale de l’islam et des musulman-e-s poursuivie par Macron dans la continuité des gouvernements précédents.

Cette gestion coloniale de l’islam et des musulman-e-s nécessite de mettre sous contrôle l’ensemble des acteurs musulmans et de réprimer toute voix musulmane autonome, discordante ou critique. Ainsi, le gouvernement attaque une organisation antiraciste, le CCIF, ayant pour but de combattre les violences et discriminations islamophobes, notamment par un accompagnement des victimes d’islamophobie et par la publication d’un rapport annuel dressant un état des lieux de l’islamophobie en France. Exploitant sans vergogne l’émotion suscitée par l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty, le gouvernement franchit un pas de plus dans la gestion racialiste et sécuritaire des questions sociales et politiques dont l’impact s’étendra bien au-delà de l’association visée.

Par la dissolution du CCIF, le gouvernement espère certainement faire taire toute dénonciation de l’islamophobie ; et plus particulièrement la dénonciation de l’islamophobie d’État qu’il souhaite renforcer au travers de nouvelles législations. Pensant n’avoir plus face à lui de structures visant à lutter contre l’islamophobie, le gouvernement pense assurément qu’il aura les mains libres pour mettre en œuvre sa politique islamophobe de gestion coloniale de l’islam et des musulman-e-s. Il compte ainsi se donner les moyens de détourner durablement l’opinion publique des véritables questions qui se posent à notre société, celle de la paupérisation de masse.

En réponse, dans son communiqué, la CCIF a d’ores et déjà annoncé que ce projet de dissolution était « sans objet » car le siège social du Collectif contre l’islamophobie en France a été transférée à l’étranger afin de pouvoir poursuivre sa mission et de se protéger contre la politique autoritaire du gouvernement. Nous saluons cette décision qui est un signe de résistance. Nous appelons chacune et chacun à se mobiliser plus que jamais contre l’islamophobie. Ils tentent de briser un thermomètre afin de masquer une fièvre raciste destructrice. Visibilisons par notre mobilisation ce racisme d’Etat que l’on veut masquer et les fonctions politiques qu’il remplit.

Non aux dissolutions !  Nous sommes la solution !

Le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) condamne fermement cette attaque contre le CCIF et l’assure de son soutien dans sa lutte contre l’islamophobie et pour l’égalité. Nous soutenons aux côtés du CCIF et d’autres organisations les initiatives du 9 décembre et du 12 décembre contre la loi  » séparatisme ».

Face l’offensive islamophobe et sécuritaire du gouvernement, nous avons plus que jamais besoin de nous unir pour ne plus subir.

Nos enfants sont et restent des enfants

Déclaration du FUIQP

L’instrumentalisation gouvernementale et médiatique du crime odieux de Samuel Paty se poursuit par celle de l’hommage national dans les établissements scolaires. Indépendamment du fait qu’il ait été privatisé par le pouvoir, parti en croisade contre les personnes de confession musulmane, mécontentant au passage une grande part du corps enseignant qui, au nom de la liberté d’expression, s’est vu contraint de lire une lettre de Jaurès tronquée et falsifiée, cet hommage cachait en réalité une prophétie auto-réalisatrice.

Il était impossible que sur 12 millions d’élèves, dès 2 ans et demi en petite section de maternelle et mineurs pour l’écrasante majorité, on ne puisse pas relever des entorses, des résistances, des propos absurdes d’enfants, car quoi qu’ils en disent en haut lieu, ce sont des enfants. Par exemple, des comportements tout à fait anodins pour des enfants (rires ou agitations pendant l’hommage) sont jugés déviants et ont conduits à des signalements, faisant entrer ces enfants dans une machine répressive infernale. Evidemment, comme après l’attentat de Charlie Hebdo en 2015 à l’occasion d’une autre minute de silence, la focale médiatique se place sur ceux et celles que France Culture avait nommés « les enfants perdus de la République ». Si en 2015 la chasse aux soi-disant « islamistes radicaux » a été un fiasco et l’occasion d’atteinte aux droits de l’Homme dénoncée par toutes les organisations nationales et internationales antiracistes, la pêche aux enfants suspects d’intelligence avec l’ennemi ou de soutien au terrorisme l’est encore davantage. Nous ne discuterons pas ici du nombre de ces 400 signalements effectués par des enseignants et personnels de direction – pour certains d’entre eux totalement saisis par l’effroi ou pénétrés par l’idéologie dominante, ou encore mus par un zèle rappelant des heures sombres de l’histoire raciste de France ; ces signalements se sont traduits notamment par un appel à la police pour s’emparer d’une élève qui avait juste photocopié un texte en arabe. Non, le nombre ne fait pas le compte. Ce qui importe n’est pas la dimension quantitative mais qualitative, et en l’espèce la manœuvre du gouvernement consiste à déshabiller l’enfant de son enfance et à le parer des atours de l’adulte ennemi de l’intérieur. C’est comme cela et uniquement comme cela que l’on peut donner du sens à la garde à vue rebaptisée « retenue »qui a été infligée à des enfants de 10 ans pendant 9 à 11h dans un commissariat. C’est assassiner l’enfance chez cette enfant de 10 ans que d’envoyer dans sa chambre à 7h du matin une dizaine d’hommes armés et cagoulés, pour l’arracher à son sommeil, la défaire de la chaleur de son lit puis la saisir et l’éloigner des regards en larmes de ses parents à qui on signifie de venir la chercher dans deux heures au commissariat. Ce sera finalement 11 heures pour elle et pour d’autres, après avoir signés à leur âge une déclaration. Déjà en 2015 à Nice, Ahmed, un enfant de 8 ans, avait été poursuivi pour apologie du terrorisme pour avoir dit « Je ne suis pas Charlie » à une partie du corps enseignant qui lui avait refusé l’accès à son traitement médical. La gravité des faits auxquels nous assistons dans une atonie et une sidération généralisées, n’est rien moins qu’un processus de déshumanisation, symptôme de la fascisation en cours. L’islamophobie à la française, qui repousse sans cesse les limites de l’acceptable, en est un signe fort. La suspicion qui repose sur les musulmans et musulmanes ou assimilés comme tels, en France ne vise plus uniquement les adultes mais aussi les enfants. L’école n’est plus seulement invitée à jouer son rôle d’éducation et parfois d’assimilation plus ou moins bienveillante, elle doit désormais participer au côté des institutions policière et judiciaire à exclure et broyer les enfants désignés comme « ennemis de l’intérieur », séparatistes, tout comme leurs parents.

Nos enfants sont et restent des enfants

Pour le FUIQP, la réaction et la construction d’une alternative est urgente ! Soit nous nous soulevons ensemble contre ces pompiers pyromanes qui aux postes de pouvoir ou dans les médias dominants relaient leurs thèses et leurs constructions racialistes, soit nous laissons faire, reculant sans cesse le niveau d’acceptabilité, et alors ce « nous » disparaîtra.

Crime odieux et instrumentalisation scandaleuse.Le devoir de penser les causes.

Déclaration du FUIQP

L’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire de Conflans-Sainte-Honorine, est un crime odieux et une horreur sans nom. Le FUIQP tient en premier lieu à adresser ses condoléances à la famille et aux proches de la victime dans l’épreuve qu’ils subissent. Rien ne peut justifier ou excuser un tel acte et aucune circonstance « atténuante » ne peut être avancée devant ce qui ne peut être qualifié que par le terme d’« horreur ». Elles vont également au corps enseignant projeté au premier rang de l’actualité par cet acte effroyable contre l’un de leurs collègues et évidemment aux élèves de ce collège. A ces pensées et à la condamnation sans faille de cet acte abominable, s’ajoute la dénonciation des récupérations politiciennes qui incriminent les musulmans en France. Ils se retrouvent une nouvelle fois sur le banc des accusés par les discours médiatiques et politiques réducteurs qui se multiplient et s’attendent de nouveaux à subir une multitude de passage à l’acte islamophobes. Les musulmans en France, réels ou supposés, se retrouvent une nouvelle fois pris en étau entre les agissements de quelques « terroristes » dont ils sont par ailleurs aussi les victimes et des groupes islamophobes les présentant comme complices de celle-ci.

Mais l’indignation ne suffit pas. Elle doit certes s’exprimer le plus fortement possible mais elle sera inutile socialement et politiquement si elle n’est pas accompagnée de la prise en compte des causes [de toutes les causes] qui rendent possibles un tel acte. Les premières réactions du gouvernement Macron vont à l’opposé de cette direction. Elles indiquent la volonté d’instrumentaliser la sidération collective devant l’horreur comme « effet d’aubaine » pour un gouvernement décrédibilisé et atteint par une crise de légitimité profonde. L’organisation d’une « expédition punitive » très large rappelant les pratiques de répression coloniale en témoigne. L’annonce d’une charrette d’arrestations et d’expulsions et d’une vague de dissolution d’associations jugées « complices » du meurtrier [et même plus largement considérées comme « ennemies de la République »] d’autre part, le confirme. Ce type de mesure met à l’index et désigne comme bouc émissaire l’ensemble des musulmans. Il les présente à l’opinion publique comme responsables plus ou moins directs de l’acte abominable [ et de ceux qui pourraient malheureusement survenir à l’avenir] qui nous endeuille tous. La figure du musulman criminogène, ennemi de l’intérieur et porteur de barbarie et de violence aveugle est ainsi promue médiatiquement et politiquement. Elle ne peut que déboucher sur une islamophobie encore plus systémique et structurelle dans un contexte d’une société caractérisée par la paupérisation et la précarisation [produites par les politiques néolibérales depuis de nombreuses décennies que la pandémie et ses conséquences économiques ont encore accrues brusquement et considérablement].

Le fait que le CCIF soit une des associations visées par la menace de dissolution met en exergue un autre objectif de la tentative d’instrumentalisation de notre émotion collective face à l’horreur sans nom. Cette association fut et reste un des acteurs essentiels des prises de consciences de l’existence d’un racisme islamophobe en France et des mobilisations pour le combattre. Faire taire, par la peur et la menace, tous ceux [Barakacity, Ummah charity, et bien d’autres] qui ces dernières années ont utilisé leur liberté d’expression pour dénoncer le racisme islamophobe est à l’évidence un des objectifs de l’instrumentalisation du drame de Conflans. Le climat islamophobe est en effet bien utile, à chaque fois qu’émerge le besoin d’un « débat écran » pour détourner l’attention d’une colère sociale légitime issue des conséquences des choix politiques et économiques.

Notre dénonciation du crime odieux de Conflans doit s’étendre à la dénonciation de son instrumentalisation politique. Ne pas le faire, c’est alimenter un processus de décomposition sociale ne pouvant être que porteur de passages à l’acte violents, que cette violence s’argumente d’une pseudo défense de l’Islam ou d’un prétendu combat contre la menace islamiste. Plus que jamais nous avons besoin de solidarité, d’organisation et de clarté dans nos analyses.

Refusons l’injonction au silence. Organisons-nous. Démasquons l’instrumentalisation de notre émotion.

Paris le 20 octobre.

 

Appel : décolonisons l’espace public !

Un mouvement d’ampleur mondiale exige une décolonisation de l’espace public. De l’Afrique du Sud à Paris, de la Colombie à Lille, des USA à Nantes, de la Martinique à Bordeaux, etc., la planète entière voit se développer des mobilisations pour que cessent les valorisations et mises à l’honneur d’esclavagistes, de massacreurs coloniaux et d’idéologues et théoriciens racistes. Honorés par des statues ou des noms de voies publiques et d’écoles, ces symboles de plus de quatre siècles d’esclavage et d’un siècle et demi de colonisation, constituent une véritable insulte au peuple français en général et aux citoyennes et citoyens issus de ces peuples meurtris par l’esclavage et la colonisation. Ce mouvement est une bonne nouvelle pour tous les partisans de l’égalité. Il doit être soutenu et amplifié pour rendre incontournable la décolonisation, non seulement des espaces publics mais aussi des imaginaires collectifs et de l’histoire officielle.

Loin d’être une question secondaire ou une lubie de militants emplis de ressentiments, cette action sur le symbolique est éminemment politique. On ne tourne en effet jamais une page d’histoire sans l’avoir lue jusqu’à la dernière ligne. On ne bâtit pas plus d’avenir commun sur la base d’une occultation  de crimes et de massacres consubstantiellement liés à l’idée d’asservissement portée par l’esclavage et la colonisation. Ces crimes et massacres ne sont pas des excès ou des « bavures »  mais la mise en œuvre logique et prévisible du projet d’asservissement. Le reconnaître est le premier pas vers le dépassement de cette page de l’histoire de France. Décoloniser l’espace public est une condition certes insuffisante, mais absolument nécessaire pour un avenir égalitaire.

En outre, la question posée par ces mobilisations ne se limite pas à une simple exigence de reconnaissance historique portant sur le passé. Les représentations sociales du Noir, de l’asiatique, de l’Arabe, etc. qui ont préparé, accompagné et justifié ces deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la colonisation, continuent d’informer à bien des égards nos sociétés contemporaines. La non décolonisation des esprits et des imaginaires collectifs permet leur survie et leur reproduction contemporaines. Elles servent désormais d’accompagnement idéologique aux discriminations systémiques dont sont victimes les descendants d’esclaves et de colonisés.

Décoloniser la mémoire, reconquérir l’espace public

Les discours accusant ces mobilisations de vouloir effacer l’histoire sont à la fois ridicules et significatifs. Ridicules parce que notre exigence n’est pas un effacement de l’histoire mais, au contraire, la revendication d’une histoire qui ne soit plus partielle et partiale, qui rend visible ce qui est occulté aujourd’hui et enseigne ce qui, depuis des siècles, est silencié. Significatifs aussi parce que le président Macron lui-même a tenu à clore le débat avant même de l’entamer. Alors que dans d’autres pays le débat est ouvert, en France, il serait immédiatement clos .

L’argument de la nécessaire contextualisation de ces massacreurs et de leurs actes est tout aussi inadmissible et insultant. Insultant parce qu’il considère les militant.e.s mobilisés comme ignorants de l’histoire et des causalités ayant produit l’esclavage et la colonisation. L’argument est aussi inadmissible parce qu’il ignore ceux et celles , qui dans le même contexte historique, se sont élevés contre l’esclavage et la colonisation. Ce sont ces personnes qui devraient être honorées par des noms de rues et des statues et non les massacreurs coloniaux et les esclavagistes. Il est ainsi scandaleux que l’on compte en France autant de statues ou d’espaces publics portant les noms de Gallieni, Faidherbe ou Bugeaud, et si peu les noms de Louise Michel ou de Paul Vigné d’Octon qui se sont opposés courageusement aux crimes des premiers.

Pour toutes ces raisons les signataires appellent :

  •  à l’exigence d’une décolonisation de l’espace public,
  • à multiplier les initiatives et mobilisations communes pour faire cesser  l’occultation des crimes esclavagistes et coloniaux.

Décolonisons l’espace public !

Soutenez le mouvement en signant la pétition ici :http://chng.it/DJcd4R2fzd

Liste des signataires de l’appel  :  « Décolonisons l’espace public »

  • Said Bouamama sociologue , militant au FUIQP
  • Isabelle Garo, enseignante, philosophe.
  • Ghyslain VEDEUX président du CRAN
  • Eric Fassin, sociologue, Paris 8
  • Saimir Mile , La voix des Rroms
  • Bruno Della Sudda, militant autogestionnaire et altermondialiste, membre d’Ensemble!
  • Youcef Brakni , militant anti raciste
  • Patrick Silberstein Co-auteur du Guide du paris colonial et des banlieues
  • Gerty Dambury, auteure, metteuse en scène
  • Théo Roumier, syndicaliste et libertaire
  • Achille Mbembe philosophe
  • Patrick Farbiaz ( PEPS)
  • Marianna Kontos, architecte-urbaniste et doctorante
  • Boualem HAMADACHE, syndicaliste SUD Conseil Départemental de Seine Saint-Denis
  • Françoise Vergès, militante féministe antiraciste, politologue
  • Olivier Le Cour Grandmaison : universitaire
  • Alexis Cukier, philosophe, CGT Ferc Sup
  • Nadia Louachi militante anti raciste FUIQP
  • Pierre Cours-Salies sociologue
  • François Gèze, éditeur
  • Patrick Silberstein Co-auteur du Guide du paris colonial et des banlieues
  • Catherine Destom Bottin
  • Nacira Guénif, Sociologue, Université Paris 8
  • Omar Slaouti militant antiraciste
  • Virginie Duval, militante syndicat ASSO-Solidaires
  • Nadia Fardaoui medecin , militante au FUIQP
  • André Rosevègue, Union Juive Française pour la paix Aquitaine
  • José-Luis Moragues Militant antiraciste – BDS France Montpellier
  • Pierre Khalfa, membre de la Fondation Copernic
  • Radija Boukhalfa, militante associative antiraciste membre du MRAP06 et de RESF06
  • Amzat Boukari-Yabara, historien
  • Fatima-Ezzahra Ben-Omar, militante féministe.
  • Catherine Samary, économiste altermondialiste
  • Rocé : Rappeur
  • Medhy Belabbas militant anti raciste
  • Haocas Wkasu Victor militant mouvement des jeunes Kanaks en France
  • Verveine Angeli militante antiraciste , secretaire nationale de l’union syndicale solidaires .
  • Cybel David ,animatrice commission internationale de l’union Solidaires
  • Georges Franco , Artiste peintre
  • Hadrien Bortot, membre du Conseil National du PCF
  • Christine Delphy, sociologue
  • Ariella AZOULAY, artiste, professeur, Brown University
  • Jalil LECLAIRE, comédien, metteur en scène
  • Sonia Dayan-Herzbrun Sociologue Professeure émérite à l’Université de Paris
  • Sonya Nour militante anti raciste
  • Fabiana EX-SOUZA
  • Eddy FIRMIN
  • Laurent Levy, Essayiste
  • Mogniss H. Abdallah
  • Hamoudi DJATAOU ancien dirigeant du MTA ( mouvement des travailleurs Arabes )Grenoble
  • Salah Amokrane , militant associatif , Toulouse
  • Sonia Fayman, UJFP, Cedetim
  • Gilles Lemaire écologiste altermondialiste
  • Gustave Massiah, économiste altermondialiste
  • Maryse Tripier, sociologue.
  • Magali Bessone, professeure de philosophie.
  • Pierric Annoot Secrétaire départemental du PCF 92
  • Serge Guichard militant anti raciste communiste
  • Michele Guerci journaliste
  • Vikash Dhorasoo
  • Olivier Besancenot, Christine Poupin, Philippe Poutou : portes paroles du NPA
  • Jean SAINT-MARC : membre du secrétariat du Parti Communiste Réunionnais, collaborateur de Paul VERGÈS de 1971 à son décès en nov. 2016
  • Pierre Zarka , Assaciation des communistes unitaires
  • Jean François Pellissier , Ensemble  
  • Smail Bessaha , CGT Palais de la porte d’orée

Organisations : FUIQP ; Décoloniser les arts ; Ligue Panafricaine-UMOJA section France ; CRAN , UJFP ; BAN ; La voix des Rroms ;Mouvement des jeunes Kanaks en France ; Survie Nationale ; l’équipe de rédaction du Guide du Bordeaux colonial ; MRAP 06; la FASTI  ;CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale); NPA ; L’ACU (association des communistes unitaires) ; PEPS; Contrevent (Grenoble) …

Signez la pétition ici :http://chng.it/DJcd4R2fzd

 

LA BANALISATION DE L’ ANTITSIGANISME ET DE L’ISLAMOPHOBIE

COMMUNIQUE NATIONAL DU FUIQP

Dans un silence politique et médiatique assourdissant notre pays a été le lieu de plusieurs agressions contre un campement Rom et une mosquée. Dans la nuit du 18 au 19 mai le campement des Roms d’Aubervilliers volait en fumée suit a une attaque au cocktails Molotov. L’ampleur de l’incendie (il s’étend sur plus 2000 m2) et des dégâts (plus de 60 habitations détruites) souligne l’importance du drame qui a été évité. Cet attentat terroriste est le quatrième contre ce campement en quinze jours. C’est d’ailleurs l’instauration d’un système de surveillance permanente mis en place par les habitants suite aux attentats précédents qui a permis d’éviter une catastrophe humaine. Deux jours plus tard c’est les fidèles de la mosquée de Cholet qui sont la cibles du racisme. Les murs de celle-ci sont tagués d’une phrase : « Vous serez fusillé ». Au scandale du silence des grands médias s’ajoute le mutisme de l’Etat sur ces actes ignobles. Quasiment aucune couverture médiatique et silence complet du gouvernement sont les deux constats déplorables que nous sommes contraints de faire. Plus grave encore nous constatons le même silence de l’ensemble des grands partis français, de la majorité comme de l’opposition.

Une honte française !

Après une période de confinement qui a vu se déverser sur les réseaux sociaux un racisme anti-asiatique décomplexé ces actes alertent sur la banalisation du racisme dans notre société en crise. Le développement des propos et actes liés à ces figures contemporaines du racisme que sont l’islamophobie et l’ « antitsiganisme » n’est ni étonnant, ni imprévisible. Il n’est pas le fait d’un virus contre lequel nous n’aurions pas de vaccin. Il est le résultat logique des discours politiques et médiatiques qui depuis plusieurs décennies construisent les musulmans et les Roms comme problème et comme menace. Les déclarations à répétition d’hommes politiques et de responsables gouvernementaux sur le danger « communautariste » ou « sécessionniste » (affaires dites du foulard, du Burkini, discours sur la déradicalisation, etc.), les commentaires des « chroniqueurs » médiatiques qui les préparent, les accompagnent et les suivent, le silence sur les passages à l’acte antérieurs, ont créé un climat d’autorisation aux passage à l’acte islamophobe. Les expulsions violentes et à répétition des campements Roms sans aucun relogement décent et les discours d’élus locaux et nationaux sur le « problème Rom » et leur refus de s’intégrer, ont abouti au même résultat de banalisation de l’antitsiganisme. Le silence officiel actuel ne peut que renforcer ces passages à l’acte qui mettent nos vies en danger.

S'unir pour ne pas subir

Quelle crédibilité accorder au discours de lutte contre le terrorisme lorsqu’un tel attentat ne donne lieu à la moindre dénonciation ? Quel crédit donner au discours officiel de « lutte contre le racisme et les discriminations » lorsqu’une communauté religieuse entière est menacée sans aucune réaction ? Que comprendrons les racistes de ce silence assourdissant ?

Parce que nos vies comptent autant que les autres, nous devons réagir pour mettre fin à cette banalisation meurtrière. Préparons les mobilisations d’ampleur qui sont les seules à pouvoir imposer à l’agenda politique et médiatique le combat concret contre l’islamophobie et contre l’antitsiganisme.

Plus un pas en arrière.
S’unir pour ne plus subir.

L’explosion des violences policières pendant le confinement : Un révélateur d’un racisme d’Etat banalisé

Déclaration nationale

Au moins dix personnes ont perdu la vie suite à des contrôles de police pendant la période du confinement et plusieurs autres ont été blessées. Ce bilan alarmant d’une institution étatique censée officiellement protéger les citoyens éclaire le processus dangereux qui se déploie dans la police française depuis des décennies. Près de 700 jeunes des quartiers populaires ont ainsi perdu la vie depuis la fin de la décennie 70 au cours de scénarios qui se reproduisent à l’identique : contrôles au faciès qui dégénèrent, courses-poursuite se terminant par des tirs à bout portant, clefs d’étrangement débouchant sur la mort, morts au commissariat pendant la garde à vue, etc. Les victimes ont également des profils identiques : en majorité des jeunes hommes « noirs » ou « arabes » habitant les quartiers populaires urbains. Les suites judiciaires de ces « affaires » sont également d’une grande ressemblance : au mieux du sursis et dans quelques cas marginaux une peine ridicule. Le diagnostic ne souffre d’aucune hésitation : l’institution policière est gangrénée par le racisme, infiltrée de manière importante par l’extrême-droite, garantie d’impunité par le pouvoir exécutif, encouragée par les choix de la « doctrine de maintien de l’ordre » officielle et protégée par un silence des grands médias assourdissant. Les conditions particulières du confinement n’ont fait qu’encourager encore plus intensément le virus raciste circulant depuis des décennies dans la police.

S'unir pour ne pas subir

L’élargissement des violences policières à d’autres catégories de citoyennes et de citoyens au cours du mouvement des Gilets Jaunes et du mouvement contre la réforme des retraites est venu rappeler une vérité première : le silence sur l’injustice pour une catégorie de citoyens est porteuse potentiellement d’une injustice pour tous. Confronté à une crise de légitimité grandissante et à des mouvements sociaux importants le gouvernement peut compter sur cette institution policière protégée de toute sanction, habituée à la répression et à la violence aveugle, formatée idéologiquement par des idées socialement réactionnaires, racistes et sexistes.

L’heure est au dépassement de la stratégie défensive réagissant aux passages à l’acte meurtriers de la police. Nous ne sommes pas en présence de situations isolées qui se succèdent sans liens entre elles ou de «crimes» individuelles ou circonstancielles sans causalités communes. Nous sommes en présence des résultats logiques de choix politiques, des conséquences prévisibles d’une « doctrine de maintien de l’ordre », des effets cohérents d’une impunité systémique, etc. L’Etat français est compte-tenu de l’ancienneté de ces pratiques, de leur ampleur et de la récurrence des scénarios coupable et responsable. Nous sommes en présence d’un racisme d’Etat ancien se muant dans le contexte de crise de légitimité du pouvoir en autoritarisme d’Etat généralisé.

La gravité de la situation appelle une stratégie offensive s’appuyant sur les prises de conscience de la réalité des violences policières systémiques qu’ont suscitées les pratiques des forces de « l’ordre » pendant les mouvements des Gilets Jaunes et contre la réforme des retraites. Il est temps d’initier un vaste mouvement unitaire visant à imposer par le rapport de forces une commission d’enquête indépendante sur le racisme et l’autoritarisme d’Etat. Il est temps de mettre les élus au pied du mur et de les interpeller pour qu’ils relaient cette revendication à l’assemblée. Nous verrons alors les positions des uns et des autres et nous en tirerons les leçons. C’est une commission de ce type qu’ont imposé les jeunes des quartiers populaires en Angleterre en 1981 après une série de révoltes populaires contre les violences policières. Le « rapport Scarman » qui est alors rendu conclu à l’existence d’un racisme institutionnel dans l’institution policière, de discriminations systémiques dans les contrôles au faciès, d’usages « disproportionnés et sans discernement » des pouvoirs, de pratiques de couverture de la hiérarchie conduisant à l’impunité, etc. Faisons grandir cette revendication pour imposer un diagnostic réel de la gangrène réactionnaire au sein de la police et pour imposer une véritable épuration de la police d’une part et des garanties inscrites dans la loi pour les citoyennes et les citoyens d’autre part.

En attendant et en préparation de ce combat ne laissons plus rien passer, soyons solidaires et massivement mobilisés à chaque nouvelle violence policière et crions notre colère.

Nos vies comptent

Pas de Justice- Pas de paix

Quartiers populaires et Corona Virus – Les tirailleurs du corona !

La pandémie du Corona-virus est un excellent révélateur des inégalités de classe, de « race » et de genre du capitalisme mondialisé en général, et de la société française en particulier.

Les politiques économiques ultra-libérales ont, partout sur la planète, accru la vulnérabilité collective dans le même temps où elles ont fait exploser les profits des classes dominantes.

En France elles ont conduit à un affaiblissement des capacités de réaction du système de soin par une baisse continue des budgets dédiés à l’hôpital public.

En Afrique, en Amérique Latine et dans de nombreux pays d’Asie ces politiques ont été imposées par le FMI et la banque mondiale par le biais des Plan d’Ajustement Structurel du FMI et de la Banque mondiale, dont une des conditionnalités pour obtenir un prêt est la baisse des budgets sociaux et la privatisation des services publics.

Le démantèlement des services nationaux de soins dans les pays dominés du Sud annoncent une catastrophe inédite si la pandémie n’est pas jugulée entretemps. De manière similaire la politique de l’Europe forteresse, en fixant en masse les réfugiés fuyant la guerre dans des camps surpeuplés et défaillants en matière d’infrastructures sanitaires, produit et/ou produira un double résultat : une baisse de la capacité à juguler la pandémie d’une part et une sur-morbidité d’autre part. C’est-à-dire un véritable crime de masse.

Si le virus ne connaît pas par nature de frontières de classe, de « race » et de « sexe », nous ne sommes pas pour autant égaux devant la contamination possible. Si le nombre de victimes sera énorme, il ne sera pas également réparti. Le bilan macabre du Corona virus se déclinera également selon la classe, le sexe et l’origine.

D’ores et déjà il est possible de prédire au regard de leurs conditions d’existence et/ou de logement et/ou de travail une surreprésentation des SDF, des réfugiés, des pauvres, des femmes, des mal-logés, des précaires, des classes populaires, des immigrés et leurs héritiers français, etc. L’inégalité structurelle de classe, de « race » et de sexe est en quelque sorte traduite en inégalité devant la mort par le Corona virus.

Si dans les guerres du passé nous avions les tirailleurs africains et indochinois, nous avons aujourd’hui des tirailleurs du corona.

Le choix gouvernemental de maintenir au travail des millions de salarié-e-s dans des secteurs non essentiels pour préserver les profits est criminel. La limitation des stocks pour diminuer les coûts selon la logique ultralibérale l’est tout autant. Elle conduit à la pénurie des masques contraignant des millions de salarié-e-s à travailler (y compris dans les métiers de contact) et à utiliser les transports en commun sans protection.

Le bilan macabre étant incontournable, c’est désormais autour de son explication que se déploie l’offensive idéologique de l’Etat et de ses appareils. La mise en scène à longueur d’antenne et de discours officiels de l’irresponsabilité et de l’incivilité face au confinement a pour objectif de masquer les causes économiques et politiques de la catastrophe. Une telle mise en scène autorise en outre l’appareil policier à tous les abus dans les quartiers populaires pour mettre au pas les sauvages ou les sauvageons.

Plus que jamais l’heure est à l’organisation et à la mobilisation pour imposer un autre monde qui n’est pas seulement possible mais également nécessaire et urgent.