Ratonnades en bande organisée dans les rues de l’Hexagone

Mercredi 14 décembre, en marge du match entre la France et le Maroc en demi-finale de coupe du monde, des groupes d’extrême-droite se sont lancés dans une « chasse » à l’arabo-musulman, réel ou supposé, dans les rues de différentes villes de France.

Hurlant des slogans racistes, ces groupes organisés ont cherché à s’en prendre à tous ceux qui s’apparentaient à un Arabe. A Paris, la police a interpelé 38 militants en possession de poings américains, de matraques ou de clés à molette.

A Lyon, les militants d’extrême-droite ont attaqué des supporters marocains rassemblés sur la place Bellecour. Cagoulés, les militants d’extrême-droite ont mené des ratonnades, défilant dans les rues de la ville en cherchant à s’en prendre aux Arabes. Ces militants défilant avec des drapeaux français et scandant « la France aux Français » ont agressé des personnes d’origine maghrébine.

A Montpellier, des groupes d’extrême-droite s’en sont pris aux supporters marocains sur la place de la Comédie dans le centre-ville. Dans cette ville, un jeune homme de quatorze ans a été tué après avoir été fauché par un véhicule alors qu’il célébrait la fin du match dans le quartier de la Paillade. Les individus à bord du véhicule brandissaient un drapeau tricolore.

A Nice, des scènes de ratonnades ont été filmées avec des dizaines de militants d’extrême-droite cagoulés pourchassant des supporters marocains en criant « on est chez nous » et « dehors les Arabes ».

A Strasbourg, des membres de « Strasbourg Offender », un groupe hooligan composé de néonazis, d’identitaires et d’ultranationalistes, sont descendus après le match « patrouiller »  dans les rues du centre-ville et chasser les Arabes.

Ces violences racistes apparaissent clairement comme des actes organisés et coordonnés par des groupes d’extrême-droite violents. Toutefois, si le passage à l’acte violent a été le fait de ces groupes fascistes, les discours racistes de l’extrême-droite parlementaire et médiatique qui ont précédés le match, ont alimenté ces expressions de haine.

En effet, depuis l’annonce de l’affiche de la demi-finale, certains médias, notamment ceux du groupe Bolloré, se sont efforcés de présenter l’opposition footballistique comme une pièce d’un affrontement multiséculaire entre l’Occident civilisé et la barbarie arabo-musulmane. Revêtant le costume du croisé, il ne s’agissait plus, pour ces agitateurs médiatiques, de gagner un match de football mais de préserver la domination de l’Occident confronté à des hordes barbares arabo-musulmanes avançant en rangs serrés derrière l’équipe marocaine.

Dans cette vision du monde, les supporters de l’équipe du Maroc présents sur le territoire français ont été présentés comme des ennemis intérieurs qui gangrèneraient la France afin de « grand remplacer » la population blanche. Le drapeau ou le maillot du Maroc ont été décrits comme les signes d’une offensive anti-française visant à détruire les fondements de la civilisation occidentale.

Evidemment, tous les cadres de l’extrême-droite, de Jordan Bardella à Eric Ciotti en passant par Marion Maréchal ou Eric Zemmour, ont apporté leur contribution à ce « grand récit » du grand remplacement et de la haine de l’« arabo-musulman », réelle ou supposée.

Cependant, ne nous trompons pas dans nos analyses. Si cette haine de l’« arabo-musulman » promue par l’extrême-droite a une telle audience en France, les raisons en sont bien plus profondes. Il nous semble nécessaire de la replacer dans un double contexte historique et politique.

Premièrement, cette haine plonge ses racines dans l’histoire de la colonisation et de la suprématie blanche. En effet, la France a mené des conquêtes coloniales génocidaires, instauré des législations d’exception, relégué au ban de l’humanité des populations non-blanches durant des siècles. Cette histoire ne s’est évidemment pas arrêtée avec la décolonisation. Les non-Blancs vivant dans l’Hexagone ont été maintenus dans un état d’exception permanent au travers de différents mécanismes institutionnels. Dans ce cadre, les discours anti-arabes et islamophobes ont servi de justification au maintien de la domination blanche.

Deuxièmement, de manière plus immédiate, nous sommes dans une séquence historique de quarante ans où le racisme colonial s’est redéployé pour désigner un ennemi intérieur « arabo-musulman ». Des législations d’exception islamophobes ont été mises en place pour lutter contre cet ennemi intérieur. Ces dernières années, Emmanuel Macron a fait de la lutte contre le « séparatisme » un élément central de sa politique. Cette lutte contre le « séparatisme » n’est que le dernier succédané de la suprématie blanche contre les ennemis intérieurs que sont les musulmans, réels ou supposés.

Si les violences de mercredi sont indéniablement le fait d’une extrême-droite militante et organisée, l’ensemble du spectre politique français a participé à promouvoir l’islamophobie et plus largement à maintenir la suprématie blanche.

Est-il besoin d’évoquer la participation de la gauche française à l’« aventure » coloniale française ? Est-il nécessaire de se remémorer la dénonciation des grévistes de l’automobile comme « islamistes » par le gouvernement Mauroy (PS) au début des années 1980 ? Est-il indispensable de reparler du rôle de la gauche et de l’extrême-gauche dans le vote de loi islamophobe du 15 mars 2004 sur l’interdiction du foulard dans les écoles publiques ? Est-il obligatoire de rappeler le silence assourdissant de la gauche française concernant la loi sur le « séparatisme » et l’isolement dans lequel se sont retrouvés celles et ceux, majoritairement musulmans, qui se sont mobilisés contre cette loi d’exception ?

Si nous voulons sérieusement lutter contre le racisme et l’islamophobie, nous ne pouvons pas nous limiter à dénoncer les passages à l’acte violents des groupes d’extrême-droite lorsque ceux-ci surviennent. Il est indispensable de porter un regard critique sur le contexte politique qui rend les discours haineux de l’extrême-droite audibles, car le suprémacisme blanc ne se limite pas à quelques groupuscules violents. En vérité, l’hégémonie blanche est défendue, selon des modalités différentes, par l’écrasante majorité du monde politico-médiatique en France.

Les violences de l’extrême-droite ne sont malheureusement que l’expression radicale d’un racisme anti-arabe et d’une islamophobie largement partagé. Autrement dit, les autorisations au passage à l’acte raciste, les humiliations et  passages à tabac par les milices racistes dans les camps de migrants, de Tziganes ou dans nos villes et quartiers sont les effets et les conséquences des politiques menées par les gouvernements successifs et leurs supplétifs. 

Tant que nous ne nous attaquerons pas aux fondements de la suprématie blanche, nous continuerons à être régulièrement confrontés aux violences, parfois mortelles, de groupes d’extrême-droite organisés.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

19/12/2022

Du gouvernement à l’Assemblée, le racisme comme ligne de conduite

Les jours et les semaines passent et le racisme continue d’être au cœur de la vie politique française. Est-ce étonnant ?

Evidemment non, car comme l’écrivait Frantz Fanon « une société est raciste ou ne l’est pas »[1]. Après cinq siècles de colonisation, la France, puissance coloniale s’il en est, ne peut être qu’une société raciste.

Présentant son projet de loi contre l’immigration, le ministre de l’Intérieur multiplie les déclarations anti-immigrées. Il s’est notamment vanté de vouloir « rendre la vie impossible » aux personnes sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français en les empêchant de bénéficier des prestations sociales ou d’un logement social. Les personnes menacées d’expulsion seraient également inscrites au « fichier de personnes recherchées », comme s’il s’agissait d’individus représentant un danger public.

Dans cette politique anti-immigration, Gérald Darmanin souhaite rétablir la double peine qui avait été en grande partie abolie suite au long combat des militants des immigrations et des quartiers populaires[2]. Il souhaite également instaurer « un examen de langue » pour tous les étrangers désirant obtenir un titre de séjour. En cas d’échec à l’« examen », les étrangers seraient expulsés.

Ces mesures anti-immigrés sont-elles étonnantes de la part d’un ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Emmanuel Macron qui trouvait Marine Le Pen « trop molle »[3] car pas assez islamophobe à son goût ?

N’oublions pas que ces propos de Gérald Darmanin s’inscrivent dans une surenchère de déclarations et de politiques racistes des gouvernements successifs. 

C’est dans ce contexte où la mise à l’index des personnes non-Blanches s’exprime au sommet de l’Etat qu’est intervenue à l’Assemblée nationale l’interpellation négrophobe contre le député de la NUPES, Carlos Martens Bilongo, par le député du Rassemblement national (RN), Grégoire de Fournas.

« Qu’il retourne en Afrique » a aboyé le député d’extrême-droite la bave aux lèvres car, à ses yeux, un-e Noir-e ne saurait être à sa place à l’Assemblée nationale, voire même dans l’Hexagone.

Alors beaucoup condamneront, avec raison, ces déclarations négrophobes d’un élu d’extrême-droite. Toutefois, trop nombreux seront celles et ceux qui s’arrêteront à ces déclarations racistes en oubliant le racisme structurel entretenu au plus haut sommet de l’Etat pour préserver la suprématie blanche.

« Le racisme n’est pas une question d’attitude, c’est une question de pouvoir », expliquait déjà Stokely Carmichael.

Le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) condamne fermement les beuglements racistes du député RN, Grégoire de Fournas. Il exprime également son soutien sans faille à Carlos Martens Bilongo face à ces attaques négrophobes.

Néanmoins, le FUIQP n’oublie pas que ces aboiements racistes ne sont possibles que parce que le racisme structure la société française. Notre combat doit donc porter en premier lieu contre le racisme structurel qui rend possible toutes les autres expressions du racisme.

S’unir pour ne pas subir

Communiqué du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

4/11/2022


[1] Frantz Fanon, « Racisme et culture », septembre 1956, in. Pour la révolution africaine, Ecrits politiques, Ed. La Découverte, 2001, page 48

[2] Notamment le Comité national contre la double peine et le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB).

[3] Débat télévisé de février 2021.

Soutien aux lycéen-ne-s du lycée Joliot-Curie de Nanterre

Depuis plusieurs semaines, les élèves du lycée Joliot-Curie de Nanterre se mobilisent à l’appel du conseil de la vie lycéenne (CVL). Depuis ces derniers jours, ils font face à une répression policière particulièrement violente. Plusieurs lycéen-ne-s ont été blessé-e-s par les forces de l’ordre armées de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. Jeudi 13 octobre, quatorze élèves, dont douze mineur-e-s, avaient été placé-e-s en garde à vue.

Pourtant, les lycéen-ne-s ont des revendications simples et légitimes. Ils-elles réclament :

  • le retour de l’aide au devoir qui a été retiré depuis la rentrée en raison d’un manque de moyens ;
  • la fin d’une « police des mœurs » autoproclamée qui voudrait contrôler strictement les tenues vestimentaires des seules lycéennes identifiées comme musulmanes ;
  • la contestation de la mutation administrative d’un enseignant également cosecrétaire départemental de Sud Education 92.

Le FUIQP considère les revendications des élèves du lycée Joliot-Curie de Nanterre totalement légitimes. Nous leur exprimons donc notre soutien dans leur lutte pour une école moins inégalitaire et plus inclusive.

En revanche, nous nous étonnons du peu de soutien que la mobilisation de ces lycéen-ne-s a reçu. Nous nous étonnons également du silence assourdissant qui entoure la répression violente de cette mobilisation par les forces de l’ordre. De même, nous nous étonnons du peu de contestations du discours stigmatisant et répressif tenu par le gouvernement et les médias dominants contre les lycéens de Nanterre.

Les mobilisations lycéennes en faveur de l’égalité deviendraient-elles illégitimes à partir du moment où elles sont portées par des lycéen-ne-s non-blanc-che-s de banlieues ? Les répressions policières brutales deviendraient-elles immédiatement légitimes à partir du moment où elles s’abattent sur des élèves, souvent mineur-e-s, non-blanc-che-s de banlieues ? Les justifications islamophobes de la répression violente d’une mobilisation sociale de lycéen-ne-s deviendraient acceptables en raison de l’identité réelle ou supposée des élèves qui la subissent ?

Au-delà du lycée Joliot-Curie de Nanterre, le FUIQP demande :

  • que davantage de moyens soient accordés à l’éducation, particulièrement dans les quartiers populaires qui subissent déjà la relégation sociale depuis plusieurs décennies ;
  • que cesse le harcèlement des élèves identifiées comme musulmanes concernant leur tenue vestimentaire.

Seul un investissement massif dans l’éducation pourra permettre de compenser partiellement les inégalités sociales dont les habitant-e-s des quartiers populaires sont les premières victimes. Mais nous savons que cet investissement ne verra jamais le jour sans la mobilisation massive des lycéen-ne-s des quartiers populaires.

Hors de la lutte, il n’y a pas de progrès !

Halte à la répression des lycéens de Nanterre !

Vive les luttes des lycéens des quartiers populaires !

S’unir pour ne pas subir !

FUIQP

16/10/2022

Se mobiliser contre l’islamophobie

La validation de l’expulsion d’Hassan Iquioussen par le Conseil d’Etat marque une nouvelle étape dans la constitution d’un appareil répressif spécifique reposant sur une islamophobie d’Etat. En effet, cette expulsion voulue et annoncée médiatiquement par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, ne repose sur rien d’autre que l’arbitraire d’un exécutif qui cible depuis plusieurs mois les musulman-e-s réel-le-s ou supposé-e-s.

Face à cette offensive islamophobe, la question n’est pas tant de savoir si nous partageons l’ensemble des idées de Hassan Iquioussen. Il s’agit plutôt de comprendre en quoi les musulman-e-s réel-le-s ou supposé-e-s ne relèvent pas du droit commun qui garantit les libertés individuelles notamment les libertés d’expression, de culte et la protection de la vie familiale. Pour nous ces libertés fondamentales ne sauraient être niées à une catégorie de la population en raison de son appartenance ethnique ou religieuse.

Il est à craindre qu’Hassan Iquioussen, qui ne fut pas le premier à subir l’arbitraire étatique, ne soit malheureusement pas le dernier à subir la répression islamophobe. L’islamophobie d’Etat ne va pas s’arrêter spontanément. Aussi, nous appelons les personnes éprises de liberté et d’égalité en général et les personnes ciblées par ce racisme en particulier à rester vigilantes et mobilisées contre l’islamophobie d’Etat.

S’unir pour ne pas subir !

Communiqué du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

2/09/2022

Tragédie de Melilla : les migrants au cœur d’un business macabre entre les autorités espagnoles et marocaines

Ou faites comme en Espagne

Où ils ont construit une toile d’araignée

Là-bas, à Ceuta et Melilla

Où ils reçoivent [les migrants] sur les berges

Mais parfois [ils les transportent] sur des brancards

Quelle horreur !

Quel cauchemar !

Los Tigres del Norte, El Muro 

Quand Madrid cède au « chantage migratoire » de Rabat

En mai 2021, près de 8 000 migrants, pour la plupart Marocains, parvenaient à pénétrer dans la ville de Ceuta, enclave espagnole située au Nord du Maroc et qui constitue, avec Melilla, l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe.

Cet « afflux sans précédent » de migrants sur le territoire espagnol était consécutif à un « relâchement » de la surveillance des frontières de la part des autorités marocaines. En « ouvrant les vannes », le Maroc souhaitait ainsi faire pression sur l’Espagne, où était hospitalisé un des leaders du Front Polisario, mouvement créé en 1973 et luttant pour l’indépendance du Sahara occidental.

Ainsi, après avoir décidé d’approfondir ses relations diplomatiques, commerciales et militaires avec l’Etat sioniste, en échange de la reconnaissance, par les Etats-Unis, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, Rabat comptait utiliser l’« arme migratoire » pour faire plier l’Espagne sur la question du Sahara.

Face à une Europe hantée par le spectre du « Grand Remplacement », le chantage à « l’invasion migratoire » exercée par le Maroc semble avoir porté ses fruits.

En effet, en mars 2022, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, adressait une lettre au roi Mohamed VI dans laquelle il annonçait, contre toute attente, que l’Espagne, ancienne puissance coloniale ayant occupé le Sahara jusqu’en 1975, était désormais disposée à accepter la « solution marocaine » sur le conflit du Sahara, c’est-à-dire l’autonomie du Sahara dans le cadre d’une intégration au royaume du Maroc, en lieu et place d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui historiquement soutenu par Madrid.

En échange de ce revirement historique, Pedro Sanchez proposait au Maroc de renforcer la coopération des deux pays sur « les défis communs, en particulier la gestion des flux migratoires en Méditerranée […] dans le but de garantir la stabilité et l’intégrité territoriale de nos pays ». 

Le Maroc pouvait ainsi rejoindre la place assignée par l’Union Européenne aux pays acceptant une telle «coopération» : celui de sous-traitant du sale boulot répressif lié à la construction de l’Europe forteresse. «Des Africains pour réprimer d’autres Africains pour le compte de l’Europe et sur le continent africain » telle est la logique sous-jacente aux politiques migratoires européennes.

Les migrants constituent ainsi une monnaie d’échange dans les relations entre l’Espagne et le Maroc.

Il était indispensable de rappeler ces éléments de contexte pour comprendre la tragédie qui s’est récemment déroulée à Melilla.

 « Xénophobie Business »

Le 24 juin dernier, plusieurs dizaines de migrants ont trouvé la mort en essayant de traverser la clôture séparant le Maroc et l’Espagne.  

Comme l’a fort justement souligné le géographe et géopolitologue Stéphane Rosière, la barrière de séparation entre le Maroc et l’Espagne à Melilla symbolise « un ordre mondial asymétrique et coercitif dans lequel une minorité s’arroge un droit exclusif à la mobilité et tente de confisquer ce droit à une majorité, plutôt pauvre, et dépourvue de réelles perspectives de développement économique ».  

Du côté des autorités marocaines et espagnoles, on dénonce les violences provoquées par certains migrants ainsi que des attaques contre leur « intégrité territoriale », comme pour mieux occulter le caractère criminel et meurtrier des politiques migratoires mises en œuvre par l’Union Européenne, avec la complicité de certains Etats Africains.

Les migrations vers l’Europe sont avant tout causées par la guerre et la pauvreté. Or, loin de s’attaquer à ces causes, plusieurs Etats de l’Union Européenne s’attachent à les aggraver en prenant une part active dans guerres impérialistes (comme la destruction de la Libye en 2011) ou encore en imposant aux pays africains des accords dits de « partenariat économique », mais qui sont en réalité de véritables accords d’« assassinat économique » contribuant à renforcer la paupérisation des populations dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et, ce faisant, les migrations vers l’Europe.

Malgré la multiplication des tragédies vécues par les migrants, dont plusieurs milliers trouvent la mort chaque année en essayant de traverser la mer Méditerranée ou en essayant de franchir des barrières construites aux frontières de l’Union européenne (comme celle de Melilla), le « xénophobie business »   aux portes de l’Europe s’est intensifié. Et pour cause : ce business profite à plusieurs types d’acteurs, à savoir :

– Certaines personnalités et formations politiques qui ont fait de la lutte contre « l’invasion migratoire » et le pseudo « Grand Remplacement », un fonds de commerce inépuisable.  

– Le « complexe sécuritaro-industriel » formé par des acteurs publics mais aussi et surtout les entreprises privées, spécialistes de la vente d’armes. En effet, il convient de rappeler que les principaux bénéficiaires des contrats de sécurisation des frontières sont également de gros vendeurs d’armes…

– Les réseaux criminels de passeurs et de trafiquants d’êtres humains

– Plusieurs Etats Africains qui ont fait des migrations une arme de pression diplomatique (à l’image du Maroc) et/ou une source de manne financière (comme le Rwanda de Kagame qui a récemment signé un accord avec le gouvernement britannique dans ce sens), sur le dos des migrants.

Face à la persistance de ce « xénophobie business » sur les deux rives de la méditerranée, le FUIQP réitère la nécessité de renforcer le front anti-impérialiste dans les pays d’origine et les pays d’accueil des migrants.

Le FUIQP présente ses plus sincères condoléances aux familles des migrants ayant trouvé la mort lors de la tragédie de Melilla et dénonce les politiques migratoires criminelles et meurtrières mises en œuvre par l’Union Européenne, avec la complicité de certains Africains.

Le FUIQP salue également l’action des associations et collectifs qui, au Maroc et en Espagne, se mobilisent pour défendre les droits et la dignité des migrants.

S’unir pour ne pas subir !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) 

Au revoir Tarek

Le FUIQP apprend avec tristesse le décès après un long combat contre la maladie de l’ami et camarade Tarek Ben Hiba président de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives. Il fut depuis de nombreuses années notre compagnon de combat sur de multiples fronts du soutien à la cause palestinienne à la lutte contre l’islamophobie, en passant par le combat pour la régularisation des sans-papiers ou pour le droit de vote aux résidents étrangers, ou encore contre les discriminations racistes. Son action constante tout au long de ces années avait fait de lui une figure incontournable de nos luttes et un porteur et transmetteur de la mémoire de celles-ci.

Bien sur nous avons eu avec lui des désaccords, des divergences tactiques, des approches différentes dans les priorités à privilégier mais celles-ci ont toujours pu être débattus dans une ambiance de franchise et de camaraderie.

Avec son départ et celui récent de plusieurs autres figures des luttes de l’immigration c’est toute une génération de combattant qui nous quitte nous laissant en héritage un capital précieux de pensée et d’action. Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à cette génération est la poursuite du combat pour l’égalité à laquelle elle a consacré toute son existence et toute son énergie.

Le FUIQP présente toutes ses condoléances à son épouse, la militante de l’égalité Bahija Ouezini, à ses enfants, à son association la FTCR et à tous ses camarades. Tarek nous avons désormais la lourde tâche de continuer notre combat sans toi. Nous ferons de notre mieux.

Repose en paix camarade et merci pour cette vie de lutte pour l’égalité.

FUIQP

28 juin 2022  

Balade décoloniale: Hommage à la résistance palestinienne

Depuis plusieurs années, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) organise des balades décoloniales afin de remettre en cause la mémoire coloniale qui s’affiche ostensiblement dans nos villes en passant sous silence les crimes coloniaux. A travers ces balades, il s’agit également de remettre à l’honneur les luttes des peuples colonisés qui ont toujours résisté à l’oppression qu’ils subissaient.

Cette année, les organisations solidaires du peuple palestinien ont décidé de mettre à l’honneur de la balade décoloniale la résistance du peuple palestinien ; ce peuple qui vit sous le joug de la domination coloniale depuis l’instauration du mandat britannique en 1920. La colonisation de la Palestine a été accentuée par la création de l’État d’Israël en 1948, avec l’appui des grandes puissances de l’époque.

La création de cet État colonial a été accompagnée par un nettoyage ethnique de la Palestine avec l’expulsion de leurs terres d’environ 800 000 palestinien-ne-s (entre 85 et 90 % de la population) et par la destruction de plus de 500 villes, villages et hameaux. Cette tragédie est restée dans la mémoire palestinienne et arabe sous le vocable de nakba (catastrophe).

La nakba a été suivie d’une deuxième catastrophe, la défaite de juin 1967, appelée naksa, qui provoqua un nouvel exode de 300 000 palestinien-ne-s de Cisjordanie (y compris la partie orientale de Jérusalem, al-Quds) et de la bande de Gaza. A partir de 1967, la totalité de la Palestine historique était passée sous le contrôle d’un État colonial qui avait également annexé le Sinaï égyptien et le Golan syrien.

Face à cette domination coloniale, le peuple palestinien, qu’il se trouve dans les territoires de 1948, en Cisjordanie (y compris al-Quds), à Gaza, en exil dans les pays voisins (Jordanie, Liban, Syrie) ou ailleurs dans la diaspora, n’a jamais cessé de résister, sous différentes formes, aux politiques et pratiques iniques de la puissance occupante.

Depuis les années 1950, la formidable résistance du peuple palestinien a inspiré plusieurs générations de combattants anticolonialistes et anti-impérialistes. De Malcolm X à Hugo Chavez, de Georges Ibrahim Abdallah à Desmond Tutu, en passant par Mohamed Ali, nombreux sont les combattants et combattantes de la liberté qui n’ont cessé de manifester leur soutien au peuple palestinien et de nous rappeler que la libération du peuple palestinien des griffes du colonialisme israélien est une étape essentielle dans la longue marche des peuples opprimés vers l’émancipation.

La question palestinienne figure également au cœur des luttes autonomes des immigrations (post)coloniales en France depuis près d’un siècle. De l’Étoile Nord-Africaine qui, dès l’entre-deux-guerres, soutenait la lutte du peuple palestinien contre la domination britannique et la colonisation sioniste, à la « bataille de Barbès » en 2014, en passant par le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) dans les années 1970, ou encore le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB) qui a porté la Campagne pour le droit au retour de 1998 à 2003, la Palestine a toujours été un axe structurant de nos luttes et d’affirmation de notre autonomie vis-à-vis des organisations de la gauche antiraciste traditionnelle.

Depuis plusieurs années, la politique coloniale de répression à l’encontre du peuple palestinien est également devenue un modèle pour les partisans radicalisés d’une gestion coloniale des banlieues. Ainsi en mai 2021, le syndicat France-Police revendiquait le « bouclage des 600 territoires perdus de la République, y compris avec le renfort de l’Armée, en contrôlant et en limitant les entrées et sorties de ces zones par des checkpoints sur le modèle israélien de séparation mis en place avec les territoires palestiniens ».

Parce que nos destins et nos luttes sont intimement liés, nous continuerons de soutenir la lutte du peuple palestinien contre l’oppression coloniale et pour sa libération nationale. Ainsi, à travers la balade décoloniale de cette année, nous, organisations solidaires du peuple palestinien, entendons faire vivre et transmettre la mémoire de la résistance du peuple palestinien et l’appui dont il bénéficie en France.

Dans cette perspective, nous appelons toutes les organisations et toutes celles et ceux qui ont la Palestine au cœur, à nous rejoindre afin de participer à la réussite de cette balade décoloniale aux couleurs de la Palestine.

En revanche, nous ne souhaitons pas que cette balade soit un évènement sans lendemain. En effet, la balade décoloniale doit s’inscrire dans la volonté de développer un travail sur le long terme ; un travail de développement d’espaces de solidarité avec le peuple palestinien sur le plan politique, culturel, humain, etc.

Nous souhaitons notamment axer cette solidarité sur le travail avec les enfants palestiniens victimes traumatismes coloniaux liés à l’occupation et à la répression vécus par le peuple palestinien.

Par cette initiative, les organisations solidaires du peuple palestinien souhaitent ainsi œuvrer concrètement au rapprochement entre les habitants des quartiers populaires en France et le peuple palestinien, qu’il se trouve dans les territoires de 1948, en Cisjordanie ou à Gaza, ou en exil.

Tahya Falastin !

Vive la Palestine !

Vive la résistance du peuple palestinien !

Rendez-vous: dimanche 19 juin 2022 à 14h devant l’église Saint-Bernard (métro Barbès-Rochechouart) pour une balade décoloniale dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Signataires : Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah, International Solidarity Movement (ISM-France), Association Nationale des Communistes (ANC), UL CGT Paris 18, Collectif La Chapelle Debout, Collectif Ivryens pour la Palestine, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Collectif Boycott Apartheid Israël – Paris Banlieue, BDS France Paris Région Parisienne, Samidoun Région Parisienne, Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF)

La convergence des coups a consolidé la convergence des luttes et les victoires de nos anciens

Rappelons nous que c’est la convergence des coups qui a consolidé la convergence des luttes et les victoires historiques de nos anciens.

« L’oiseau qui oublie le nid où il a vu le jour finit par s’égarer ».

Ce célèbre proverbe wolof nous rappelle à quel point la connaissance de notre propre histoire ainsi que la fidélité aux combats menés par nos anciens, sont des éléments indispensables à la compréhension des défis du présent. C’est sur la base de cette compréhension que nous pourrons définir les formes d’organisation et de lutte qu’il convient d’adopter afin de faire avancer notre combat pour l’égalité, la dignité et la justice.

Le Front des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) a vu le jour en 2011, à l’initiative de militantes et de militants qui n’ont pas oublié et ne peuvent oublier le nid où ils/elles ont vu le jour.

Ce nid, c’est celui de plusieurs générations d’immigrés et de fil-le-s d’immigrés qui n’ont cessé de se battre, malgré les répressions, les campagnes de diabolisation et d’intimidation, pour défendre leur dignité.

Ce nid, c’est également celui des chibanis, des dockers noirs de Marseille, des « tirailleurs sénégalais », des « boat people » et de tous ces « déracinés du capital », avec ou sans papiers ; ces exilés ayant passé leur vie à explorer d’autres contrées, afin d’offrir à leur progéniture un avenir meilleur.

Ce nid, c’est enfin celui des organisations qui dans l’immigration ont lutté contre le racisme en France et pour la libération nationale des peuples colonisés : de l’Étoile Nord-Africaine dans les années 1920-1930 au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB) dans les années 1990-2000, en passant par la fédération de France du FLN dans les années 1950-1960, le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) dans les années 1970 ou la Marche pour l’égalité de 1983.

Et c’est en dignes héritiers des luttes des immigrations, que nous nous sommes toujours attachés à créer des ponts entre les anciennes et les nouvelles générations d’immigrés en France ; entre les habitants des quartiers populaires, dont beaucoup sont nés et/ou sont devenus citoyen-ne-s français et les immigrés dits « illégaux », que la société condamne à une vie dans la marginalité et la clandestinité.

Dès ses débuts, le FUIQP a fait de l’accès de tous les immigrés, quelle que soit leur situation administrative, à une égale dignité, un des principes cardinaux de son engagement politique.

« Nous voulons la régularisation de tous les sans-papiers et une citoyenneté commune et égale pour tous », proclame ainsi fièrement le premier des 10 points de notre organisation.

Au cœur de notre engagement, figure la conviction que les habitants des quartiers populaires partagent, avec les résidents de l’Ambassade des migrants, une communauté de destin.

Ce destin commun, c’est celui des populations considérées comme des envahisseurs, des « Grand-Remplaçants » menaçant l’équilibre démographique et l’identité de la France

Ce destin commun, c’est celui des victimes des crimes policiers, des discriminations massives sur les marchés du logement de l’emploi, ect…

Ce destin commun, c’est aussi celui des minorités livrées à la vindicte populaire par des « marchands de haine » ayant fait de la diabolisation des populations non blanches un fonds de commerce inépuisable, ainsi qu’un argument de campagne électorale, comme l’a démontré la dernière campagne présidentielle.

Parce que les discours et les politiques racistes affectent nos vies de manière spécifique, nous devrons y répondre à notre façon, avec nos mots, en partant de nos réalités et en construisant des mobilisations avec les alliés respectueux de nos droits

A l’occasion de cette journée de solidarité avec les résidents de l’Ambassade des migrants, le FUIQP souhaiterait ainsi réitérer sa volonté de participer à la construction d’une maison commune de l’antiracisme ; une maison que nous bâtirons ensemble, en tirant les leçons du passé, sans oublier le nid où nous avons vu le jour.

Dans ce combat, nous remporterons des victoires mais nous essuierons également des défaites ; des défaites sur lesquelles nous nous appuierons pour mieux avancer.

En effet, comme nous le rappelait le combattant anticolonialiste et héros de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert, Amilcar Cabral dans un célèbre discours prononcé en 1970:

« la lutte est faite , de victoires et de défaites mais elle avance toujours, et ses phases, même les plus semblables ne se répètent jamais. Parce que la lutte est un processus et non un accident, elle est une course de fond et non de vitesse : des défaites éventuelles ne sauraient justifier ni la démoralisation, ni le désistement, car même les échecs peuvent être une base de départ pour de nouveaux succès. »

Pour conclure, mes chers amis, j’aimerais rappeler cet avertissement que le grand historien et militant anti-impérialiste Joseph Ki-Zerbo lançait à la jeunesse burkinabé en 1998 : « si nous nous couchons, nous sommes morts ! »

Si aujourd’hui, nous nous couchons devant les discours et les politiques xénophobes, nous sommes morts !

Pour cette raison, le FUIQP réitère son soutien au Collectif Chapelle Debout ! et aux résidents de l’Ambassade des Migrants.

Je vous remercie.

Intervention de FUIQP Paris-Banlieue lors du meeting de soutien à l’Ambassade des immigrée-e-s 

Paris, 28/05/2022

Massacre négrophobe de Buffalo : chronique d’une tragédie annoncée

« Lorsqu’une maison prend feu et qu’une personne, alertée par les flammes, accourt en criant « au feu ! », le propriétaire de la maison, ainsi réveillé par les cris , commet parfois l’erreur d’accuser la personne  ayant lancé l’alerte d’avoir mis le feu, alors même qu’il devrait lui exprimer sa gratitude ».[1]

Malcolm X

Anéantir les « Remplaçants »

Le 15 mai 2022, Payton Gendron, jeune américain blanc de 18 ans, ouvrait le feu dans un supermarché de Buffalo (Etat de New York), aux Etats-Unis, tuant dix personnes, dont six femmes et quatre hommes âgés de 32 à 86 ans.

Le point commun des victimes ? Leur couleur de peau : en effet, toutes les personnes assassinées sont des Afro-Américains.

Leur crime ? « Tous les Noirs sont des Remplaçants, ne serait-ce que par leur simple existence dans des pays de Blancs. […] Chaque envahisseur que vous tuez, quel que soit son âge, est un ennemi en moins pour vos enfants ».[2]

C’est en ces termes que l’auteur de l’attaque négrophobe et terroriste de Buffalo justifie son geste dans un « manifeste » où il se présente comme « simplement un homme blanc qui cherche à protéger et servir ma communauté, mon peuple, ma culture et ma race ».

A l’image de Brenton Tarrant, le terroriste suprémaciste qui avait tué 51 morts et blessé 49 personnes en mars 2019, lors d’un attentat islamophobe visant deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande), Payton Gendron est un adepte de la théorie du « Grand Remplacement ».

En vertu de cette théorie fumeuse, raciste et criminelle, popularisée notamment par l’écrivain français Renaud Camus et désormais relayée par des médias et des politiques de premier plan, les populations blanches des pays occidentaux seraient menacées de  « substitution » par des hordes d’envahisseurs basanés, dont l’augmentation démographique conduirait à un « changement de civilisation ».

Le suprémacisme occidental : un danger mortel pour les populations non blanches

L’assassinat programmé de dix Afro-américains désarmés par le terroriste Payton Grendon est la manifestation la plus vulgaire, la plus hideuse, la plus brutale et la plus cruellement sauvage d’une idéologie de plus en plus « décomplexée » et particulièrement mortifère pour les populations non-blanches : le suprémacisme occidental.

Le suprémacisme occidental est un fanatisme plus ou moins assumé. Il se décline en plusieurs versions ayant pour fil conducteur l’infériorisation et l’exclusion des populations non blanches du cercle fermé des « vrais » humains. 

Le suprémacisme occidental s’appuie sur un corpus idéologique combinant des vieilles et des nouvelles recettes. Les discours sur la pureté de la race blanche (dont le terroriste Payton Gendron nous a fourni une tragique caricature) coexistent avec d’autres discours, à peine plus sophistiqués, sur l’infériorité et l’ « arriération » des cultures des populations non blanches.

Ne pouvant plus justifier son règne par la seule domination militaire (à laquelle il n’a pas tout à fait renoncé), le suprémacisme occidental cherche à se maintenir en imposant une pyramide des normes universelles au sommet de laquelle figurent les « valeurs occidentales ».

Le lendemain de la tuerie négrophobe de Buffalo, Macarena Olona, députée espagnole membre du parti d’extrême droite Voz et candidate à la présidence de la région Andalousie, publiait sur son compte Twitter le message suivant : « Si tu importes de l’insécurité, tu auras de l’insécurité. Et cela n’a rien à voir avec la race. Le facteur déterminant, c’est l’origine. Parce qu’il y a des cultures qui sont une menace pour les femmes et les personnes homosexuelles. Dans mon pays, mes règles. Nos valeurs occidentales ». 

Du point de vue des apôtres du suprémacisme occidental, les populations non blanches ne sont pas des victimes mais des bourreaux ; les bourreaux des femmes (blanches et non blanches) et des homosexuels (blancs et non blancs) que l’Occident aurait ainsi le pouvoir et le devoir de « sauver ».

Le suprémacisme occidental est également un fanatisme de type révisionniste. Pour galvaniser ses adeptes, il lui faut réinventer l’histoire et, très souvent, raconter des histoires.

Ainsi, en réponse au pape François qui, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’indépendance du Mexique, en septembre 2021, appelait à reconnaître les « erreurs » et les «péchés » commis par l’Église Catholique lors de la conquête du Mexique,  Isabel Díaz Ayuso,  présidente  de la communauté de Madrid, s’ « étonnait » qu’un «catholique  qui parle espagnol » puisse se livrer à de telles excuses, alors même que l’héritage de l’Espagne a été, selon elle, « précisément d’avoir apporté la langue espagnole, et à travers les missions, le catholicisme et, ce faisant, la civilisation et la liberté au continent américain ». 

Oubliés la réduction à l’esclavage de millions d’êtres humains.

Oubliés les massacres et l’extermination des populations autochtones par les colonisateurs.

Dans la marche des peuples « barbares » vers la « civilisation », le « Grand Remplacement » des populations amérindiennes par des envahisseurs européens n’est qu’un « dommage collatéral » ; un mal nécessaire pour diffuser la liberté et la religion chrétienne…

L’unité dans l’autonomie, un impératif vital pour les « Grands Remplaçants »

Pour les populations non blanches, le suprémacisme occidental n’est ni un simple vestige du passé, ni le fruit d’une quelconque spéculation intellectuelle. Il se traduit concrètement et directement dans nos vies :

  • A travers des passages à l’acte de criminels suprémacistes qui, à l’instar de Payton Gendron, ont été drogués à la théorie du « Grand Remplacement »
  • A travers des crimes policiers qui touchent massivement les populations racisées
  • A travers des législations d’exception visant spécifiquement les populations non blanches

Depuis sa création, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) n’a cessé d’insister sur la spécificité du racisme que subissent les populations non blanches. Pour cette raison, le FUIQP s’est attaché à promouvoir la construction d’un mouvement autonome de lutte contre le racisme visant les populations non blanches et, dans le contexte français, les personnes issues de la colonisation.

 Pour avoir adopté une telle position, le FUIQP s’est vu reprocher, y compris par des organisations  « progressistes » se réclamant de l’universalité de la lutte contre le racisme, d’alimenter des divisions dans le camp antiraciste.

Cette attitude ne doit cependant pas nous surprendre. Elle correspond parfaitement à un phénomène que Malcolm X avait parfaitement su décrire dans un célèbre discours prononcé en 1964 : « Lorsqu’une maison prend feu et qu’une personne, alertée par les flammes, accourt en criant « au feu ! », le propriétaire de la maison, ainsi réveillé par les cris, commet parfois l’erreur d’accuser la personne ayant lancé l’alerte d’avoir mis le feu, alors même qu’il devrait lui exprimer sa gratitude ».

Parce que le suprémacisme occidental nous affecte, nous les populations non-blanches, de manière spécifique, la réponse que nous devons lui apporter doit s’appuyer sur nos réalités, en utilisant nos mots, en imposant nos priorités.

Le combat du FUIQP s’inscrit ainsi dans la droite lignée des combats menés par plusieurs générations de militant-e-s Afro-américain-e-s qui nous ont toujours inspirés et auxquels nous souhaitons rendre un vibrant hommage.

Dans Black Power, livre publié en 1967, Charles Hamilton et Stokely Carmichael (qui deviendra Kwame Touré) dressaient, a propos du combat des Afro-Américains contre le racisme, le constat suivant : « les Noirs en Amérique n’ont pas le temps de jouer aux gentils, de parler poliment, surtout dans un contexte où c’est la vie de leurs enfants qui est en jeu. (…) Nous, les Noirs, devrons répondre à notre façon, avec nos propres mots, d’une manière qui corresponde à notre tempérament ».

Cinq décennies plus tard, ce constat est toujours d’actualité.

Dans Black Power, Carmichaelet Hamilton insistaient également sur le coût de l’autonomie dans la lutte contre le racisme :

 « Celles et ceux qui assument la responsabilité de représenter les Noirs dans ce pays doivent accepter de renoncer à l’idée qu’ils peuvent le faire de manière efficace tout en maintenant un niveau maximal de confort. (…) Lorsqu’ on décide d’affronter vigoureusement le système raciste, on ne peut pas, en même temps, s’attendre à ce que ce système nous récompense ou même nous traite de manière confortable. Le leadership politique qui consiste à pacifier et adoucir sa voix sous prétexte de « gagner quelque chose pour les siens » revient à obtenir quelques pseudo-gains insignifiants qu’une société riche est parfaitement disposée à octroyer. »

Le FUIQP adresse ses sincères condoléances aux familles de nos frères et sœurs Afro-américain-e-s lâchement assassinés à Buffalo par le terroriste suprémaciste Payton Grendon.

Ce crime nous rappelle que les discours présentant les populations non blanches comme des « envahisseurs » ou des « Grands Remplaçants » menacent directement nos vies.

Dans ce contexte, il est plus que jamais urgent de s’unir pour survivre, s’unir pour ne pas subir.

Déclaration du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)


[1] Malcolm X, « The Black Revolution », 1964. (Notre traduction) 

[2] Notre traduction

La résistance du peuple palestinien contre la permanence de la nakba

Il y a 74 ans, en 1948, le peuple palestinien vivait la nakba – la catastrophe – c’est-à-dire le nettoyage ethnique de la population arabe palestinienne de la Palestine. 800 000 Palestinien-ne-s furent ainsi chassé-e-s de leurs terres et de leurs demeures alors que les colonisateurs sionistes détruisirent 531 villages et 300 hameaux pour empêcher le retour des Palestinien-ne-s.

Mais, depuis 1948, le peuple palestinien vit une nakba ininterrompue marquée par les massacres, les expulsions, les violences et plus largement une domination coloniale reléguant les Palestinien-ne-s à un état de sous-humanité.

Ces dernières semaines, l’État colonial a profané l’Esplanade des Mosquées qui comprend le troisième lieu saint de l’islam, la mosquée al-Aqsa, durant la période de Ramadan et le Saint-Sépulcre durant les célébrations de la pâque orthodoxe. L’État colonial a également bombardé la bande de Gaza qui vit sous un blocus inhumain depuis quinze ans. En Cisjordanie, notamment dans la ville de Jénine, il a cherché à écraser dans la violence toute forme de résistance afin de favoriser l’implantation de colons pour rendre impossible toute rétrocession du territoire.

L’assassinat par l’armée israélienne, ce 11 mai, de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh a légitimement provoqué une nouvelle vague d’émotion et de solidarité avec le peuple palestinien. La mort tragique de Shireen Abu Akleh et les images de son enterrement marquées par l’attaque du cortège par la police israélienne sont venues une nouvelle fois rappeler la réalité de l’État colonial qui fait subir une nakba ininterrompue au peuple palestinien.

Dans son entreprise de colonisation de la Palestine, l’État sioniste bénéficie depuis 73 ans du soutien des forces impérialistes en général et de la France en particulier. Du vote en faveur de la création de l’État colonial en 1947 à l’ONU à la répression de la Révolution algérienne (1954-1962), de l’agression tripartite contre Suez en 1956 aux différentes guerres menées contre le Liban, en passant par la fourniture de l’arme nucléaire à Israël ou par la Guerre du Golfe de 1991, les impérialistes français et les sionistes se sont alliés pour maintenir l’hégémonie occidentale sur la nation arabe.

Le pouvoir français actuel s’inscrit pleinement dans la perpétuation de cette alliance coloniale qui a été scellée dans les guerres menées contre les peuples en lutte pour leur libération. La criminalisation du soutien à la Palestine et à son peuple n’a cessé de se renforcer ces dernières années. Depuis 2014 et la « bataille de Barbès », les expressions de solidarité avec le peuple palestinien ont été régulièrement interdites par le pouvoir français.

  • L’an dernier, alors que l’armée israélienne lançait un déluge de feu sur Gaza, Paris fut la seule capitale européenne où les manifestations de solidarité avec la Palestine furent interdites.
  • La volonté du pouvoir français de dissoudre deux organisations de solidarité avec le peuple palestinien, le Comité Action Palestine et le Collectif Palestine Vaincra, a marqué une nouvelle étape dans la répression du mouvement de solidarité en remettant en cause la liberté d’association.
  • Les campagnes menées au sommet de l’État pour criminaliser les campagnes de boycott de l’État colonial, comme BDS, sont une autre expression des politiques étatiques visant à criminaliser la solidarité avec le peuple palestinien.

Plus globalement, le silence assourdissant du monde politique et médiatique français concernant le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh est une nouvelle manifestation du mur du silence que certains cherchent à bâtir autour de l’oppression coloniale vécue par le peuple palestinien. Où sont les défenseurs de la liberté de l’expression et de la liberté de la presse lorsque l’armée sioniste abat une journaliste palestinienne ?

Face à cette oppression, notre premier devoir, ici en France, est de soutenir la résistance du peuple palestinien qui lutte contre la colonisation et pour son droit à exister en tant qu’être humain et en tant que peuple. Dans le cadre de ce soutien, nous affirmons qu’il appartient seulement au peuple palestinien de déterminer les modalités de sa résistance et de choisir les organisations qui la mènent.

Nous devons continuer à nous organiser pour peser et exiger ainsi que l’État français mette fin à sa collaboration politique, économique, militaire et culturelle avec l’État sioniste. Nous exigeons la même chose de l’Union européenne, et plus particulièrement qu’elle rompe ses accords commerciaux avec l’État colonial.

Nous appelons notamment au boycott de l’État colonial et nous soutenons la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Nous appelons également à venir participer début juin à notre balade décoloniale à Paris qui sera une occasion de parler de la colonisation et du racisme et d’honorer le peuple palestinien.

Occuper est un crime, Résister est un droit

Vive la Palestine !

Tahya Filistine !

Vive la résistance !

Tahya al-mouqawama !

Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) Paris-Banlieue

15/05/2022