La solidarité sans faille est une arme indispensable aux dominés

La convocation d’Anasse Kazib et d’autres militants de sa campagne aux présidentielles par la police est un révélateur de la nature de notre séquence historique. La procédure inique ouverte conte Anasse et ses camarades n’a d’autre objectif que celui d’intimider pour silencier. Le message est clair : taisez-vous sur les dominations et les injustices que vous subissez ou la répression s’abattras sur vous.

L’objectif est limpide à savoir instaurer et banaliser une logique maccarthyste pour faire taire toutes les voix discordantes dénonçant l’ignominie de l’ordre dominant. 


Ce qui arrive à Anasse aujourd’hui n’est pas un cas isolé. La répression à bas bruit de tous les collectifs ou associations refusant de se taire sur les injustices et les dominations est devenue la norme.  


Les interdictions et dissolution d’associations sont devenues monnaies courantes :  CCIF, CRI, Collectif Palestine Vaincra de Toulouse, Comité Action Palestine de Bordeaux, la fermeture administrative de la mosquée de Pessac, etc. Les tentatives de pénalisation des militants appelant à boycotter l’Etat d’Israël ne cessent pas de se multiplier. Les tentatives visant à criminaliser les militants syndicaux connaissent la même ascension exponentielle. Les oppositions à la politique de l’impérialisme français en général et en Afrique en particulier sont régulièrement stigmatisées de manière menaçante comme étant du soutien au terrorisme, au séparatisme, au jihadisme, etc.

Les faits reprochés sont à eux seuls significatifs de la période. Anasse et ses camarades sont accusés pour je cite « des faits d’organisation d’une manifestation sur la voie publique sans déclaration ». Il y a encore quelques années une telle poursuite aurait soulevé une mobilisation massive contre cette atteinte à la liberté de manifestation.

Les multiples rognements des droits démocratiques de cette dernière décennie au motif de la « lutte antiterroriste » ont ainsi banalisés le droit de regard sans limite de l’Etat sur les manifestations politiques et syndicales. Désormais Darmanin s’estime légitime pour trier les manifestations licite et illicites, halal et non halal.

Certes la loi le lui permet mais cela indique simplement qu’il ne faut pas confondre la légalité et la justice.

Face à un tel contexte il est urgent de retrouver les réflexes militants historiques adoptés dans le passé par tous les combattants contre la domination partout sur la planète. Ces principes sont simples et sont au nombre de trois :

L’attaque contre un militant est une attaque contre tous les militants

Le soutien contre la répression ne nécessite pas un accord sur toutes les positions défendues

La solidarité est toujours une arme des damnés de la terre.

Pour toute ces raisons le FUIQP se tient au côté d’Anasse et de ses camarades

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)
Paris, 03/03/2022

Non à la fermeture islamophobe de la mosquée de Pessac

Hier, la mosquée de Pessac a reçu une notification de fermeture administrative émanant de la Préfète de Gironde.

Cette volonté de fermer la mosquée de Pessac s’inscrit dans un contexte de répression contre les musulmanes et les musulmans : dissolutions d’associations de lutte contre l’islamophobie (CCIF et CRI), fermetures de lieux de culte musulman, vote de la loi d’exception contre le soi-disant « séparatisme », réorganisation du culte musulman sous la tutelle du ministère de l’Intérieur en violation de la loi de 1905 sur la séparation des cultes et de l’État, etc.

La campagne présidentielle charrie avec elle une nouvelle vague de propositions islamophobes allant de l’interdiction du hijab lors des compétitions sportives à l’expulsion de plusieurs millions de musulmans, suivant la « théorie » dite du « grand remplacement ».

Cette notification de fermeture administrative d’un lieu de culte musulman est donc une nouvelle atteinte portée aux libertés fondamentales en générale et aux libertés de conscience et de culte en particulier.

Les musulmanes et les musulmans ne sont pas des sous-hommes que l’État pourrait priver de leurs libertés fondamentales. Celles-ci leur sont garanties par la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Nous condamnons donc fermement la volonté préfectorale de fermer la mosquée de Pessac. Nous apportons également notre soutien fraternel à aux responsables de cette mosquée ainsi qu’aux musulmanes et musulmans de Pessac qui risquent de se voir privés de lieu de culte à l’approche du mois de ramadan.

Nous appelons tous les citoyennes et citoyens, toutes les organisations, partis et associations, attachés aux droits démocratiques à se mobiliser pour que cesse cette dérive maccarthyste aujourd’hui essentiellement limitée aux musulmans ou supposés tels mais qui ne peut que s’étendre demain à toute contestation de l’injustice de notre monde.

Se taire c’est cautionner;

Non à la fermeture de la mosquée de Pessac ;

Non à la gestion coloniale de l’islam et de musulmanes et des musulmans !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

27/02/2022

Soutien au collectif « Palestine Vaincra » et au « Comité Action Palestine », aujourd’hui menacés de dissolution

Résister à la criminalisation de la solidarité envers le peuple palestinien !

ضربني وبكي

وسبقني واشتكي

Il m’a frappé, et a pleuré

Puis il s’est empressé de m’accuser

(Proverbe arabe)

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé son intention de demander la dissolution de deux associations défendant les droits du peuple palestinien : le collectif « Palestine Vaincra » de Toulouse et le comité « Action Palestine » de Bordeaux.

Si cette décision était confirmée, elle serait l’aboutissement d’un double processus sur lequel nous n’avons cessé d’alerter au cours de ces dernières années:

–       d’une part, l’intense campagne de propagande que l’extrême droite israélienne et ses nombreux relais en France mènent depuis des années contre des organisations dont le seul crime est d’exprimer leur solidarité envers un peuple martyrisé : le peuple palestinien.

–       d’autre part, une impitoyable chasse aux sorcières lancée par le gouvernement français contre plusieurs associations, en particulier celles dirigées par des citoyens musulmans ou supposés tels, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’islamisme, ou encore le « séparatisme ».

Au-delà de l’accusation, désormais classique, de « soutien au terrorisme islamiste», systématiquement brandie pour discréditer des individus et des associations aux yeux de l’opinion publique, d’autres motifs invoqués par le ministre de l’intérieur ont de quoi laisser pantois.

En effet, Gérald Darmanin accuse le collectif « Palestine Vaincra » et le « Comité Action Palestine » de diffuser la « haine envers Israël ». MDR !

Rappelons qu’en décembre 2019, c’est au nom de la lutte contre la « haine envers Israël », grossièrement amalgamée avec l’antisémitisme, que l’Assemblée nationale adoptait une résolution (pour l’instant non contraignante), considérant comme « antisémite » le « traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ».

Prenons nos maîtres chanteurs de l’antisémitisme au mot. Nous accusera-t-on de « haine envers Israël » si l’on rappelle que l’État qui se targue, depuis des décennies, d’être la « seule démocratie du Moyen Orient » a été un des principaux et derniers soutiens du régime raciste et suprématiste d’apartheid en Afrique du Sud ? Quand le renard se met à prêcher, gare aux poules !

En 2012, Miri Regev, membre de la Knesset (le parlement israélien) déclarait que les migrants Africains, qualifiés d’ « infiltrés » par le gouvernement, sont « un cancer dans notre corps » ; une vision partagée par une bonne partie de la classe politique israélienne. Le rappel de tels faits nous vaudra-t-il d’être taxés de propagateurs de « haine envers Israël » ?

Si la lutte contre la « haine envers Israël » suppose de garder le silence face au véritable terrorisme d’Etat que subit le peuple palestinien depuis des décennies, alors les inconditionnels de la puissance occupante pourront continuer à nous considérer comme leurs adversaires : nous ne nous tairons pas !

Gérald Darmanin, qui a visiblement reçu plusieurs doses d’un vaccin hélas inefficace contre le ridicule, accuse également le comité « Action Palestine » de diffuser « le sentiment d’oppression des peuples musulmans » ou encore « l’idée d’une islamophobie à l’échelle internationale ». PTDR !

Darmanin cherche-t-il à nous faire oublier qu’il fait partie d’un gouvernement ayant lancé une croisade contre les « islamo-gauchistes » à l’université, au sein des partis politiques et dans les médias ? Nul besoin de se projeter à l’« échelle internationale » ; l’islamophobie qui sévit tous les jours en France ne relève nullement d’un « discours victimaire ».

A l’image des soutiens inconditionnels des gouvernements israéliens successifs, le ministre de l’intérieur français procède, de manière quasi-systématique, à une inversion accusatoire que le militant Afro-américain des droits humains, Malcolm X, avait parfaitement décrit en son temps : « si vous n’êtes pas vigilants, nous prévenait Malcolm X dans les années 1960, ils parviendront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment ».

C’est précisément parce qu’ils souhaitent demeurer vigilants face à l’oppression du peuple palestinien que le collectif « Palestine Vaincra » et le « Comité Action Palestine » sont aujourd’hui menacés de dissolution.

Face à cette nouvelle campagne de criminalisation de la solidarité envers les Palestiniens, mobilisons-nous !

N’en déplaise à Darmanin et aux soutiens inconditionnels du colonialisme israélien, nous continuerons notre « soutien inconditionnel » au droit du peuple palestinien de résister face à son oppresseur, l’État d’Israël.

Palestine vaincra !

Occuper est un crime, résister est un droit

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires

27/02/2022

La dissolution de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) : Une nouvelle étape dans la banalisation de l’arbitraire politique

COMMUNIQUÉ DU FUIQP

Le mercredi 20 octobre 2021 le ministre de l’intérieur Gérard Darmanin a annoncé la dissolution de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie. Le motif officiel invoqué est que cette association appelle à la « haine, à la violence et à la discrimination ». Cette nouvelle dissolution intervient après celle du CCIF en décembre 2020 suivie de celles d’autres associations depuis sans que cela n’ait suscité de mobilisations à la hauteur de ces atteintes grave aux libertés d’association et d’expression. Une nouvelle fois preuve est faite qu’en matière de droits démocratiques le silence et l’absence de solidarité sur l’atteinte aux droits d’un militant ou d’une structure militante a pour effet de banaliser l’arbitraire et de généraliser la logique du bâton pour faire taire les voix discordantes.

Le décret portant dissolution du CRI est tout autant que celui concernant le CCIF l’année dernière significatif de cette logique du bâton se justifiant par une dénonciation des « intentions supposées » et non comme le voudrait le principe même de justice sur le fait de sanctionner des propos ou actes illégaux. Il est ainsi reproché au CRI de « cultiver le soupçon d’islamophobie au sein de la société française » ou encore de « présenter comme islamophobe les dispositions relatives à l’interdiction de dissimulation du visage dans l’espace public » ou enfin de « tenir un discours antisioniste appelant des messages à teneur antisémites » (sic), etc. Ces quelques exemples suffisent à démontrer que ce sont des opinions qui sont poursuivies et non des faits et propos délictueux. Penser qu’il existe une islamophobie en France, être en désaccord avec une loi ou critiquer le sionisme suffit désormais pour justifier une dissolution.

Cette nouvelle interdiction survient dans le contexte électoral d’une présidentielle marquée du côté du gouvernement par une course pour capter les voix d’extrême-droite avec la construction médiatique d’un Zemmour en charge de fixer le rythme et le degré de cette tentative d’extrême-droitisation de l’ensemble du champ politique. Pour que cette tentative soit efficace il est nécessaire non seulement de reprendre les thèmes classiques de l’extrême-droite mais aussi de diffuser la peur pour produire des réflexes d’auto-censure du côté de toutes les voix dissidentes. Après la campagne sur l’islamo-gauchisme, la banalisation des interdictions d’associations et de collectifs traduit cette volonté de réduire au silence par la peur et la répression tous ceux dénonçant le racisme et notamment le racisme d’Etat et l’islamophobie, les violences policières, le soutien au peuple palestinien, etc.

Nous avons déjà connu dans l’histoire d’autres séquences historiques caractérisées par une politique de contrôle de la pensée par la peur et la menace. Ce fut le cas en 1937 quand le gouvernement Blum dissolvait l’Etoile Nord-Africaine pour son engagement anticolonialiste. Ce fut le cas en 1980 avec la dissolution de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France) en raison de sa dénonciation de la Françafrique et plus largement de l’impérialisme français. A chaque fois ces dissolutions ont été le prélude à une logique sécuritaire renforcée pour tous.

Le FUIQP condamne, bien entendu, cette nouvelle dissolution et appelle à une solidarité totale avec les militants du CRI. En nous solidarisant avec le CRI c’est nous même et l’ensemble des droits démocratiques conquis de haute lutte que nous défendons. Dans certaines circonstances comme celles d’aujourd’hui se taire c’est cautionner.

Plus que jamais nous devons nous Unir pour ne pas subir.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires ( F.U.I.Q.P.)

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Stop à l’islamophobie d’Etat!

Le sénat vient de voter l’interdiction du port du hijab pour les mères accompagnatrices, l’interdiction du burkini dans les piscines et espaces de baignade publics ainsi que l’interdiction de port de signes religieux pour les mineures dans l’espace public.

L’heure est extrêmement grave. Le point de non-retour est atteint.

Profitant de nos émotions suscitées par des actes terroristes, le gouvernement, l’Assemblée Nationale et le Sénat continuent d’accuser et d’instrumentaliser l’islam, nos pratiques religieuses, nos corps. Ils s’attaquent à nos dignités et à nos libertés y compris de conscience, en instaurant toujours plus de restrictions, de contraintes et d’obligations pour les personnes musulmanes – notamment pour les femmes – faisant de nous des ennemis de l’intérieur. La loi contre ledit « séparatisme » ou « confortant les principes républicains » est une attaque sans précédent contre les droits des musulmans et musulmanes à pratiquer librement leur religion.

Nos enfants sont en danger. Et ce n’est pas l’islamisme qui les menace comme voudraient le faire croire les théories complotistes de notre gouvernement, mais bien l’État lui-même qui, dans ses institutions, notamment par le biais du projet de loi contre ledit séparatisme, légalise, normalise et amplifie les discriminations visant les femmes qui portent le voile. Depuis la loi de 2004, les mesures restrictives visant les femmes portant le foulard – qu’elles soient élèves, étudiantes, mères – ne cessent de s’empiler.

Avec ces lois, ce sont les femmes musulmanes que l’on cherche à contrôler, mais aussi nos enfants que l’on veut priver d’éducation et que l’on traumatise par d’innombrables scènes humiliantes et déshumanisantes.

Avec cette loi, le gouvernement Macron savait qu’il ouvrait plus grand encore la boîte de Pandore permettant une surenchère raciste sans fin. Le président de la République avait déjà déclaré que « le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays ». Son gouvernement avait lancé la chasse aux soi-disant « signaux faibles de radicalisation » pour en réalité donner un signal fort aux franges électorales les plus racistes.

Plus que jamais, nous affirmons que les musulmans et musulmanes de ce pays ne seront pas les marchepieds des candidats à l’élection présidentielle qui portent ou alimentent les discours et les lois islamophobes.

Nous scruterons les propos et programmes électoraux des uns et des autres pour dénoncer localement et nationalement les postures islamophobes.

Après avoir rassemblé ce dimanche 21 mars, des milliers de personnes dans les rues de grandes villes en France, nous poursuivons avec le Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits pour tou-te-s, notre combat pour exister à égalité de traitement et de droits.

Pour s’opposer à la loi contre le prétendu séparatisme !

Pour élever nos voix contre la surenchère islamophobe qui nous prive de nos droits fondamentaux !

Pour notre dignité et celle de nos enfants !

Quant à nous autres qui ne sommes pas visés par cet islamophobie d’État, nous sommes solidaires de ce texte porté par les premiers et premières concernés.

=> Pour signer la pétition

=> Premiers signataires :

Hassna Aalouach, journaliste et écrivaine

Gamal Abina, journaliste France Maghreb 2

Nadine Acoury, traductrice

Siham Andalouci, correctrice

Salah Amokrane, militant associatif

Verveine Angeli, militante syndicale et associative

Noureddine Aoussat, universitaire et imam

Sihame Assbague, journaliste et militante

Djamel Atallah, consultant en médiation urbaine

Jawad Bachare, militant antiraciste

Sana Belaïd, militante ALCIR

Youssra Ben Hamida, militante ALCIR

Sami Ben Jaffel, militant antiraciste

Farid Bennaï, militant FUIQP

Mohamed Bensaada, militant Syndicat quartier populaire Marseille

Fatima Bent, présidente de Lallab

Amel Bentounsi, collectif Urgence notre police assassine

Djamel Blanchard, militant des quartiers populaires et activiste décolonial et antiraciste

Saïd Bouamama, militant FUIQP et sociologue

Nadia Bouchenni, journaliste

Messaoud Boudjenoun, journaliste et écrivain

Abdelaziz Chaambi, président du CRI

Ismahane Chouder, enseignante et formatrice, féministe antiraciste

Sonia DayanHerzbrun, sociologue et professeur émérite à l’Université de Paris

Christine Delphy, féministe, antiraciste et sociologue

Laure Deroo, chargée de communication et militante MFJE

Issa Diara, militant BAN

Eric Fassin, sociologue à l’Université Paris VIII

Naouelle Garnoussi, militante antiraciste

Isabelle Garo, enseignante

Karima Ghaleb, infirmière et militante MFJE

Youssef Girard, historien

Nacira Guénif, professeure de sociologie et anthropologie à l’Université Paris VIII

Michelle Guerci, journaliste

Awa Gueye, collectif justice et vérité pour Babacar Gueye

Alain Gresh, journaliste

Fadoua Hachimi, militante ALCIR

Malika Hamidi, auteure et sociologue (EHESS)

Saad Jouini, militant décolonial et rédacteur en chef à Décolonial News

Widad Kefti, journaliste

Souad Khaldi, traductrice

Abdel-Wahab Ladmia, militant antiraciste

Fahima Laidoudi, militante politique anticapitaliste

Olivier Le Cour Grandmaison, politologue

Franco Lollia, militant BAN

Nadia Louachi, militante FUIQP

Yasser Louati, président du CJL

Majdelil, militante FUIQP

Moustapha Mansouri, Argenteuil Terre de Solidarité

Muhammad Miftah al Naïm, militant des quartiers populaires

Samir Mile, juriste

Farid Omeir, enseignant, membre de l’UDMF

Ghais Ourabah, maire adjoint d’Ivry et militant antiraciste

MarieOdette Maryam Pinheiro, auteure

Virginie Proton, militante MFJE

Ali Rahni, éducateur spécialisé et militant associatif Roubaix

AbdouRahmane Ridouane, président de la mosquée de Pessac (Bordeaux)

Jocelyne RajnchapelMessaï, militante ALCIR

Claire Reinhardt, déléguée des parents d’élèves et militante MFJE

Moungi Rouaiguia, responsable CRI Marseille

Samra Seddik, sage-femme et militante associative

Zakaria Seddiki, consultant et conférencier

Omar Slaouti, militant FUIQP

Alioune Traoré, militant CSP 75

Liesel Trunzler, consultante juridique et militante pour les droits humains

Vanessa Vincenza, militante MFJE

NON A LA LOI ISLAMOPHOBE ET LIBERTICIDE

Nos organisations, qui pour certaines rassemblent en nombre des personnes de confession et de culture musulmanes, font l’amer constat qu’une fois de plus l’islamophobie est mobilisée au plus haut sommet de l’État avec le projet de loi « contre les séparatismes », loi qui dans les faits est précisément une loi séparatiste et raciste.

ÇA SUFFIT !

Avec un cynisme démesuré, le gouvernement instrumentalise le terrorisme, ses victimes et nos émotions pour faire de chaque musulman.e un ennemi de l’intérieur. De la chasse à de prétendus « signaux faibles » à la focalisation sur le port du foulard, à travers une pluie d’amendements à ce projet de loi, nos vies, nos coutumes, nos pratiques, notre foi sont épiées, traquées, disséquées, essentialisées, stigmatisées et infériorisées. C’est ce statut de sous-citoyenneté qui permet des perquisitions en dehors de tout cadre judiciaire, perquisitions qui au demeurant sont totalement inefficaces contre le terrorisme comme le savent les pouvoirs publics et dont le seul objectif est selon le ministre de l’Intérieur de donner un signal. Sans doute, un signal pour terroriser une partie d’entre nous, mais aussi un signal à l’endroit d’un électorat enclin à voter sur des positions islamophobes. Les musulman.e.s de ce pays ne supportent plus d’être réduit.e.s à une variable d’ajustement électorale. Nous refusons que ce projet de loi qui devrait être discuté jusqu’à la prochaine présidentielle serve de tremplin aux plus audacieux islamophobes, toujours prêts à surenchérir pour la prise du pouvoir. Nous refusons que l’Islam et les musulman.e.s soient jeté.e.s en pâture lors des débats alors même que les crises et urgences sanitaire, sociale, économique et écologique s’accentuent.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise la laïcité en la dévoyant de son esprit et de sa lettre originels de 1905 pour mettre sous tutelle le culte musulman et s’ingérer dans son organisation, une ingérence qui ne concernerait pas les autres cultes, comme l’a souligné M. Darmanin en personne. A ce titre, il s’arroge le droit de désigner pour et à la place des musulman.e.s ceux qui sont dignes de nous représenter, comme durant la période coloniale. Il menace des fédérations musulmanes, des mosquées… les contraignant à se soumettre à une charte de principes contraire aux principes même de la laïcité et à la liberté de contestation, sous peine de dissolution administrative, hors cadre juridique. En lieu et place du droit commun, c’est l’arbitraire administratif et un droit d’exception qui s’exercent.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise les inégalités de genre, qui sont structurelles et traversent pourtant tous les espaces sociaux, y compris ceux du pouvoir, pour ne les voir, les dénoncer, les hypertrophier et bien souvent les inventer dans les seules pratiques liées à l’Islam ; faisant fi au passage de la parole et du vécu des premières concernées, de confession et de culture musulmanes. Tandis qu’il organise en parallèle l’effacement total des femmes musulmanes, jusqu’à remettre en question leur droit de porter le voile dans l’espace public.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise l’État de droit pour défaire nos droits et particulièrement le premier d’entre eux, celui de la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire. Le ministre de l’Intérieur va jusqu’à exiger d’un croyant ou d’une croyante qu’il ou elle mette « les lois de la République au-dessus de la loi de Dieu », ce qui relève d’une absurdité confondante d’autant plus que son rôle est de faire respecter les lois de la République sans avoir à reconnaître d’autres lois, au nom précisément de la neutralité de l’État. La liberté de culte est menacée comme le souligne la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNCDH) entre autres par une déclaration préalable en préfecture à renouveler tous les 5 ans, relevant d’« une méfiance injustifiée » pour reprendre ses termes.

ÇA SUFFIT !

Ce projet de loi s’attaque aux droits des associations et pas seulement celles qui relèvent du cultuel, alors qu’elles sont soumises au respect des lois républicaines de par leur déclaration en préfecture : il exige d’elles la signature d’un contrat d’engagement républicain, offrant là encore une interprétation de son non-respect suffisamment large pour que n’importe quel préfet puisse selon son bon vouloir les dissoudre, les assécher financièrement, retirer leur agrément, s’opposer à l’embauche de contrats jeunes en leur sein. Pour elles aussi, la liberté d’expression est menacée et le recours à la désobéissance civile non-violente sera interprété comme un « trouble à l’ordre public ». Ce n’est pas pour rien que la Défenseure des droits s’inquiète de ce que ce projet participe d’un « renforcement global de l’ordre social ». Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’entre nous, parce que musulmans et musulmanes, sont tétanisé.e.s par cette islamophobie que les premiers de cordée ont initiée. Macron en personne convoquait la théorie du ruissellement, celle qui en pratique devait se traduire par une répartition des richesses des plus riches vers les plus pauvres, notamment dans les zones rurales et les quartiers populaires. A la place, il nous propose un tsunami de propos et de lois racistes et liberticides comme celles sur le séparatisme et sur la sécurité globale.

ÇA SUFFIT !

Nous vous appelons à rejoindre Le Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits de toutes et tous.

Nous manifesterons partout en France, le dimanche 21 mars 2021.

N’ayons pas peur ! Il s’agit de défendre nos droits, nos libertés, notre dignité.

Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits de toutes et tous. Pour les organisations qui souhaitent être signataires, merci de nous écrire à cette adresse : frontcontrelislamophobie@gmail.com

La page facebook : https://www.facebook.com/frontcontrelislamophobie/

 

Signataires :

FUIQP (Front Uni des Immigrations et des quartiers populaires, comités :Lille, Marseille, Grenoble, Montpellier, Paris Banlieue) ; CRI (Coordination contre le racisme et l’islamophobie, section : Lyon, Saint Étienne, Marseille, Perpignan) ; Association des alliés de la paix, Bordeaux ; Association de la mosquée de Pessac ; COMNA ( Collectif des organisations Musulmans de Nouvelle Aquitaine) ; Le Collectif des musulmans de Montpellier ; Collectif stéphanois contre l’islamophobie et pour l’égalité ; Collectifs Ivryen contre la loi séparatisme ; La Fasti ; Comité BDS France Montpellier ; Mouvement des Femmes pour la Justice et l’Equité (MFJE) ; NTA Rajel ; PSM (Participation et spiritualité musulmanes) ; Association française de confession musulmane (FCM) ; Argenteuil Terre de Solidarité ; International Solidarity Movement – ISM ; Centre Francilien Philippe Grenier ; L’association ESPOIR FUTSAL 79 ; Association Al Fazari ; La Révolution est en marche ; Emergence Blanc Mesnil ; Al-Wissal association des étudiants Arabes de l’Inalco ; Lallab ; Association Rencontre et Dialogue de Roubaix ; Association Identité plurielle de Tourcoing ; Association Marocaine des Droits Humains Nord/France ; Association « Culture et vous, la culture pour tous » de Libercourt ; ORIW (Organization Racism and Islamophobia ; Action antifasciste Paris banlieue, ACTA ….

Personnalités :Abdourahmane Redouane président de la mosquée de Pessac ; Abdelaziz Chaambi membre fondateur du CRI ; Zakaria Seddiki (Consultant- Conférencier) ; Noureddine AOUSSAT, imam et enseignant ; Saïd Bouamama, sociologue et militant au FUIQP ; Omar Dourmane ;…

Construire une « maison commune » des immigrations et des quartiers populaires

Texte du Front Uni Des Immigrations et Quartiers Populaires

La loi sur le séparatisme euphémiquement renommée « loi confortant le respect des principes de la République » ne suscite pas de réponses militantes à la hauteur de l’attaque qu’elle signifie. L’essentiel des organisations politiques, syndicales et associatives centrent leurs mobilisations contre la « loi sur la sécurité globale » passant sous silence la nouvelle loi islamophobe d’État. Les organisations de l’antiracisme politique sont pour leur part éparpillées, fragilisées par des conflits de stratégies, parcourues de querelles de leaderships, etc. Les acquis significatifs des deux dernières décennies en matière d’affirmation d’une autonomie politique et organisationnelle des héritiers des immigrations et des quartiers populaires semblent annihilés par la nouvelle offensive islamophobe d’État. Comment comprendre cette situation où la léthargie militante succède aux victoires certaines de la décennie antérieure ?

L’autonomie a une histoire

L’autonomie en matière politique et organisationnelle est le résultat de la place particulière des immigrations et de leurs héritiers dans la régulation du capitalisme français. Aucune des immigrations du passé ne s’est « intégrée » dans la société française. Elles ont toutes été assignées à des places et fonctions caractérisées par l’inégalité, la domination et la surexploitation. Avec les immigrations en provenance des anciennes colonies se met en place un processus de reproduction transgénérationnel de ces places assignées. Les discriminations racistes systémiques, les politiques de logements, les pratiques de contrôle policiers issues de l’ère coloniale, etc., tendent à reproduire un traitement d’exception non seulement pour les immigrés mais pour leurs descendants français. C’est cette situation qui explique l’exigence régulière d’une autonomie politique et organisationnelle. C’est également elle qui permet de comprendre les difficultés à construire cette autonomie. Refusant l’assignation, des générations successives ont tenté de construire ce mouvement autonome sans jamais y parvenir durablement. Elles étaient confrontées en effet à l’ensemble du système social dominant, à son État, à la négation de l’oppression spécifique subie par les forces de gauche.

Nous sommes des héritiers

L’Étoile Nord-Africaine (ENA), le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA), le Mouvement de l’immigration et des Banlieues (MIB), Mémoire Fertile, etc. sont autant d’expériences tentant de donner une forme organisationnelle à ce besoin d’autonomie avant la dernière séquence actuelle. L’antiracisme politique n’est pas une création récente. Comme souvent en matière de vocabulaire politique, l’existence d’une réalité militante précède le choix de l’expression visant à la désigner. C’est dire l’importance d’une posture d’humilité dans les débats contemporains. Les générations de militants qui nous ont précédés n’ont pas été moins conscientes que nous ou plus « naïves » que nous. C’est l’état du rapport de forces, l’épuisement des militants face à l’ampleur de la tâche, la précarité de la base militante, l’isolement face au reste des forces politiques et syndicales, etc., qui expliquent l’absence de mouvement national dans la durée et non l’insuffisance de l’analyse politique ou la « trahison » des leaders [ ce qui ne veut pas dire que ces insuffisances ou « trahisons » n’existaient pas]. Toute posture donneuse de leçons, prétendant se situer au-dessus des expériences passées, se posant en « centre » ou « avant-garde » guidant une masse d’inconscients, etc., ne peut être que contre-productive. Toute posture prétendant être le point zéro de « l’antiracisme politique » est une négation de l’héritage précieux de nos prédécesseurs.

Le local et le national

Les difficultés objectives liées au rapport de forces ont produit régulièrement des séquences de « repli local » succédant à des moments d’essais de structuration nationale. Ces expériences locales ne sont pas à mépriser comme elles le sont parfois dans l’utilisation péjorative de l’expression « syndicats de quartiers ». Ce mépris du « local » reflète une coupure d’une partie des militants avec les conditions d’existence concrètes de la très grande majorité des héritiers des immigrations et des quartiers populaires. Il conduit à une logique de « généraux sans troupes » montant des « coups » et s’auto-proclamant représentatifs. Une telle logique conduit progressivement à des retraits d’associations ou de collectifs de la dynamique commune avec de surcroît des rancœurs et débats non aboutis qui s’accumulent. A l’inverse, le repli sur la sphère locale et la renonciation à la dimension nationale ne sont pas plus satisfaisants et productifs. Ils se heurtent en effet à la dimension nationale du rapport de forces à construire, au caractère systémique des inégalités subies. Le renoncement au local comme le renoncement au national sont des impasses.

La succession permanente des joies et des déceptions

Les décennies 2000 et 2010 ont été des moments d’affirmation politique forts d’un nouvel âge de l’antiracisme politique. Des révoltes des quartiers populaires de 2005 à l’appel des indigènes de la République, des mobilisations massives contre les violences policières [celles du comité Adama apparaissant comme le point d’orgue de cette dynamique montante] à la multiplication de la création de nouvelles associations et de nouveaux collectifs, des mobilisations contre la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction du foulard à l’école à la manifestation contre l’islamophobie du 10 novembre 2019, sans oublier les manifestations de solidarité avec la Palestine notamment celles de l’été 2014, interdites et durement réprimées, etc., ces décennies se caractérisent par une vague d’optimisme s’appuyant sur des réussites de mobilisations incontestables. Comme il fallait s’y attendre la réaction politique des dominants ne tarda pas. Le backlash violent fut à la hauteur de nos avancées et la loi sur le séparatisme n’en est que la dernière expression. Pour avoir sous-estimé la construction de la « maison commune » pendant les deux décennies précédentes, nous nous sommes retrouvés dans l’éparpillement, les divisions et l’incapacité à réagir à la hauteur de l’attaque. Le « vertige du succès » a ainsi conduit à la sous-estimation de la nécessité de consolider la « maison commune ». Il ne suffit pas de réussir des actions ou de monter des « coups », encore faut-il en engranger les résultats dans une logique cumulative. Faute d’’une telle logique nous sommes condamnés à la succession des victoires et des défaites, des joies et des déceptions. C’est dire l’importance de la construction d’un cadre commun égalitaire exprimant notre « commun » au-delà de nos divergences ou de notre diversité.

Notre ennemi est politique

Le sentiment d’impuissance qui guette en permanence du fait de l’absence de cadre commun conduit à un épuisement des militants, à des replis et retraits, à la tendance à se tromper d’ennemi. La virulence des critiques entre militants ou entre collectifs [quand ce n’est pas tout simplement la pratique de l’injure ou de la menace] reflète cette tendance au renoncement à l’affrontement avec l’État et avec le système de domination qu’il représente. Quel que soit le contexte notre ennemi reste cet État et ce système et non l’association, le collectif ou le militant avec lesquels nous sommes en désaccord d’analyse, de stratégie ou d’agenda. On comprend dès lors mieux comment nos ennemis se délectent et entretiennent [par la mise en scène médiatique de nos fractures] cette division. La pratique n’est guère nouvelle. On la retrouve dans de nombreuses expériences militantes du passé, des mouvements de libération nationale aux Black Panther Party. La reconnaissance médiatique ou politique momentanée de tel ou tel collectif n’est pas automatiquement le résultat du rapport de forces qu’il a pu établir, de l’intelligence tactique qu’il a développée ou d’une mutation des « alliés ». Il est souvent également une instrumentalisation visant à affaiblir d’autres collectifs et la dynamique d’ensemble de l’antiracisme politique.

Plus que jamais nous devons nous unir pour ne pas subir

Lois séparatisme et sécurité globale, vous avez-dit « Convergence des luttes »: VRAIMENT?

DÉCLARATION DU FUIQP

Les dernières mobilisations contre la loi sur la « sécurité globale » et la loi « confortant les principes républicains » sont un miroir grossissant des contradictions qui traversent le mouvement social aujourd’hui.

Elles sont en effet caractérisées par une double tendance réductrice :

  • La tendance de certaines organisation à réduire la lutte contre la « sécurité globale » à la seule remise en cause de l’article 24 [ parfois réduit même à la seule question de la liberté de la presse]
  • La tendance à réduire la lutte actuelle à la seule loi sur la « sécurité globale » c’est-à-dire à occulter et invisibiliser la loi sur le « séparatisme » de l’agenda des mobilisations.

Au passage ce qui disparaît c’est la place particulière des attaques contre les immigrations, leurs descendants français et plus largement les habitants des quartiers populaires… Une nouvelle fois les luttes et les oppressions sont hiérarchisées et certaines d’entre elles sont silenciées. En témoigne l’absence de la signature de nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives dans les appels à la manifestation contre la loi sur le séparatisme alors qu’elles étaient toutes présentes aux mobilisations antérieures contre la loi sur la sécurité globale.

Nous faisons ce triste constat à un moment où la peur et la tétanie se développe dangereusement chez les musulmans ou supposés tels.
L’ampleur des attaques islamophobes subies [dissolutions d’associations, perquisitions, menaces sur les financements associatifs, discours publics et médiatiques sur l’ensauvagement ou la sécession, etc.) et la faiblesse des réactions publiques et politiques suscitent un sentiment d’isolement et d’abandon porteur de conséquences importantes sur les conditions de luttes futures.

Un tel contexte est de fait un encouragement pour le gouvernement actuel à centrer l’ensemble de la campagne présidentielle qui s’annonce sur les pseudo « problème de l’immigration », sur la supposée «menace islamiste », sur les prétendus « communautarisme » et « sécessionnisme » menaçant des soi-disant « territoires perdus de la République », etc. Bref à faire d’une partie de la population définie par un marqueur d’origine, de couleur ou de religion un bouc émissaire servant de dérivatif aux colères sociales montantes.

Nous constatons également que certains responsables de ces organisations, aujourd’hui absentes de la mobilisation contre la loi sur le séparatisme, n’ont pas de mal à reprendre les argumentaires gouvernementaux quand il s’agit de se positionner sur l’islamophobie – notamment en se cachant derrière une laïcité totalement dévoyée pour occulter le développement d’une islamophobie d’Etat. Ces constats amers nous les faisons au moment où sont dissoutes, menacées de dissolution ou poussées à la dissolution plusieurs associations. Ces violations du droit à l’organisation collective d’une catégorie de citoyens, n’ont pas non plus donné lieu à de véritables mobilisations collectives.

L’islamophobie d’Etat n’est pas une question secondaire dans notre pays. L’occulter des mobilisations actuelles revient de fait à l’encourager. Alors que l’ensemble des projets de loi et des mesures actuels font système (sécurité globale, séparatisme, loi de programmation de la recherche, décrets sur les fichiers Pasp et Gipasp étendant le fichage policier aux « opinions politiques », etc.), l’occultation du versant islamophobe de la politique actuelle est porteuse une nouvelle fois de divisions profondes qui seront longues à résorber une fois installées. Le tournant autoritaire et sécuritaire du pouvoir qui caractérise notre actualité ne pourra pas être efficacement combattu en masquant une de ses principales cibles, les musulmans ou supposés tels. L’unité militante suppose la clarté.

Le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires appelle:

  • À multiplier les initiatives contre la loi sur les pseudo-séparatismes en l’articulant aux autres attaques que nous subissons et en particulier à la loi sur la sécurité globale ;
  • A dénoncer publiquement tous les silences, tergiversations, euphémisations concernant l’islamophobie d’Etat et l’exigence du retrait total de la loi sur le séparatisme ;
  • A s’organiser dans chaque ville et quartiers de façon autonome afin de ne pas être les dindons de la farce d’une « convergence » conçue comme une négation des attaques que nous subissons, tout en construisant les mobilisations avec les alliés respectueux de nos droits.

Comme le disait Aimé Césaire il s’agit pour nous de « ne pas confondre alliance et subordination ».

Décembre 2020

Télécharger la déclaration « Convergence des luttes » : Déclaration Convergence des luttes 2020 FUIQP

Télécharger l’affiche « Convergence des luttes » : Affiche convergence des luttes 2020 FUIQP

Nos enfants sont et restent des enfants

Déclaration du FUIQP

L’instrumentalisation gouvernementale et médiatique du crime odieux de Samuel Paty se poursuit par celle de l’hommage national dans les établissements scolaires. Indépendamment du fait qu’il ait été privatisé par le pouvoir, parti en croisade contre les personnes de confession musulmane, mécontentant au passage une grande part du corps enseignant qui, au nom de la liberté d’expression, s’est vu contraint de lire une lettre de Jaurès tronquée et falsifiée, cet hommage cachait en réalité une prophétie auto-réalisatrice.

Il était impossible que sur 12 millions d’élèves, dès 2 ans et demi en petite section de maternelle et mineurs pour l’écrasante majorité, on ne puisse pas relever des entorses, des résistances, des propos absurdes d’enfants, car quoi qu’ils en disent en haut lieu, ce sont des enfants. Par exemple, des comportements tout à fait anodins pour des enfants (rires ou agitations pendant l’hommage) sont jugés déviants et ont conduits à des signalements, faisant entrer ces enfants dans une machine répressive infernale. Evidemment, comme après l’attentat de Charlie Hebdo en 2015 à l’occasion d’une autre minute de silence, la focale médiatique se place sur ceux et celles que France Culture avait nommés « les enfants perdus de la République ». Si en 2015 la chasse aux soi-disant « islamistes radicaux » a été un fiasco et l’occasion d’atteinte aux droits de l’Homme dénoncée par toutes les organisations nationales et internationales antiracistes, la pêche aux enfants suspects d’intelligence avec l’ennemi ou de soutien au terrorisme l’est encore davantage. Nous ne discuterons pas ici du nombre de ces 400 signalements effectués par des enseignants et personnels de direction – pour certains d’entre eux totalement saisis par l’effroi ou pénétrés par l’idéologie dominante, ou encore mus par un zèle rappelant des heures sombres de l’histoire raciste de France ; ces signalements se sont traduits notamment par un appel à la police pour s’emparer d’une élève qui avait juste photocopié un texte en arabe. Non, le nombre ne fait pas le compte. Ce qui importe n’est pas la dimension quantitative mais qualitative, et en l’espèce la manœuvre du gouvernement consiste à déshabiller l’enfant de son enfance et à le parer des atours de l’adulte ennemi de l’intérieur. C’est comme cela et uniquement comme cela que l’on peut donner du sens à la garde à vue rebaptisée « retenue »qui a été infligée à des enfants de 10 ans pendant 9 à 11h dans un commissariat. C’est assassiner l’enfance chez cette enfant de 10 ans que d’envoyer dans sa chambre à 7h du matin une dizaine d’hommes armés et cagoulés, pour l’arracher à son sommeil, la défaire de la chaleur de son lit puis la saisir et l’éloigner des regards en larmes de ses parents à qui on signifie de venir la chercher dans deux heures au commissariat. Ce sera finalement 11 heures pour elle et pour d’autres, après avoir signés à leur âge une déclaration. Déjà en 2015 à Nice, Ahmed, un enfant de 8 ans, avait été poursuivi pour apologie du terrorisme pour avoir dit « Je ne suis pas Charlie » à une partie du corps enseignant qui lui avait refusé l’accès à son traitement médical. La gravité des faits auxquels nous assistons dans une atonie et une sidération généralisées, n’est rien moins qu’un processus de déshumanisation, symptôme de la fascisation en cours. L’islamophobie à la française, qui repousse sans cesse les limites de l’acceptable, en est un signe fort. La suspicion qui repose sur les musulmans et musulmanes ou assimilés comme tels, en France ne vise plus uniquement les adultes mais aussi les enfants. L’école n’est plus seulement invitée à jouer son rôle d’éducation et parfois d’assimilation plus ou moins bienveillante, elle doit désormais participer au côté des institutions policière et judiciaire à exclure et broyer les enfants désignés comme « ennemis de l’intérieur », séparatistes, tout comme leurs parents.

Nos enfants sont et restent des enfants

Pour le FUIQP, la réaction et la construction d’une alternative est urgente ! Soit nous nous soulevons ensemble contre ces pompiers pyromanes qui aux postes de pouvoir ou dans les médias dominants relaient leurs thèses et leurs constructions racialistes, soit nous laissons faire, reculant sans cesse le niveau d’acceptabilité, et alors ce « nous » disparaîtra.

Crime odieux et instrumentalisation scandaleuse.Le devoir de penser les causes.

Déclaration du FUIQP

L’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire de Conflans-Sainte-Honorine, est un crime odieux et une horreur sans nom. Le FUIQP tient en premier lieu à adresser ses condoléances à la famille et aux proches de la victime dans l’épreuve qu’ils subissent. Rien ne peut justifier ou excuser un tel acte et aucune circonstance « atténuante » ne peut être avancée devant ce qui ne peut être qualifié que par le terme d’« horreur ». Elles vont également au corps enseignant projeté au premier rang de l’actualité par cet acte effroyable contre l’un de leurs collègues et évidemment aux élèves de ce collège. A ces pensées et à la condamnation sans faille de cet acte abominable, s’ajoute la dénonciation des récupérations politiciennes qui incriminent les musulmans en France. Ils se retrouvent une nouvelle fois sur le banc des accusés par les discours médiatiques et politiques réducteurs qui se multiplient et s’attendent de nouveaux à subir une multitude de passage à l’acte islamophobes. Les musulmans en France, réels ou supposés, se retrouvent une nouvelle fois pris en étau entre les agissements de quelques « terroristes » dont ils sont par ailleurs aussi les victimes et des groupes islamophobes les présentant comme complices de celle-ci.

Mais l’indignation ne suffit pas. Elle doit certes s’exprimer le plus fortement possible mais elle sera inutile socialement et politiquement si elle n’est pas accompagnée de la prise en compte des causes [de toutes les causes] qui rendent possibles un tel acte. Les premières réactions du gouvernement Macron vont à l’opposé de cette direction. Elles indiquent la volonté d’instrumentaliser la sidération collective devant l’horreur comme « effet d’aubaine » pour un gouvernement décrédibilisé et atteint par une crise de légitimité profonde. L’organisation d’une « expédition punitive » très large rappelant les pratiques de répression coloniale en témoigne. L’annonce d’une charrette d’arrestations et d’expulsions et d’une vague de dissolution d’associations jugées « complices » du meurtrier [et même plus largement considérées comme « ennemies de la République »] d’autre part, le confirme. Ce type de mesure met à l’index et désigne comme bouc émissaire l’ensemble des musulmans. Il les présente à l’opinion publique comme responsables plus ou moins directs de l’acte abominable [ et de ceux qui pourraient malheureusement survenir à l’avenir] qui nous endeuille tous. La figure du musulman criminogène, ennemi de l’intérieur et porteur de barbarie et de violence aveugle est ainsi promue médiatiquement et politiquement. Elle ne peut que déboucher sur une islamophobie encore plus systémique et structurelle dans un contexte d’une société caractérisée par la paupérisation et la précarisation [produites par les politiques néolibérales depuis de nombreuses décennies que la pandémie et ses conséquences économiques ont encore accrues brusquement et considérablement].

Le fait que le CCIF soit une des associations visées par la menace de dissolution met en exergue un autre objectif de la tentative d’instrumentalisation de notre émotion collective face à l’horreur sans nom. Cette association fut et reste un des acteurs essentiels des prises de consciences de l’existence d’un racisme islamophobe en France et des mobilisations pour le combattre. Faire taire, par la peur et la menace, tous ceux [Barakacity, Ummah charity, et bien d’autres] qui ces dernières années ont utilisé leur liberté d’expression pour dénoncer le racisme islamophobe est à l’évidence un des objectifs de l’instrumentalisation du drame de Conflans. Le climat islamophobe est en effet bien utile, à chaque fois qu’émerge le besoin d’un « débat écran » pour détourner l’attention d’une colère sociale légitime issue des conséquences des choix politiques et économiques.

Notre dénonciation du crime odieux de Conflans doit s’étendre à la dénonciation de son instrumentalisation politique. Ne pas le faire, c’est alimenter un processus de décomposition sociale ne pouvant être que porteur de passages à l’acte violents, que cette violence s’argumente d’une pseudo défense de l’Islam ou d’un prétendu combat contre la menace islamiste. Plus que jamais nous avons besoin de solidarité, d’organisation et de clarté dans nos analyses.

Refusons l’injonction au silence. Organisons-nous. Démasquons l’instrumentalisation de notre émotion.

Paris le 20 octobre.