Lettre antiraciste à son député

  • Et si on se mobilisait encore ces dernières heures avant le vote solennel à l’Assemblée nationale qui aura lieu fin juin?
  • Nous vous proposons d’envoyer un E-mail à votre député.
  • Vous trouverez leur adresse mail via ce lien en mettant votre code postal ou ville : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/vos-deputes
  • Voici un mail type , il vous suffira de copier et coller !

Mesdames et Messieurs les député-e-s,

Alors que vous vous apprêtez à voter en deuxième lecture le projet de loi « séparatisme » rebaptisé « loi confortant les principes républicains » à l’Assemblée nationale, nous vous interpelons sur le caractère anti-démocratique, raciste et liberticide de cette loi qui va accentuer et entériner la désignation des musulmanes, des musulmans et des personnes perçues comme telles, comme ennemis de l’intérieur.

Cette loi fait encourir le risque d’une dérive vers un apartheid qui ne dirait pas son nom car ce sont bien les musulman-e-s qui sont ciblés sous le prétexte de lutte contre le séparatisme.

Ainsi, malgré tous vos efforts pour cacher le fait que de cette loi rompt le principe d’égalité, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ou Amnesty international ont alerté sur ce projet qui, selon la formule de la CNCDH, « fragilise les principes républicains au lieu de les conforter ».

Cette loi liberticide frappera d’autres personnes par extension, car lorsqu’un régime libéral renforce son autoritarisme sous le prétexte de la sécurité, c’est toujours aux dépens de la liberté de tous même si elle vise au départ une seule catégorie de la population.

Par conséquent, nous vous invitons vivement à réfléchir en votre âme et conscience avant de voter cette loi liberticide et raciste qui engage toute la société française vers une pente dangereuse.

Contre la criminalisation du soutien à la Palestine

Soutien à Walid Atallah, porte-parole de l’Association des Palestiniens d’Île de France

Walid Atallah, porte-parole de l’Association des Palestiniens d’Île de France, est convoqué aujourd’hui, jeudi 20 mai 2021 à 15h, dans les bureaux de la brigade de répression de la délinquance contre la personne. Il est mis en cause dans le cadre d’une procédure judiciaire pour « organisation d’une manifestation interdite ». Les faits se sont déroulés à Paris le samedi 15 mai 2021 à Paris.

Cette manifestation en commémoration de la Nakba et en soutien au peuple palestinien avait été autorisée par la préfecture de police de Paris le 12 mai avant d’être interdite le 13 suite aux instructions du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui cherche à criminaliser toute forme de solidarité avec la Palestine.

Nous condamnons fermement cette convocation d’un militant palestinien connu pour son engagement contre le colonialisme et en faveur de la Palestine, comme nous condamnons l’interdiction de la manifestation du 15 mai 2021 à Paris et la répression menée par la police dans le quartier de Barbès contre les manifestants qui ont courageusement bravé cette interdiction liberticide.

Nous rappelons que la France est un des rares pays dans le monde à avoir interdit les manifestations ou les rassemblements de soutien au peuple palestinien. Étrange conception du droit et de la liberté pour un pays qui ne cesse de se targuer d’être la « patrie des Droits de l’Homme » ?

Nous, FUIQP, exprimons notre soutien à Walid Atallah, à l’Association des Palestiniens d’Île de France et plus généralement à tous ceux et toutes celles qui sont attaqués pour avoir légitimement exprimé leur soutien à la résistance du peuple palestinien contre la colonisation.

Occuper est un crime, Résister est un droit

Communiqué du Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP)

Paris, 20/05/2021



Des milliers pour la Palestine à Barbès, malgré l’interdiction et la répression

Des milliers de manifestants ont bravé l’interdiction de manifester samedi 15 mai en soutien à la lutte du peuple palestinien, pour dénoncer les crimes de guerre d’Israël, et la complicité de l’État français incarné par Macron.

Des milliers ont manifesté jusqu’à la République et dans le nord de Paris, malgré les moyens de répression exceptionnels : 4200 policiers et gendarmes déployés contre les manifestants, des canons à eau, des charges, des nassages et des gazages.

Macron et Darmanin prétendaient « empêcher une importation du conflit », ils n’ont fait qu’importer en pleine capitale le traitement colonial des quartiers populaires : bouclage policier et fermeture forcée des transports en commun et des commerces de la moitié du 18ème arrondissement.

Dans toute la France, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté pacifiquement leur soutien à la lutte du peuple palestinien. C’est l’interdiction de la manifestation parisienne qui a provoqué les heurts et la colère en bafouant un droit inaliénable.

Toute notre solidarité va aux blessés et aux emprisonnés suite à la répression de la manifestation. Nous appelons l’ensemble des citoyens et des organisations attachées aux libertés à nous aider à les défendre.

Nous appelons également toutes et tous a rester attentifs aux prochaines mobilisations qui auront lieu si la situation en Palestine perdure. Le 15 mai, journée de commémoration de la Nakba – expulsion des Palestiniens en 1948 – des manifestations ont eu lieu partout en Palestine occupée et ont été durement réprimée. Israël intensifie également chaque jour ses frappes aériennes et ses tirs d’artillerie sur la bande de Gaza.

La solidarité et la discipline dont ont fait preuve les milliers de manifestants leur a permis de tenir la rue, de faire entendre nos slogans de soutien à la lutte du peuple palestinien :

Israël assassin, Macron complice !

Soutien à la résistance du peuple palestinien contre la colonisation et l’occupation !

____________________________

Premiers signataires :

Action Antifasciste Paris Banlieue

Acta

AFPS Paris 14-6

Alternatives et Autogestion

Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF)

ANC

Association Marocaine des Droits Humains ( AMDH ) Paris/IDF

Association de Palestiniens en IdF

ATMF

CAPJPO-EuroPalestine

CGT énergie Paris

Collectif Ni Guerres Ni État de Guerre

Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)

Coordination contre la loi séparatisme

Emancipation tendance intersyndicale

Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR)

Fondation Frantz Fanon

Forum Palestine Citoyenneté

Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits de tou-te-s

FUIQP

ISM-France

Islam&Info

Montreuil Palestine

Paroles D’Honneur

PIR

Pour une Écologie Populaire et Sociale

Rete dei Comunisti (Italie)

UJFP

UL CGT Paris 18

Union des Tunisiens pour l’Action Citoyenne (UTAC)

Occuper est un crime, Résister est un droit

Depuis plus de trois semaines l’armée israélienne et des bandes de suprémacistes israéliens s’attaquent aux Palestiniens de Jérusalem aux cris de « mort aux Arabes » dans un silence assourdissant des grands médias et du gouvernement.

Depuis plus de trois semaines des soldats et miliciens sionistes tentent d’interdire l’accès à Jérusalem et aux lieux saints en plein ramadan sans que l’information ne filtre dans les colonnes ou les ondes des grands médias ou ne suscite la moindre condamnation officielle en France. Le 7 et le 10 mai l’armée israélienne lance des assauts contre la Mosquée al-Aqsa sans que cela ne fasse sortir notre presse et notre gouvernement démocratiques de leur mutisme.

Depuis plus de trois semaines l’armée et des milices fascistes répriment violemment les manifestations palestiniennes protestant contre les expulsions forcées de familles palestiniennes de leurs habitations du quartier de Sheikh Jarrah sans que le mutisme médiatique et politique ne soit rompu.

Depuis plus de trois semaines des destructions de logements de familles palestiniennes du quartier de Silwan ont eu lieu et, depuis plusieurs jours, les Palestiniens de l’intérieur sont victimes de lynchages, avec le même silence complice.

Telle est la réalité de ce qui se déroule à Jérusalem depuis plusieurs semaines. Telle est la réalité de la couverture médiatique et politique dominante de ces pratiques fascistes de l’État israélien et des milices tout autant fascistes.

Il a suffi en revanche que des Palestiniens décident de répondre par des tirs de roquettes pour que la presse et notre gouvernement se réveillent. Après trois semaines de silence, nous sommes désormais quotidiennement abreuvés de la propagande de soutien au gouvernement israélien. Cette désinformation consiste à occulter le contexte historique des affrontements en cours, à renvoyer dos-à-dos, le bourreau et ses victimes et à mettre sur le même plan les roquettes de David et les avions et bombes de Goliath.

Occulter le contexte historique c’est ne pas rappeler que Jérusalem est occupé par l’État israélien et son armée depuis 54 ans et que cette annexion est condamnée par toutes les instances internationales. Occulter le contexte c’est taire la multiplication des colonies en Cisjordanie et les expulsions de logements à Jérusalem, c’est taire le blocus de Gaza qui dure depuis 14 ans, c’est taire ce qui s’appelle un nettoyage ethnique.

Mettre sur le même plan le bourreau et ses victimes c’est parler d’un « conflit israélo-palestinien », d’une « escalade entre deux camps » ou du « cycle infernal des violences » alors que nous sommes en présence d’un État, d’une armée et de milices qui agressent et d’un peuple qui résiste.

Non content de se taire sur les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le nettoyage ethnique commis par l’État sioniste, le gouvernement Macron voudrait nous interdire de manifester notre soutien au peuple palestinien en interdisant nos manifestations. Il est de surcroît applaudit dans cette décision par des ténors du Parti socialiste, en particulier par Anne Hidalgo. L’accusation d’antisémitisme qui nous est faite, de même que celle de « danger de trouble à l’ordre public » ne sont que des mensonges officiels visant à nous faire taire devant l’inadmissible.

C’est pourquoi le FUIQP rappelle que les droits humains sont inaliénables, que ce soit le droit des Palestiniens à se défendre contre l’oppression ou notre droit de manifester notre soutien à ce peuple devenu le symbole de toutes les résistances. On ne peut pas interdire ce qui est inaliénable. Nous manifestons aujourd’hui et nous manifesterons demain tout comme les Palestiniens résistent aujourd’hui et résisteront demain.

Occuper est un crime, Résister est un droit

Front uni des immigrations et des quartiers populaires

Paris, 15/05/2021

Contre la permanence de la nakba, soutenir la résistance du peuple palestinien

Il y a 73 ans, en 1948, le peuple palestinien vivait la nakba – la catastrophe – c’est-à-dire le nettoyage ethnique de la population arabe palestinienne de la Palestine. 800 000 Palestinien-ne-s furent ainsi chassé-e-s de leurs terres et de leurs demeures alors que les colonisateurs sionistes détruisirent 531 villages et 300 hameaux pour empêcher le retour des Palestinien-ne-s.

Mais, depuis 1948, le peuple palestinien vit une nakba ininterrompue marquée par les massacres, les expulsions, les violences et plus largement une domination coloniale reléguant les Palestinien-ne-s à un état de sous-humanité.

Aujourd’hui, l’État colonial cherche à rendre la vie impossible aux Palestinien-ne-s d’al-Quds (Jérusalem), notamment du quartier de Cheikh Jarrah, afin de les contraindre à partir pour « unifier » la ville et la transformer en « capitale éternelle d’Israël ». Dans ce cadre, l’État colonial profane l’Esplanade des Mosquées qui comprend le troisième lieu saint de l’islam, la mosquée al-Aqsa. Il pratique également un blocus inhumain depuis 14 ans sur Gaza et, ses dernières heures, il a déjà tué 119 personnes, dont 31 enfants, dans l’enclave palestinienne. En Cisjordanie, il favorise l’implantation de colons afin de rendre impossible toute rétrocession du territoire.

Les Palestinien-ne-s qui sont aujourd’hui attaqué-e-s par l’État colonial sont les descendant-e-s des Palestinien-ne-s qui ont été expulsé-e-s de leur terre en 1948 ce qui montre la permanence de la nakba vécue par le peuple palestinien depuis 73 ans.

Dans son entreprise de colonisation de la Palestine, l’État sioniste bénéficie depuis 73 ans du soutien des forces impérialistes en général et de la France en particulier. Du vote en faveur de la création de l’État colonial en 1947 à l’ONU à la répression de la Révolution algérienne (1954-1962), de l’agression tripartite contre Suez en 1956 aux différentes guerres menées contre le Liban, en passant par la fourniture de l’arme nucléaire à Israël ou par la Guerre du Golfe de 1991, les impérialistes français et les sionistes se sont alliés pour maintenir l’hégémonie occidentale sur la nation arabe. Le pouvoir français actuel s’inscrit pleinement dans la perpétuation de cette alliance coloniale qui a été scellée dans les guerres menées contre les peuples en lutte pour leur libération.

Néanmoins, lorsque les nuages de l’oppression assombrissent le ciel, la lumière de la résistance reste toujours perceptible.

Ainsi, contre le nettoyage ethnique et la colonisation, le peuple palestinien résiste depuis un siècle contre l’occupation britannique (1920-1948) et contre la colonisation sioniste. Car, comme l’écrivait Edward Saïd, « l’idée de frapper les Palestiniens de façon la plus cruelle, de leur rendre la vie intolérable, de les étouffer pour les amener à se dire qu’ils ne peuvent plus rester là et qu’ils abdiquent n’a donné aucun résultat, la flamme de la résistance est demeurée intacte ».

Notre premier devoir, ici en France, est de soutenir la résistance du peuple palestinien qui lutte contre la colonisation et pour son droit à exister en tant qu’être humain et en tant que peuple. Dans le cadre de ce soutien, nous affirmons qu’il appartient seulement au peuple palestinien de déterminer les modalités de sa résistance et de choisir les organisations qui la mènent.

En conséquence, nous appelons tous les individus épris de justice et de liberté à descendre dans les rues, à manifester et à agir pour dénoncer l’État colonial et sa politique criminelle. De même, nous les appelons à dénoncer les impérialistes occidentaux qui sont les complices des crimes coloniaux en Palestine.

Nous exigeons ainsi que l’État français mette fin à sa collaboration politique, économique, militaire et culturelle avec l’État sioniste. Nous exigeons la même chose de l’Union européenne, et plus particulièrement qu’elle rompe ses accords commerciaux avec l’État colonial.

Nous appelons au boycott de l’État colonial et nous soutenons la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Nous appelons enfin les différents mouvements de soutien à la Palestine à construire un front large afin d’organiser ensemble la solidarité avec la lutte de libération nationale du peuple palestinien.

Vive la Palestine !

Tahia Filistine !

Vive la résistance !

Tahia al-mouqawama !

Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP)

Contre la loi « séparatisme » : objectif 50 000 signatures

Plus de 24 000 signatures ont été récoltées pour exiger le retrait de ce texte indigne, encore aggravé par le Sénat. Avant son retour à l’Assemblée nationale, passons à la vitesse supérieure ! Signez massivement cette pétition !

En 10 jours, la pétition exigeant le retrait de la loi inique « confortant les principes républicains » a recueilli 24 000 signatures. Ce succès montre une prise de conscience des dangers mortels que fait peser sur notre société et sur nos libertés démocratiques cette loi. Initiée par le Front contre l’Islamophobie et pour l’Égalité des droits pour tou-te-s, elle s’inscrit dans le cadre de la mobilisation qui a réuni des milliers de manifestants dans une dizaine de villes le 21 mars.

Aujourd’hui la situation est encore plus dangereuse que lorsque nous avons initié cette pétition. Car le Sénat a encore aggravé ce texte dans une surenchère raciste décomplexée, tel un concours « Lépine » de l’islamophobie : interdiction du port du foulard pour les accompagnatrices scolaires, interdiction du port du foulard pour les mineures dans l’espace public, interdiction du port du foulard dans les rencontres sportives, interdiction du burkini dans les piscines ; retrait des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire ; possibilité de dissoudre des associations organisant des réunions dites « non-mixtes » ; possibilité de refus d’un titre de séjour [ou le renouvellement de celui-ci] pour les personnes considérées comme menaçant les principes de la République ; interdiction des drapeaux étrangers [sauf ceux des pays membres de l’Union européenne] dans les mariages, etc.

Ces amendements mettent en évidence la logique qui conduit à l’instauration d’une islamophobie d’État légalisée, à une banalisation du racisme en général et de l’islamophobie en particulier. Ces signaux donnés par en haut ne peuvent que développer l’islamophobie d’en bas. Comme nous l’avions annoncé, le climat autour de ce projet de loi contre le pseudo « séparatisme » a permis des passages à l’acte racistes : une journaliste portant le foulard a reçu des menaces de mort ; sur les réseaux sociaux, un appel à empoisonner les produits halals dans les supermarchés a été diffusé ; Nantes, incendie de la mosquée Arrhama ; Rennes, les murs du centre culturel musulman Avicenne ont été recouverts de tags islamophobes ; un homme se revendiquant du nazisme et qui préparait un attentat contre la mosquée du Mans a été arrêté, etc.

Avant le retour de ce texte scélérat à l’Assemblée nationale, nous devons renforcer notre mobilisation : notre objectif est d’atteindre les 50 000 signatures ! C’est pourquoi le Front Contre l’Islamophobie et pour l’Égalité des droits pour tou-te-s appelle à :

  • Interpeller les élus sur leur position sur ce projet de loi
  • Interpeller les candidats aux futures élections [départementale, régionale et nationale]
  • S’emparer de la pétition pour la rendre massive avant de la déposer au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU
  • Construire des comités locaux du Front Contre l’Islamophobie et pour l’Égalité des droits pour tou-te-s pour nous mobiliser contre la société islamophobe que promeut ce projet de loi.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ». Bertolt Brecht

Stop à l’islamophobie d’Etat!

Le sénat vient de voter l’interdiction du port du hijab pour les mères accompagnatrices, l’interdiction du burkini dans les piscines et espaces de baignade publics ainsi que l’interdiction de port de signes religieux pour les mineures dans l’espace public.

L’heure est extrêmement grave. Le point de non-retour est atteint.

Profitant de nos émotions suscitées par des actes terroristes, le gouvernement, l’Assemblée Nationale et le Sénat continuent d’accuser et d’instrumentaliser l’islam, nos pratiques religieuses, nos corps. Ils s’attaquent à nos dignités et à nos libertés y compris de conscience, en instaurant toujours plus de restrictions, de contraintes et d’obligations pour les personnes musulmanes – notamment pour les femmes – faisant de nous des ennemis de l’intérieur. La loi contre ledit « séparatisme » ou « confortant les principes républicains » est une attaque sans précédent contre les droits des musulmans et musulmanes à pratiquer librement leur religion.

Nos enfants sont en danger. Et ce n’est pas l’islamisme qui les menace comme voudraient le faire croire les théories complotistes de notre gouvernement, mais bien l’État lui-même qui, dans ses institutions, notamment par le biais du projet de loi contre ledit séparatisme, légalise, normalise et amplifie les discriminations visant les femmes qui portent le voile. Depuis la loi de 2004, les mesures restrictives visant les femmes portant le foulard – qu’elles soient élèves, étudiantes, mères – ne cessent de s’empiler.

Avec ces lois, ce sont les femmes musulmanes que l’on cherche à contrôler, mais aussi nos enfants que l’on veut priver d’éducation et que l’on traumatise par d’innombrables scènes humiliantes et déshumanisantes.

Avec cette loi, le gouvernement Macron savait qu’il ouvrait plus grand encore la boîte de Pandore permettant une surenchère raciste sans fin. Le président de la République avait déjà déclaré que « le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays ». Son gouvernement avait lancé la chasse aux soi-disant « signaux faibles de radicalisation » pour en réalité donner un signal fort aux franges électorales les plus racistes.

Plus que jamais, nous affirmons que les musulmans et musulmanes de ce pays ne seront pas les marchepieds des candidats à l’élection présidentielle qui portent ou alimentent les discours et les lois islamophobes.

Nous scruterons les propos et programmes électoraux des uns et des autres pour dénoncer localement et nationalement les postures islamophobes.

Après avoir rassemblé ce dimanche 21 mars, des milliers de personnes dans les rues de grandes villes en France, nous poursuivons avec le Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits pour tou-te-s, notre combat pour exister à égalité de traitement et de droits.

Pour s’opposer à la loi contre le prétendu séparatisme !

Pour élever nos voix contre la surenchère islamophobe qui nous prive de nos droits fondamentaux !

Pour notre dignité et celle de nos enfants !

Quant à nous autres qui ne sommes pas visés par cet islamophobie d’État, nous sommes solidaires de ce texte porté par les premiers et premières concernés.

=> Pour signer la pétition

=> Premiers signataires :

Hassna Aalouach, journaliste et écrivaine

Gamal Abina, journaliste France Maghreb 2

Nadine Acoury, traductrice

Siham Andalouci, correctrice

Salah Amokrane, militant associatif

Verveine Angeli, militante syndicale et associative

Noureddine Aoussat, universitaire et imam

Sihame Assbague, journaliste et militante

Djamel Atallah, consultant en médiation urbaine

Jawad Bachare, militant antiraciste

Sana Belaïd, militante ALCIR

Youssra Ben Hamida, militante ALCIR

Sami Ben Jaffel, militant antiraciste

Farid Bennaï, militant FUIQP

Mohamed Bensaada, militant Syndicat quartier populaire Marseille

Fatima Bent, présidente de Lallab

Amel Bentounsi, collectif Urgence notre police assassine

Djamel Blanchard, militant des quartiers populaires et activiste décolonial et antiraciste

Saïd Bouamama, militant FUIQP et sociologue

Nadia Bouchenni, journaliste

Messaoud Boudjenoun, journaliste et écrivain

Abdelaziz Chaambi, président du CRI

Ismahane Chouder, enseignante et formatrice, féministe antiraciste

Sonia DayanHerzbrun, sociologue et professeur émérite à l’Université de Paris

Christine Delphy, féministe, antiraciste et sociologue

Laure Deroo, chargée de communication et militante MFJE

Issa Diara, militant BAN

Eric Fassin, sociologue à l’Université Paris VIII

Naouelle Garnoussi, militante antiraciste

Isabelle Garo, enseignante

Karima Ghaleb, infirmière et militante MFJE

Youssef Girard, historien

Nacira Guénif, professeure de sociologie et anthropologie à l’Université Paris VIII

Michelle Guerci, journaliste

Awa Gueye, collectif justice et vérité pour Babacar Gueye

Alain Gresh, journaliste

Fadoua Hachimi, militante ALCIR

Malika Hamidi, auteure et sociologue (EHESS)

Saad Jouini, militant décolonial et rédacteur en chef à Décolonial News

Widad Kefti, journaliste

Souad Khaldi, traductrice

Abdel-Wahab Ladmia, militant antiraciste

Fahima Laidoudi, militante politique anticapitaliste

Olivier Le Cour Grandmaison, politologue

Franco Lollia, militant BAN

Nadia Louachi, militante FUIQP

Yasser Louati, président du CJL

Majdelil, militante FUIQP

Moustapha Mansouri, Argenteuil Terre de Solidarité

Muhammad Miftah al Naïm, militant des quartiers populaires

Samir Mile, juriste

Farid Omeir, enseignant, membre de l’UDMF

Ghais Ourabah, maire adjoint d’Ivry et militant antiraciste

MarieOdette Maryam Pinheiro, auteure

Virginie Proton, militante MFJE

Ali Rahni, éducateur spécialisé et militant associatif Roubaix

AbdouRahmane Ridouane, président de la mosquée de Pessac (Bordeaux)

Jocelyne RajnchapelMessaï, militante ALCIR

Claire Reinhardt, déléguée des parents d’élèves et militante MFJE

Moungi Rouaiguia, responsable CRI Marseille

Samra Seddik, sage-femme et militante associative

Zakaria Seddiki, consultant et conférencier

Omar Slaouti, militant FUIQP

Alioune Traoré, militant CSP 75

Liesel Trunzler, consultante juridique et militante pour les droits humains

Vanessa Vincenza, militante MFJE

Soutien total à Samir Elyes

Militant historique des luttes de l’immigration et des quartiers populaires, Samir Elyes fait l’objet d’une enquête préliminaire pour « injure publique envers une administration publique ». Il lui est reproché le contenu de son intervention tenue lors de la Marche des Solidarités, rassemblement contre le racisme et les violences policières, le 20 mars 2021. Lors de sa prise de parole, il y dénonçait le racisme de la justice française, le traitement particulier réservé aux familles noires et arabes et la délivrance, par la justice, d’un « permis de tuer » aux policiers.


L’évocation de ce « permis de tuer » qui vaut à Samir cette mise en examen, est pourtant une réalité que dénoncent de nombreux militants et associations depuis plusieurs décennies. Rappelons par exemple que lors du procès opposant la Famille Khaïf au policier Hiblot, le président de la FPIP [syndicat de police très à droite] M. Philippe Biltauld, réclama le « droit de tirer pour les policiers » (le courrier du 27 janvier 1999). L’acquittement du policier Hiblot, après 10 ans de procédure, sonna comme une véritable reconnaissance de ce « droit ». Celui-ci tua en effet M. Youssef Khaïf d’une balle dans la nuque éliminant ainsi toute validité à l’argument de « légitime défense ».


Samir Elyes sait ce qu’il dit du fait de son expérience de plus de deux décennies au sein de différentes organisations (Mouvement de l’Immigration des Banlieues (MIB), Forum Social des Quartiers Populaires (FSQP) et Comité Adama) toutes investies au sein de différents « Comité Justice et Vérité ». Il est particulièrement visé comme le démontre la mobilisation des syndicats de police, de la droite et de l’extrême droite accompagnée et soutenue par les médias pour dénoncer un discours qui « inciterait à la haine et la violence ». Décrire et dénoncer une réalité de violence devient ainsi « inciter à la violence ».


La « judiciarisation » du discours de Samir n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte de criminalisation – des associations, organisations, groupes et personnes œuvrant sur la question du racisme, de l’accès aux droits et des libertés (CCIF- Baraka city- UNEF-universitaires). Elle est connectée avec les deux projets de loi complémentaires [sur la sécurité globale et contre le pseudo séparatisme] visant à criminaliser les militants, à réprimer la critique politique, à diffuser la peur et l’auto-censure. En particulier le projet de loi contre le pseudo séparatisme, rebaptisé « loi confortant le respect des principes de la République », cible spécifiquement les quartiers populaires, les personnes issues de l’immigration, les musulmans ou apparentés comme tel. Véritable loi d’exception islamophobe, elle prône l’arbitraire, le contrôle et la surveillance renforcée. Elle s’appuiera sur la « loi sécurité globale » prévoyant une augmentation des contrôles arbitraires et même la participation de sociétés de surveillance privées.


Par ces lois complémentaires ce gouvernement prépare une politique de terreur pour certains, de « béni oui- oui » pour d’autres, voire de « larbinisme » où la suspicion est généralisée, abordant les habitants des quartiers de confession musulmane (ou assimilés) comme ennemis de l’intérieur qui devront montrer « patte blanche » pour avoir droit de cité. L’amendement UNEF ajouté lors du passage de ce projet de loi au Sénat, permettra de réprimer n’importe quel collectif au motif d’une « mixité » insuffisante. Il s’agit ni plus ni moins que de légaliser l’arbitraire, cet amendement permettant d’invalider toute revendication issue des quartiers ou de l’immigration notamment pour les comités « justice et vérité » qui risquent de se voir dissoudre si le quota de « blanchité » n’est pas respecté.


Les accusations portées contre Samir sont indissociables de ce projet politique global visant à empêcher l’expression politique de la colère légitime des populations issues de l’immigration et des quartiers populaires contre les discriminations et les violences policières systémiques d’une part et à interdire leur organisation autonome d’autre part.


Pour toute ces raisons, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) soutiendra Sami Elyes dans ce combat. Défendre Samir c’est nous défendre nous-mêmes.


Soutenir Samir ce n’est rien d’autre que défendre le droit à l’égalité, à la justice et à la dignité pour tous.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

14/04/2021

Le rapport Stora ou la « mémoire » comme instrument de maintien de l’ordre néocolonial

DÉCLARATION DU FUIQP

« C’est par la connaissance du passé que l’homme se libère du passé. »

Mohamed-Chérif Sahli, Décoloniser l’histoire

Lorsqu’en juillet 2020, Emmanuel Macron a confié à l’historien Benjamin Stora la mission de produire « un rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation, et la guerre d’Algérie », il l’a fait dans le contexte singulier d’une remise en cause du racisme systémique produit de l’histoire coloniale tant en France qu’au niveau international.

Des mobilisations historiques contre les violences policières et le racisme se déroulèrent des deux côtés de l’Atlantique. Des symboles du racisme furent remis en cause. Mais alors qu’aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique, au Canada, en Allemagne ou en Espagne les autorités acceptaient, au moins partiellement, de retirer des symboles coloniaux et racistes de l’espace public, le président de la République opposa, à plusieurs reprises durant l’été 2020, une fin de non-recevoir à toute forme de remise en cause des marqueurs de l’idéologie coloniale dans l’espace public français.

Au cours de son discours inquisiteur contre le « séparatisme » islamiste aux Mureaux, le 2 octobre 2020, Emmanuel Macron expliqua qu’il devenait urgent d’imposer une vision officielle « française » de la colonisation en général et de la guerre d’Algérie en particulier. Ciblant les descendants de colonisés en remettant en cause le racisme systémique qui plonge ses racines dans l’histoire coloniale, le président de la République dénonçait le danger pour l’ordre social que représentaient les enfants ou petits-enfants de colonisés accusés de « revisiter leur identité par un discours post-colonial ou anti-colonial »1. Cette contestation du racisme systémique, Emmanuel Macron la dénonçait comme une forme de « séparatisme ».

Car ne nous y trompons pas, le rapport Stora ne s’adresse que marginalement à l’Algérie et aux rapports entre les deux pays. Ce rapport est d’abord, comme l’a voulu Emmanuel Macron, à visée domestique. Il s’adresse à la société française du début des années 2020.

Une caution « universitaire » pour des politiques identitaires

En produisant son rapport, Benjamin Stora vient ainsi apporter sa caution d’« universitaire » et d’« historien » à une ligne politique qui était déjà tracée en amont. Son rapport est d’abord et avant tout un instrument politique visant à préparer l’élection présidentielle en agitant le spectre d’une France blanche menacée par les « hordes de basanés » agitées par des « délires » séparatistes. De manière moins conjoncturelle, ce rapport participe d’un vaste processus visant à maintenir les hiérarchies sociales et raciales nées avec les colonisations qui structurent encore actuellement la société française.

D’après Benjamin Stora sept millions de résidents sur le sol français posséderaient, aujourd’hui, un lien direct avec l’Algérie donc, à l’aune d’une année électorale décisive pour l’exécutif, les enjeux de mémoires sont également des enjeux électoraux. Selon Benjamin Stora, il s’agit donc d’étudier les « effets des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie sur la société française », et notamment de « la séparation des mémoires » (p. 2). Car le problème de fond, pour Benjamin Stora à la suite du gouvernement, est avant tout « la compétition victimaire », « la reconstruction de récits fantasmés » qui conduisent « aux incendies de mémoires enflammées », notamment « dans la jeunesse ». Évidemment, Benjamin Stora ne précise pas de quelle « jeunesse » il parle mais tout le monde aura bien compris qu’il s’agissait de la personne issue de l’immigration maghrébine car là est le problème pour les autorités politiques françaises. Alors Benjamin Stora déplore la larme à l’œil un risque de « communautarisation des mémoires » (p. 6).

Face à cette « communautarisation des mémoires » que propose Benjamin Stora ? L’ouverture totale des archives et l’étude sérieuse et approfondie de l’histoire de la colonisation ? Certainement pas puisque dès l’introduction de son rapport, il pose cette question totalement surréaliste pour une personne se revendiquant des sciences sociales : « Et faut-il tout raconter, tout dévoiler des secrets de la guerre [d’Algérie] ? » (p. 5). Ce simple propos ne retire-t-il pas tout crédit « scientifique » au rapport de Benjamin Stora ?

Réconciliation partout, justice nulle part

Propose-t-il que justice soit rendue à celles et ceux qui ont subi la colonisation dans leur chaire et plus largement aux peuples ayant subi la colonisation ? Évidemment non puisqu’il n’en est même pas question dans le rapport.

Alors face à la « communautarisation des mémoires », Benjamin Stora propose comme solution la « réconciliation des mémoires » par des « actes symboliques ». Mais qu’est-ce que la « réconciliation des mémoires » ? Une réunion où le colonisateur et le colonisé, l’assassin et sa victime, le tortionnaire et le torturé, le violeur et la violée, etc. se serreraient la main en acceptant de « passer l’éponge » sur le passé sans que justice ne soit rendue ? Finalement la « réconciliation des mémoires » apparaît pour ce qu’elle est : la dernière manœuvre d’un pouvoir colonial qui ne cesse de se reformuler afin d’imposer sa vision du monde et de l’histoire. La soi-disant « réconciliation des mémoires » est ainsiune manière pour l’ex-colonisateur d’imposer sa vision de l’histoire de la colonisation aux ex-colonisés, particulièrement à ceux qui vivent en France et qui contestent le racisme systémique en s’attaquant à ses racines coloniales.

Pour faire accepter son postulat néocolonial, Benjamin Stora doit donc présenter une mémoire essentiellement centrée sur la guerre de libération nationale algérienne (1954-1962) qu’il décrit comme un affrontement entre deux camps ayant chacun sa légitimité, sa perception de l’histoire et sa mémoire. Les deux mémoires « blessées » seraient nées à ce moment là dans les tumultes d’une guerre atroce. Et comme il s’agit uniquement d’un problème abstrait de « mémoires », Benjamin Stora peut ainsi évacuer l’histoire longue de la colonisation en Algérie qui est pourtant incontournable pour comprendre la Révolution algérienne.

Une « histoire officielle » pour éluder les crimes de masses de la colonisation

Ainsi, Benjamin Stora reste « étonnement » allusif sur la période de la conquête génocidaire organisée par la France au XIXe siècle. Pourtant au-delà même de la description des massacres de masses organisés par l’armée française, Benjamin Stora n’ignore pas les conséquences démographiques de cette conquête génocidaire puisqu’il a lui-même préfacé l’étude du démographe Kamel Kateb2 qui est particulièrement éclairante sur la question. Si nous nous référons aux chiffres de cette étude, entre 30 % et 58 % de la population algérienne a disparu entre 1830 et 1872.

Mais évidemment, malgré l’ampleur du crime, l’« histoire officielle » en vigueur dans l’Hexagone ne saurait admettre l’emploi du terme « génocide » pour décrire la politique française mise en œuvre durant la conquête de l’Algérie.

Pareillement, Benjamin Stora reste très peu disert sur la conséquence démographique de la répression française au cours de la Révolution algérienne. Évidemment, car s’intéresser à la démographie, remettrait immédiatement en cause l’idée d’un affrontement entre deux camps ayant chacun sa part de responsabilités et du « sang sur les mains ». Qu’en est-il du nombre de morts, de torturés, de femmes violées, de réfugiés dans les camps de Tunisie ou du Maroc, d’enfermés dans les camps de regroupement, d’irradiés suite aux essais nucléaires dans le Sahara, etc ?

Décoloniser l’histoire et l’espace public

Contrairement à notre conseiller du Prince, nous pensons, à la suite du philosophe algérien Mohamed-Chérif Sahli, que l’histoire ne doit nullement être « un instrument de propagande pour une vérité officielle »3 énoncée par un Président afin de préserver un ordre social et racial suranné. L’histoire doit d’abord participer d’un processus de dévoilement de la vérité afin de permettre aux êtres humains de se libérer des structures oppressives passées. Car à un moment où les ingérences néocoloniales françaises provoquent de l’Algérie au Mali, du Niger au Burkina Faso, la colère populaire, le combat pour la vérité et contre le révisionnisme historique est plus que jamais important.

Comme l’énonçait déjà Patrice Lumumba dans la dernière lettre à sa femme, il reste nécessaire de décoloniser l’histoire car celles et ceux qui vivent quotidiennement le racisme produit par la colonisation et ceux qui ne le vivent pas ne sauraient l’écrire de la même façon : « L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches ».

Ainsi, il nous incombe, en tant qu’héritiers des résistances et luttes de libération nationale des peuples colonisés, de « revoir » l’histoire de la colonisation à partir du point de vue des colonisés et de participer à sa décolonisation ainsi qu’à la décolonisation de l’espace public. Cette relecture de l’histoire coloniale s’avère être une impérieuse nécessité car la remise en cause du racisme systémique passe, entre autre, par la décolonisation de l’histoire.

1Emmanuel Macron, La lutte contre les séparatismes, discours prononcé aux Mureaux, 2/10/2020

2Kamel Kateb, Européens, « indigènes » et juifs en Algérie (1830-1962), Représentation et réalité des populations, Paris, Ined/PUF, 2001

3Mohamed-Chérif Sahli, Décoloniser l’histoire, Alger, ANEP, 2007, page 9

NON A LA LOI ISLAMOPHOBE ET LIBERTICIDE

Nos organisations, qui pour certaines rassemblent en nombre des personnes de confession et de culture musulmanes, font l’amer constat qu’une fois de plus l’islamophobie est mobilisée au plus haut sommet de l’État avec le projet de loi « contre les séparatismes », loi qui dans les faits est précisément une loi séparatiste et raciste.

ÇA SUFFIT !

Avec un cynisme démesuré, le gouvernement instrumentalise le terrorisme, ses victimes et nos émotions pour faire de chaque musulman.e un ennemi de l’intérieur. De la chasse à de prétendus « signaux faibles » à la focalisation sur le port du foulard, à travers une pluie d’amendements à ce projet de loi, nos vies, nos coutumes, nos pratiques, notre foi sont épiées, traquées, disséquées, essentialisées, stigmatisées et infériorisées. C’est ce statut de sous-citoyenneté qui permet des perquisitions en dehors de tout cadre judiciaire, perquisitions qui au demeurant sont totalement inefficaces contre le terrorisme comme le savent les pouvoirs publics et dont le seul objectif est selon le ministre de l’Intérieur de donner un signal. Sans doute, un signal pour terroriser une partie d’entre nous, mais aussi un signal à l’endroit d’un électorat enclin à voter sur des positions islamophobes. Les musulman.e.s de ce pays ne supportent plus d’être réduit.e.s à une variable d’ajustement électorale. Nous refusons que ce projet de loi qui devrait être discuté jusqu’à la prochaine présidentielle serve de tremplin aux plus audacieux islamophobes, toujours prêts à surenchérir pour la prise du pouvoir. Nous refusons que l’Islam et les musulman.e.s soient jeté.e.s en pâture lors des débats alors même que les crises et urgences sanitaire, sociale, économique et écologique s’accentuent.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise la laïcité en la dévoyant de son esprit et de sa lettre originels de 1905 pour mettre sous tutelle le culte musulman et s’ingérer dans son organisation, une ingérence qui ne concernerait pas les autres cultes, comme l’a souligné M. Darmanin en personne. A ce titre, il s’arroge le droit de désigner pour et à la place des musulman.e.s ceux qui sont dignes de nous représenter, comme durant la période coloniale. Il menace des fédérations musulmanes, des mosquées… les contraignant à se soumettre à une charte de principes contraire aux principes même de la laïcité et à la liberté de contestation, sous peine de dissolution administrative, hors cadre juridique. En lieu et place du droit commun, c’est l’arbitraire administratif et un droit d’exception qui s’exercent.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise les inégalités de genre, qui sont structurelles et traversent pourtant tous les espaces sociaux, y compris ceux du pouvoir, pour ne les voir, les dénoncer, les hypertrophier et bien souvent les inventer dans les seules pratiques liées à l’Islam ; faisant fi au passage de la parole et du vécu des premières concernées, de confession et de culture musulmanes. Tandis qu’il organise en parallèle l’effacement total des femmes musulmanes, jusqu’à remettre en question leur droit de porter le voile dans l’espace public.

ÇA SUFFIT !

Le gouvernement instrumentalise l’État de droit pour défaire nos droits et particulièrement le premier d’entre eux, celui de la liberté de conscience, celle de croire ou de ne pas croire. Le ministre de l’Intérieur va jusqu’à exiger d’un croyant ou d’une croyante qu’il ou elle mette « les lois de la République au-dessus de la loi de Dieu », ce qui relève d’une absurdité confondante d’autant plus que son rôle est de faire respecter les lois de la République sans avoir à reconnaître d’autres lois, au nom précisément de la neutralité de l’État. La liberté de culte est menacée comme le souligne la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNCDH) entre autres par une déclaration préalable en préfecture à renouveler tous les 5 ans, relevant d’« une méfiance injustifiée » pour reprendre ses termes.

ÇA SUFFIT !

Ce projet de loi s’attaque aux droits des associations et pas seulement celles qui relèvent du cultuel, alors qu’elles sont soumises au respect des lois républicaines de par leur déclaration en préfecture : il exige d’elles la signature d’un contrat d’engagement républicain, offrant là encore une interprétation de son non-respect suffisamment large pour que n’importe quel préfet puisse selon son bon vouloir les dissoudre, les assécher financièrement, retirer leur agrément, s’opposer à l’embauche de contrats jeunes en leur sein. Pour elles aussi, la liberté d’expression est menacée et le recours à la désobéissance civile non-violente sera interprété comme un « trouble à l’ordre public ». Ce n’est pas pour rien que la Défenseure des droits s’inquiète de ce que ce projet participe d’un « renforcement global de l’ordre social ». Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’entre nous, parce que musulmans et musulmanes, sont tétanisé.e.s par cette islamophobie que les premiers de cordée ont initiée. Macron en personne convoquait la théorie du ruissellement, celle qui en pratique devait se traduire par une répartition des richesses des plus riches vers les plus pauvres, notamment dans les zones rurales et les quartiers populaires. A la place, il nous propose un tsunami de propos et de lois racistes et liberticides comme celles sur le séparatisme et sur la sécurité globale.

ÇA SUFFIT !

Nous vous appelons à rejoindre Le Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits de toutes et tous.

Nous manifesterons partout en France, le dimanche 21 mars 2021.

N’ayons pas peur ! Il s’agit de défendre nos droits, nos libertés, notre dignité.

Front contre l’islamophobie et pour l’égalité des droits de toutes et tous. Pour les organisations qui souhaitent être signataires, merci de nous écrire à cette adresse : frontcontrelislamophobie@gmail.com

La page facebook : https://www.facebook.com/frontcontrelislamophobie/

 

Signataires :

FUIQP (Front Uni des Immigrations et des quartiers populaires, comités :Lille, Marseille, Grenoble, Montpellier, Paris Banlieue) ; CRI (Coordination contre le racisme et l’islamophobie, section : Lyon, Saint Étienne, Marseille, Perpignan) ; Association des alliés de la paix, Bordeaux ; Association de la mosquée de Pessac ; COMNA ( Collectif des organisations Musulmans de Nouvelle Aquitaine) ; Le Collectif des musulmans de Montpellier ; Collectif stéphanois contre l’islamophobie et pour l’égalité ; Collectifs Ivryen contre la loi séparatisme ; La Fasti ; Comité BDS France Montpellier ; Mouvement des Femmes pour la Justice et l’Equité (MFJE) ; NTA Rajel ; PSM (Participation et spiritualité musulmanes) ; Association française de confession musulmane (FCM) ; Argenteuil Terre de Solidarité ; International Solidarity Movement – ISM ; Centre Francilien Philippe Grenier ; L’association ESPOIR FUTSAL 79 ; Association Al Fazari ; La Révolution est en marche ; Emergence Blanc Mesnil ; Al-Wissal association des étudiants Arabes de l’Inalco ; Lallab ; Association Rencontre et Dialogue de Roubaix ; Association Identité plurielle de Tourcoing ; Association Marocaine des Droits Humains Nord/France ; Association « Culture et vous, la culture pour tous » de Libercourt ; ORIW (Organization Racism and Islamophobia ; Action antifasciste Paris banlieue, ACTA ….

Personnalités :Abdourahmane Redouane président de la mosquée de Pessac ; Abdelaziz Chaambi membre fondateur du CRI ; Zakaria Seddiki (Consultant- Conférencier) ; Noureddine AOUSSAT, imam et enseignant ; Saïd Bouamama, sociologue et militant au FUIQP ; Omar Dourmane ;…