Tragédie de Melilla : les migrants au cœur d’un business macabre entre les autorités espagnoles et marocaines

Ou faites comme en Espagne

Où ils ont construit une toile d’araignée

Là-bas, à Ceuta et Melilla

Où ils reçoivent [les migrants] sur les berges

Mais parfois [ils les transportent] sur des brancards

Quelle horreur !

Quel cauchemar !

Los Tigres del Norte, El Muro 

Quand Madrid cède au « chantage migratoire » de Rabat

En mai 2021, près de 8 000 migrants, pour la plupart Marocains, parvenaient à pénétrer dans la ville de Ceuta, enclave espagnole située au Nord du Maroc et qui constitue, avec Melilla, l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe.

Cet « afflux sans précédent » de migrants sur le territoire espagnol était consécutif à un « relâchement » de la surveillance des frontières de la part des autorités marocaines. En « ouvrant les vannes », le Maroc souhaitait ainsi faire pression sur l’Espagne, où était hospitalisé un des leaders du Front Polisario, mouvement créé en 1973 et luttant pour l’indépendance du Sahara occidental.

Ainsi, après avoir décidé d’approfondir ses relations diplomatiques, commerciales et militaires avec l’Etat sioniste, en échange de la reconnaissance, par les Etats-Unis, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, Rabat comptait utiliser l’« arme migratoire » pour faire plier l’Espagne sur la question du Sahara.

Face à une Europe hantée par le spectre du « Grand Remplacement », le chantage à « l’invasion migratoire » exercée par le Maroc semble avoir porté ses fruits.

En effet, en mars 2022, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, adressait une lettre au roi Mohamed VI dans laquelle il annonçait, contre toute attente, que l’Espagne, ancienne puissance coloniale ayant occupé le Sahara jusqu’en 1975, était désormais disposée à accepter la « solution marocaine » sur le conflit du Sahara, c’est-à-dire l’autonomie du Sahara dans le cadre d’une intégration au royaume du Maroc, en lieu et place d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui historiquement soutenu par Madrid.

En échange de ce revirement historique, Pedro Sanchez proposait au Maroc de renforcer la coopération des deux pays sur « les défis communs, en particulier la gestion des flux migratoires en Méditerranée […] dans le but de garantir la stabilité et l’intégrité territoriale de nos pays ». 

Le Maroc pouvait ainsi rejoindre la place assignée par l’Union Européenne aux pays acceptant une telle «coopération» : celui de sous-traitant du sale boulot répressif lié à la construction de l’Europe forteresse. «Des Africains pour réprimer d’autres Africains pour le compte de l’Europe et sur le continent africain » telle est la logique sous-jacente aux politiques migratoires européennes.

Les migrants constituent ainsi une monnaie d’échange dans les relations entre l’Espagne et le Maroc.

Il était indispensable de rappeler ces éléments de contexte pour comprendre la tragédie qui s’est récemment déroulée à Melilla.

 « Xénophobie Business »

Le 24 juin dernier, plusieurs dizaines de migrants ont trouvé la mort en essayant de traverser la clôture séparant le Maroc et l’Espagne.  

Comme l’a fort justement souligné le géographe et géopolitologue Stéphane Rosière, la barrière de séparation entre le Maroc et l’Espagne à Melilla symbolise « un ordre mondial asymétrique et coercitif dans lequel une minorité s’arroge un droit exclusif à la mobilité et tente de confisquer ce droit à une majorité, plutôt pauvre, et dépourvue de réelles perspectives de développement économique ».  

Du côté des autorités marocaines et espagnoles, on dénonce les violences provoquées par certains migrants ainsi que des attaques contre leur « intégrité territoriale », comme pour mieux occulter le caractère criminel et meurtrier des politiques migratoires mises en œuvre par l’Union Européenne, avec la complicité de certains Etats Africains.

Les migrations vers l’Europe sont avant tout causées par la guerre et la pauvreté. Or, loin de s’attaquer à ces causes, plusieurs Etats de l’Union Européenne s’attachent à les aggraver en prenant une part active dans guerres impérialistes (comme la destruction de la Libye en 2011) ou encore en imposant aux pays africains des accords dits de « partenariat économique », mais qui sont en réalité de véritables accords d’« assassinat économique » contribuant à renforcer la paupérisation des populations dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et, ce faisant, les migrations vers l’Europe.

Malgré la multiplication des tragédies vécues par les migrants, dont plusieurs milliers trouvent la mort chaque année en essayant de traverser la mer Méditerranée ou en essayant de franchir des barrières construites aux frontières de l’Union européenne (comme celle de Melilla), le « xénophobie business »   aux portes de l’Europe s’est intensifié. Et pour cause : ce business profite à plusieurs types d’acteurs, à savoir :

– Certaines personnalités et formations politiques qui ont fait de la lutte contre « l’invasion migratoire » et le pseudo « Grand Remplacement », un fonds de commerce inépuisable.  

– Le « complexe sécuritaro-industriel » formé par des acteurs publics mais aussi et surtout les entreprises privées, spécialistes de la vente d’armes. En effet, il convient de rappeler que les principaux bénéficiaires des contrats de sécurisation des frontières sont également de gros vendeurs d’armes…

– Les réseaux criminels de passeurs et de trafiquants d’êtres humains

– Plusieurs Etats Africains qui ont fait des migrations une arme de pression diplomatique (à l’image du Maroc) et/ou une source de manne financière (comme le Rwanda de Kagame qui a récemment signé un accord avec le gouvernement britannique dans ce sens), sur le dos des migrants.

Face à la persistance de ce « xénophobie business » sur les deux rives de la méditerranée, le FUIQP réitère la nécessité de renforcer le front anti-impérialiste dans les pays d’origine et les pays d’accueil des migrants.

Le FUIQP présente ses plus sincères condoléances aux familles des migrants ayant trouvé la mort lors de la tragédie de Melilla et dénonce les politiques migratoires criminelles et meurtrières mises en œuvre par l’Union Européenne, avec la complicité de certains Africains.

Le FUIQP salue également l’action des associations et collectifs qui, au Maroc et en Espagne, se mobilisent pour défendre les droits et la dignité des migrants.

S’unir pour ne pas subir !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) 

Au revoir Tarek

Le FUIQP apprend avec tristesse le décès après un long combat contre la maladie de l’ami et camarade Tarek Ben Hiba président de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives. Il fut depuis de nombreuses années notre compagnon de combat sur de multiples fronts du soutien à la cause palestinienne à la lutte contre l’islamophobie, en passant par le combat pour la régularisation des sans-papiers ou pour le droit de vote aux résidents étrangers, ou encore contre les discriminations racistes. Son action constante tout au long de ces années avait fait de lui une figure incontournable de nos luttes et un porteur et transmetteur de la mémoire de celles-ci.

Bien sur nous avons eu avec lui des désaccords, des divergences tactiques, des approches différentes dans les priorités à privilégier mais celles-ci ont toujours pu être débattus dans une ambiance de franchise et de camaraderie.

Avec son départ et celui récent de plusieurs autres figures des luttes de l’immigration c’est toute une génération de combattant qui nous quitte nous laissant en héritage un capital précieux de pensée et d’action. Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à cette génération est la poursuite du combat pour l’égalité à laquelle elle a consacré toute son existence et toute son énergie.

Le FUIQP présente toutes ses condoléances à son épouse, la militante de l’égalité Bahija Ouezini, à ses enfants, à son association la FTCR et à tous ses camarades. Tarek nous avons désormais la lourde tâche de continuer notre combat sans toi. Nous ferons de notre mieux.

Repose en paix camarade et merci pour cette vie de lutte pour l’égalité.

FUIQP

28 juin 2022  

Balade décoloniale: Hommage à la résistance palestinienne

Depuis plusieurs années, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) organise des balades décoloniales afin de remettre en cause la mémoire coloniale qui s’affiche ostensiblement dans nos villes en passant sous silence les crimes coloniaux. A travers ces balades, il s’agit également de remettre à l’honneur les luttes des peuples colonisés qui ont toujours résisté à l’oppression qu’ils subissaient.

Cette année, les organisations solidaires du peuple palestinien ont décidé de mettre à l’honneur de la balade décoloniale la résistance du peuple palestinien ; ce peuple qui vit sous le joug de la domination coloniale depuis l’instauration du mandat britannique en 1920. La colonisation de la Palestine a été accentuée par la création de l’État d’Israël en 1948, avec l’appui des grandes puissances de l’époque.

La création de cet État colonial a été accompagnée par un nettoyage ethnique de la Palestine avec l’expulsion de leurs terres d’environ 800 000 palestinien-ne-s (entre 85 et 90 % de la population) et par la destruction de plus de 500 villes, villages et hameaux. Cette tragédie est restée dans la mémoire palestinienne et arabe sous le vocable de nakba (catastrophe).

La nakba a été suivie d’une deuxième catastrophe, la défaite de juin 1967, appelée naksa, qui provoqua un nouvel exode de 300 000 palestinien-ne-s de Cisjordanie (y compris la partie orientale de Jérusalem, al-Quds) et de la bande de Gaza. A partir de 1967, la totalité de la Palestine historique était passée sous le contrôle d’un État colonial qui avait également annexé le Sinaï égyptien et le Golan syrien.

Face à cette domination coloniale, le peuple palestinien, qu’il se trouve dans les territoires de 1948, en Cisjordanie (y compris al-Quds), à Gaza, en exil dans les pays voisins (Jordanie, Liban, Syrie) ou ailleurs dans la diaspora, n’a jamais cessé de résister, sous différentes formes, aux politiques et pratiques iniques de la puissance occupante.

Depuis les années 1950, la formidable résistance du peuple palestinien a inspiré plusieurs générations de combattants anticolonialistes et anti-impérialistes. De Malcolm X à Hugo Chavez, de Georges Ibrahim Abdallah à Desmond Tutu, en passant par Mohamed Ali, nombreux sont les combattants et combattantes de la liberté qui n’ont cessé de manifester leur soutien au peuple palestinien et de nous rappeler que la libération du peuple palestinien des griffes du colonialisme israélien est une étape essentielle dans la longue marche des peuples opprimés vers l’émancipation.

La question palestinienne figure également au cœur des luttes autonomes des immigrations (post)coloniales en France depuis près d’un siècle. De l’Étoile Nord-Africaine qui, dès l’entre-deux-guerres, soutenait la lutte du peuple palestinien contre la domination britannique et la colonisation sioniste, à la « bataille de Barbès » en 2014, en passant par le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) dans les années 1970, ou encore le Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB) qui a porté la Campagne pour le droit au retour de 1998 à 2003, la Palestine a toujours été un axe structurant de nos luttes et d’affirmation de notre autonomie vis-à-vis des organisations de la gauche antiraciste traditionnelle.

Depuis plusieurs années, la politique coloniale de répression à l’encontre du peuple palestinien est également devenue un modèle pour les partisans radicalisés d’une gestion coloniale des banlieues. Ainsi en mai 2021, le syndicat France-Police revendiquait le « bouclage des 600 territoires perdus de la République, y compris avec le renfort de l’Armée, en contrôlant et en limitant les entrées et sorties de ces zones par des checkpoints sur le modèle israélien de séparation mis en place avec les territoires palestiniens ».

Parce que nos destins et nos luttes sont intimement liés, nous continuerons de soutenir la lutte du peuple palestinien contre l’oppression coloniale et pour sa libération nationale. Ainsi, à travers la balade décoloniale de cette année, nous, organisations solidaires du peuple palestinien, entendons faire vivre et transmettre la mémoire de la résistance du peuple palestinien et l’appui dont il bénéficie en France.

Dans cette perspective, nous appelons toutes les organisations et toutes celles et ceux qui ont la Palestine au cœur, à nous rejoindre afin de participer à la réussite de cette balade décoloniale aux couleurs de la Palestine.

En revanche, nous ne souhaitons pas que cette balade soit un évènement sans lendemain. En effet, la balade décoloniale doit s’inscrire dans la volonté de développer un travail sur le long terme ; un travail de développement d’espaces de solidarité avec le peuple palestinien sur le plan politique, culturel, humain, etc.

Nous souhaitons notamment axer cette solidarité sur le travail avec les enfants palestiniens victimes traumatismes coloniaux liés à l’occupation et à la répression vécus par le peuple palestinien.

Par cette initiative, les organisations solidaires du peuple palestinien souhaitent ainsi œuvrer concrètement au rapprochement entre les habitants des quartiers populaires en France et le peuple palestinien, qu’il se trouve dans les territoires de 1948, en Cisjordanie ou à Gaza, ou en exil.

Tahya Falastin !

Vive la Palestine !

Vive la résistance du peuple palestinien !

Rendez-vous: dimanche 19 juin 2022 à 14h devant l’église Saint-Bernard (métro Barbès-Rochechouart) pour une balade décoloniale dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Signataires : Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah, International Solidarity Movement (ISM-France), Association Nationale des Communistes (ANC), UL CGT Paris 18, Collectif La Chapelle Debout, Collectif Ivryens pour la Palestine, Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR), Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Collectif Boycott Apartheid Israël – Paris Banlieue, BDS France Paris Région Parisienne, Samidoun Région Parisienne, Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF)

La convergence des coups a consolidé la convergence des luttes et les victoires de nos anciens

Rappelons nous que c’est la convergence des coups qui a consolidé la convergence des luttes et les victoires historiques de nos anciens.

« L’oiseau qui oublie le nid où il a vu le jour finit par s’égarer ».

Ce célèbre proverbe wolof nous rappelle à quel point la connaissance de notre propre histoire ainsi que la fidélité aux combats menés par nos anciens, sont des éléments indispensables à la compréhension des défis du présent. C’est sur la base de cette compréhension que nous pourrons définir les formes d’organisation et de lutte qu’il convient d’adopter afin de faire avancer notre combat pour l’égalité, la dignité et la justice.

Le Front des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) a vu le jour en 2011, à l’initiative de militantes et de militants qui n’ont pas oublié et ne peuvent oublier le nid où ils/elles ont vu le jour.

Ce nid, c’est celui de plusieurs générations d’immigrés et de fil-le-s d’immigrés qui n’ont cessé de se battre, malgré les répressions, les campagnes de diabolisation et d’intimidation, pour défendre leur dignité.

Ce nid, c’est également celui des chibanis, des dockers noirs de Marseille, des « tirailleurs sénégalais », des « boat people » et de tous ces « déracinés du capital », avec ou sans papiers ; ces exilés ayant passé leur vie à explorer d’autres contrées, afin d’offrir à leur progéniture un avenir meilleur.

Ce nid, c’est enfin celui des organisations qui dans l’immigration ont lutté contre le racisme en France et pour la libération nationale des peuples colonisés : de l’Étoile Nord-Africaine dans les années 1920-1930 au Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB) dans les années 1990-2000, en passant par la fédération de France du FLN dans les années 1950-1960, le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) dans les années 1970 ou la Marche pour l’égalité de 1983.

Et c’est en dignes héritiers des luttes des immigrations, que nous nous sommes toujours attachés à créer des ponts entre les anciennes et les nouvelles générations d’immigrés en France ; entre les habitants des quartiers populaires, dont beaucoup sont nés et/ou sont devenus citoyen-ne-s français et les immigrés dits « illégaux », que la société condamne à une vie dans la marginalité et la clandestinité.

Dès ses débuts, le FUIQP a fait de l’accès de tous les immigrés, quelle que soit leur situation administrative, à une égale dignité, un des principes cardinaux de son engagement politique.

« Nous voulons la régularisation de tous les sans-papiers et une citoyenneté commune et égale pour tous », proclame ainsi fièrement le premier des 10 points de notre organisation.

Au cœur de notre engagement, figure la conviction que les habitants des quartiers populaires partagent, avec les résidents de l’Ambassade des migrants, une communauté de destin.

Ce destin commun, c’est celui des populations considérées comme des envahisseurs, des « Grand-Remplaçants » menaçant l’équilibre démographique et l’identité de la France

Ce destin commun, c’est celui des victimes des crimes policiers, des discriminations massives sur les marchés du logement de l’emploi, ect…

Ce destin commun, c’est aussi celui des minorités livrées à la vindicte populaire par des « marchands de haine » ayant fait de la diabolisation des populations non blanches un fonds de commerce inépuisable, ainsi qu’un argument de campagne électorale, comme l’a démontré la dernière campagne présidentielle.

Parce que les discours et les politiques racistes affectent nos vies de manière spécifique, nous devrons y répondre à notre façon, avec nos mots, en partant de nos réalités et en construisant des mobilisations avec les alliés respectueux de nos droits

A l’occasion de cette journée de solidarité avec les résidents de l’Ambassade des migrants, le FUIQP souhaiterait ainsi réitérer sa volonté de participer à la construction d’une maison commune de l’antiracisme ; une maison que nous bâtirons ensemble, en tirant les leçons du passé, sans oublier le nid où nous avons vu le jour.

Dans ce combat, nous remporterons des victoires mais nous essuierons également des défaites ; des défaites sur lesquelles nous nous appuierons pour mieux avancer.

En effet, comme nous le rappelait le combattant anticolonialiste et héros de l’indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert, Amilcar Cabral dans un célèbre discours prononcé en 1970:

« la lutte est faite , de victoires et de défaites mais elle avance toujours, et ses phases, même les plus semblables ne se répètent jamais. Parce que la lutte est un processus et non un accident, elle est une course de fond et non de vitesse : des défaites éventuelles ne sauraient justifier ni la démoralisation, ni le désistement, car même les échecs peuvent être une base de départ pour de nouveaux succès. »

Pour conclure, mes chers amis, j’aimerais rappeler cet avertissement que le grand historien et militant anti-impérialiste Joseph Ki-Zerbo lançait à la jeunesse burkinabé en 1998 : « si nous nous couchons, nous sommes morts ! »

Si aujourd’hui, nous nous couchons devant les discours et les politiques xénophobes, nous sommes morts !

Pour cette raison, le FUIQP réitère son soutien au Collectif Chapelle Debout ! et aux résidents de l’Ambassade des Migrants.

Je vous remercie.

Intervention de FUIQP Paris-Banlieue lors du meeting de soutien à l’Ambassade des immigrée-e-s 

Paris, 28/05/2022

Massacre négrophobe de Buffalo : chronique d’une tragédie annoncée

« Lorsqu’une maison prend feu et qu’une personne, alertée par les flammes, accourt en criant « au feu ! », le propriétaire de la maison, ainsi réveillé par les cris , commet parfois l’erreur d’accuser la personne  ayant lancé l’alerte d’avoir mis le feu, alors même qu’il devrait lui exprimer sa gratitude ».[1]

Malcolm X

Anéantir les « Remplaçants »

Le 15 mai 2022, Payton Gendron, jeune américain blanc de 18 ans, ouvrait le feu dans un supermarché de Buffalo (Etat de New York), aux Etats-Unis, tuant dix personnes, dont six femmes et quatre hommes âgés de 32 à 86 ans.

Le point commun des victimes ? Leur couleur de peau : en effet, toutes les personnes assassinées sont des Afro-Américains.

Leur crime ? « Tous les Noirs sont des Remplaçants, ne serait-ce que par leur simple existence dans des pays de Blancs. […] Chaque envahisseur que vous tuez, quel que soit son âge, est un ennemi en moins pour vos enfants ».[2]

C’est en ces termes que l’auteur de l’attaque négrophobe et terroriste de Buffalo justifie son geste dans un « manifeste » où il se présente comme « simplement un homme blanc qui cherche à protéger et servir ma communauté, mon peuple, ma culture et ma race ».

A l’image de Brenton Tarrant, le terroriste suprémaciste qui avait tué 51 morts et blessé 49 personnes en mars 2019, lors d’un attentat islamophobe visant deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande), Payton Gendron est un adepte de la théorie du « Grand Remplacement ».

En vertu de cette théorie fumeuse, raciste et criminelle, popularisée notamment par l’écrivain français Renaud Camus et désormais relayée par des médias et des politiques de premier plan, les populations blanches des pays occidentaux seraient menacées de  « substitution » par des hordes d’envahisseurs basanés, dont l’augmentation démographique conduirait à un « changement de civilisation ».

Le suprémacisme occidental : un danger mortel pour les populations non blanches

L’assassinat programmé de dix Afro-américains désarmés par le terroriste Payton Grendon est la manifestation la plus vulgaire, la plus hideuse, la plus brutale et la plus cruellement sauvage d’une idéologie de plus en plus « décomplexée » et particulièrement mortifère pour les populations non-blanches : le suprémacisme occidental.

Le suprémacisme occidental est un fanatisme plus ou moins assumé. Il se décline en plusieurs versions ayant pour fil conducteur l’infériorisation et l’exclusion des populations non blanches du cercle fermé des « vrais » humains. 

Le suprémacisme occidental s’appuie sur un corpus idéologique combinant des vieilles et des nouvelles recettes. Les discours sur la pureté de la race blanche (dont le terroriste Payton Gendron nous a fourni une tragique caricature) coexistent avec d’autres discours, à peine plus sophistiqués, sur l’infériorité et l’ « arriération » des cultures des populations non blanches.

Ne pouvant plus justifier son règne par la seule domination militaire (à laquelle il n’a pas tout à fait renoncé), le suprémacisme occidental cherche à se maintenir en imposant une pyramide des normes universelles au sommet de laquelle figurent les « valeurs occidentales ».

Le lendemain de la tuerie négrophobe de Buffalo, Macarena Olona, députée espagnole membre du parti d’extrême droite Voz et candidate à la présidence de la région Andalousie, publiait sur son compte Twitter le message suivant : « Si tu importes de l’insécurité, tu auras de l’insécurité. Et cela n’a rien à voir avec la race. Le facteur déterminant, c’est l’origine. Parce qu’il y a des cultures qui sont une menace pour les femmes et les personnes homosexuelles. Dans mon pays, mes règles. Nos valeurs occidentales ». 

Du point de vue des apôtres du suprémacisme occidental, les populations non blanches ne sont pas des victimes mais des bourreaux ; les bourreaux des femmes (blanches et non blanches) et des homosexuels (blancs et non blancs) que l’Occident aurait ainsi le pouvoir et le devoir de « sauver ».

Le suprémacisme occidental est également un fanatisme de type révisionniste. Pour galvaniser ses adeptes, il lui faut réinventer l’histoire et, très souvent, raconter des histoires.

Ainsi, en réponse au pape François qui, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de l’indépendance du Mexique, en septembre 2021, appelait à reconnaître les « erreurs » et les «péchés » commis par l’Église Catholique lors de la conquête du Mexique,  Isabel Díaz Ayuso,  présidente  de la communauté de Madrid, s’ « étonnait » qu’un «catholique  qui parle espagnol » puisse se livrer à de telles excuses, alors même que l’héritage de l’Espagne a été, selon elle, « précisément d’avoir apporté la langue espagnole, et à travers les missions, le catholicisme et, ce faisant, la civilisation et la liberté au continent américain ». 

Oubliés la réduction à l’esclavage de millions d’êtres humains.

Oubliés les massacres et l’extermination des populations autochtones par les colonisateurs.

Dans la marche des peuples « barbares » vers la « civilisation », le « Grand Remplacement » des populations amérindiennes par des envahisseurs européens n’est qu’un « dommage collatéral » ; un mal nécessaire pour diffuser la liberté et la religion chrétienne…

L’unité dans l’autonomie, un impératif vital pour les « Grands Remplaçants »

Pour les populations non blanches, le suprémacisme occidental n’est ni un simple vestige du passé, ni le fruit d’une quelconque spéculation intellectuelle. Il se traduit concrètement et directement dans nos vies :

  • A travers des passages à l’acte de criminels suprémacistes qui, à l’instar de Payton Gendron, ont été drogués à la théorie du « Grand Remplacement »
  • A travers des crimes policiers qui touchent massivement les populations racisées
  • A travers des législations d’exception visant spécifiquement les populations non blanches

Depuis sa création, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) n’a cessé d’insister sur la spécificité du racisme que subissent les populations non blanches. Pour cette raison, le FUIQP s’est attaché à promouvoir la construction d’un mouvement autonome de lutte contre le racisme visant les populations non blanches et, dans le contexte français, les personnes issues de la colonisation.

 Pour avoir adopté une telle position, le FUIQP s’est vu reprocher, y compris par des organisations  « progressistes » se réclamant de l’universalité de la lutte contre le racisme, d’alimenter des divisions dans le camp antiraciste.

Cette attitude ne doit cependant pas nous surprendre. Elle correspond parfaitement à un phénomène que Malcolm X avait parfaitement su décrire dans un célèbre discours prononcé en 1964 : « Lorsqu’une maison prend feu et qu’une personne, alertée par les flammes, accourt en criant « au feu ! », le propriétaire de la maison, ainsi réveillé par les cris, commet parfois l’erreur d’accuser la personne ayant lancé l’alerte d’avoir mis le feu, alors même qu’il devrait lui exprimer sa gratitude ».

Parce que le suprémacisme occidental nous affecte, nous les populations non-blanches, de manière spécifique, la réponse que nous devons lui apporter doit s’appuyer sur nos réalités, en utilisant nos mots, en imposant nos priorités.

Le combat du FUIQP s’inscrit ainsi dans la droite lignée des combats menés par plusieurs générations de militant-e-s Afro-américain-e-s qui nous ont toujours inspirés et auxquels nous souhaitons rendre un vibrant hommage.

Dans Black Power, livre publié en 1967, Charles Hamilton et Stokely Carmichael (qui deviendra Kwame Touré) dressaient, a propos du combat des Afro-Américains contre le racisme, le constat suivant : « les Noirs en Amérique n’ont pas le temps de jouer aux gentils, de parler poliment, surtout dans un contexte où c’est la vie de leurs enfants qui est en jeu. (…) Nous, les Noirs, devrons répondre à notre façon, avec nos propres mots, d’une manière qui corresponde à notre tempérament ».

Cinq décennies plus tard, ce constat est toujours d’actualité.

Dans Black Power, Carmichaelet Hamilton insistaient également sur le coût de l’autonomie dans la lutte contre le racisme :

 « Celles et ceux qui assument la responsabilité de représenter les Noirs dans ce pays doivent accepter de renoncer à l’idée qu’ils peuvent le faire de manière efficace tout en maintenant un niveau maximal de confort. (…) Lorsqu’ on décide d’affronter vigoureusement le système raciste, on ne peut pas, en même temps, s’attendre à ce que ce système nous récompense ou même nous traite de manière confortable. Le leadership politique qui consiste à pacifier et adoucir sa voix sous prétexte de « gagner quelque chose pour les siens » revient à obtenir quelques pseudo-gains insignifiants qu’une société riche est parfaitement disposée à octroyer. »

Le FUIQP adresse ses sincères condoléances aux familles de nos frères et sœurs Afro-américain-e-s lâchement assassinés à Buffalo par le terroriste suprémaciste Payton Grendon.

Ce crime nous rappelle que les discours présentant les populations non blanches comme des « envahisseurs » ou des « Grands Remplaçants » menacent directement nos vies.

Dans ce contexte, il est plus que jamais urgent de s’unir pour survivre, s’unir pour ne pas subir.

Déclaration du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)


[1] Malcolm X, « The Black Revolution », 1964. (Notre traduction) 

[2] Notre traduction

La résistance du peuple palestinien contre la permanence de la nakba

Il y a 74 ans, en 1948, le peuple palestinien vivait la nakba – la catastrophe – c’est-à-dire le nettoyage ethnique de la population arabe palestinienne de la Palestine. 800 000 Palestinien-ne-s furent ainsi chassé-e-s de leurs terres et de leurs demeures alors que les colonisateurs sionistes détruisirent 531 villages et 300 hameaux pour empêcher le retour des Palestinien-ne-s.

Mais, depuis 1948, le peuple palestinien vit une nakba ininterrompue marquée par les massacres, les expulsions, les violences et plus largement une domination coloniale reléguant les Palestinien-ne-s à un état de sous-humanité.

Ces dernières semaines, l’État colonial a profané l’Esplanade des Mosquées qui comprend le troisième lieu saint de l’islam, la mosquée al-Aqsa, durant la période de Ramadan et le Saint-Sépulcre durant les célébrations de la pâque orthodoxe. L’État colonial a également bombardé la bande de Gaza qui vit sous un blocus inhumain depuis quinze ans. En Cisjordanie, notamment dans la ville de Jénine, il a cherché à écraser dans la violence toute forme de résistance afin de favoriser l’implantation de colons pour rendre impossible toute rétrocession du territoire.

L’assassinat par l’armée israélienne, ce 11 mai, de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh a légitimement provoqué une nouvelle vague d’émotion et de solidarité avec le peuple palestinien. La mort tragique de Shireen Abu Akleh et les images de son enterrement marquées par l’attaque du cortège par la police israélienne sont venues une nouvelle fois rappeler la réalité de l’État colonial qui fait subir une nakba ininterrompue au peuple palestinien.

Dans son entreprise de colonisation de la Palestine, l’État sioniste bénéficie depuis 73 ans du soutien des forces impérialistes en général et de la France en particulier. Du vote en faveur de la création de l’État colonial en 1947 à l’ONU à la répression de la Révolution algérienne (1954-1962), de l’agression tripartite contre Suez en 1956 aux différentes guerres menées contre le Liban, en passant par la fourniture de l’arme nucléaire à Israël ou par la Guerre du Golfe de 1991, les impérialistes français et les sionistes se sont alliés pour maintenir l’hégémonie occidentale sur la nation arabe.

Le pouvoir français actuel s’inscrit pleinement dans la perpétuation de cette alliance coloniale qui a été scellée dans les guerres menées contre les peuples en lutte pour leur libération. La criminalisation du soutien à la Palestine et à son peuple n’a cessé de se renforcer ces dernières années. Depuis 2014 et la « bataille de Barbès », les expressions de solidarité avec le peuple palestinien ont été régulièrement interdites par le pouvoir français.

  • L’an dernier, alors que l’armée israélienne lançait un déluge de feu sur Gaza, Paris fut la seule capitale européenne où les manifestations de solidarité avec la Palestine furent interdites.
  • La volonté du pouvoir français de dissoudre deux organisations de solidarité avec le peuple palestinien, le Comité Action Palestine et le Collectif Palestine Vaincra, a marqué une nouvelle étape dans la répression du mouvement de solidarité en remettant en cause la liberté d’association.
  • Les campagnes menées au sommet de l’État pour criminaliser les campagnes de boycott de l’État colonial, comme BDS, sont une autre expression des politiques étatiques visant à criminaliser la solidarité avec le peuple palestinien.

Plus globalement, le silence assourdissant du monde politique et médiatique français concernant le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh est une nouvelle manifestation du mur du silence que certains cherchent à bâtir autour de l’oppression coloniale vécue par le peuple palestinien. Où sont les défenseurs de la liberté de l’expression et de la liberté de la presse lorsque l’armée sioniste abat une journaliste palestinienne ?

Face à cette oppression, notre premier devoir, ici en France, est de soutenir la résistance du peuple palestinien qui lutte contre la colonisation et pour son droit à exister en tant qu’être humain et en tant que peuple. Dans le cadre de ce soutien, nous affirmons qu’il appartient seulement au peuple palestinien de déterminer les modalités de sa résistance et de choisir les organisations qui la mènent.

Nous devons continuer à nous organiser pour peser et exiger ainsi que l’État français mette fin à sa collaboration politique, économique, militaire et culturelle avec l’État sioniste. Nous exigeons la même chose de l’Union européenne, et plus particulièrement qu’elle rompe ses accords commerciaux avec l’État colonial.

Nous appelons notamment au boycott de l’État colonial et nous soutenons la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS).

Nous appelons également à venir participer début juin à notre balade décoloniale à Paris qui sera une occasion de parler de la colonisation et du racisme et d’honorer le peuple palestinien.

Occuper est un crime, Résister est un droit

Vive la Palestine !

Tahya Filistine !

Vive la résistance !

Tahya al-mouqawama !

Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) Paris-Banlieue

15/05/2022

Les années qui viennent : soumission ou résistance ?

Le choix de dimanche dernier a été étrange et difficile pour de nombreux citoyens et encore plus pour les héritiers de l’immigration et les habitants des quartiers populaires. Choisir entre un ultralibéral autoritaire accompagnant sa destruction des conquis sociaux et des services publics par des débats écrans et des lois islamophobes d’une part et une candidate partisane d’un libéralisme racialisé ayant en son centre la « préférence nationale » et l’islamophobie d’autre part, est une expérience particulière. Dès les résultats du premier tour, le ton était à la colère devant un choix contraint, résultat d’une stratégie de longue date de la classe dominante visant à imposer ce choix binaire. La colère et la déception ont été d’autant plus forte que le vote Mélenchon avait pour la première fois depuis longtemps suscité de l’espoir social et politique dans les quartiers populaires. Si le programme de Mélenchon a contribué à mobiliser l’électorat de ces quartiers, c’est surtout le sentiment d’un discours en rupture avec le climat islamophobe largement banalisé de l’opposition de droite au parti socialiste en passant par la majorité présidentielle, qui a suscité l’espoir.

Quelque soit le choix fait dimanche dernier [de l’abstention pour ne pas choisir entre deux maux, au vote Macron pour faire barrage à Le Pen en passant par une minorité de vote Le Pen pour « foutre le bordel »], les électeurs héritiers de l’immigration et habitant les quartiers populaires, s’attendent désormais à cinq nouvelles années d’épreuves et d’attaques. En témoigne les résultats du second tour qui souligne que le second mandat de Macron s’enclenche sur la base d’une crise de légitimité inédite. En effet avec une abstention de 28,01 % et un vote blanc ou nul de 8.6 %, il faut remonter à un demi-siècle en arrière, en 1969, pour retrouver un tel pic d’abstention et de vote blancs. Les scores des deux candidats n’indiquent pas leur représentativité. Pour approcher celle-ci il convient de prendre en compte cette abstention et ce vote blanc c’est-à-dire de rapporter les scores au nombre d’inscrits. Macron est ainsi élu avec 38,5 % des inscrits alors que Marine Le Pen recueille les voix de 27,3 % des inscrits. De surcroît pour les deux candidats la moitié des suffrages portés sur leur nom n’était pas un vote d’adhésion mais un vote de barrage à l’autre candidat. Les uns ont voté Le Pen pour virer Macron et les autres Macron pour faire barrage à Le Pen. Le décalage entre la représentation politique et la société réelle est, aujourd’hui, une caractéristique incontestable de la société française. Si la réalité n’est pas nouvelle la tendance à la hausse du décalage est également indéniable : 16 % d’abstention en 2007, 19,6 % en 2012, 25,4 % en 2017 et 28,1 % en 2022. Une première conséquence de ce contexte à la sortie des urnes est qu’il ne reste au nouveau Macron qu’un seul chemin pour imposer ses réformes libérales impopulaires : passer en force et réprimer encore davantage les contestations sociales prévisibles.

Ces cinq années de galères sociales seront également logiquement une période d’éruptions islamophobes. Le résultat de Marine Le Pen au premier tour est en effet une non-surprise c’est-à-dire un résultat attendu. La montée importante du Rassemblement national a été promue par Macron lui-même. En empruntant à Marine Le Pen ses thèmes, ses mots et ses logiques, Macron produisait ainsi sa candidate idéale pour être réélue. Au passage cependant les idées racistes se sont enracinées, la division des classes populaires selon une ligne de couleur s’est accrue et le sentiment d’impuissance a également augmenté. On ne change pas un système qui gagne et il faut donc s’attendre à de nouvelles éruptions du gouvernement présentant l’immigration, les réfugiés, les musulmans de France, les non-Blancs ou les quartiers populaires comme causes de tous les maux de la société française. La production puis la promotion du variant Zemmour par une partie de la classe dominante sous la houlette du milliardaire Bolloré annonce même une intensification de cette logique du bouc émissaire. Celui-ci ne peut espérer en effet progresser que dans une logique de surenchère raciste que Macron comme Le Pen seront contraint de prendre en compte. Le résultat des présidentielles ancre ainsi un processus, non pas de droitisation du champ politique qui est déjà une réalité avérée, mais d’extrême-droitisation de celui-ci c’est-à-dire de fascisation.

Plus grave encore les scores de Le Pen et de Zemmour ne peuvent avoir qu’un effet d’encouragement aux passages à l’acte racistes. Des citoyens se sentiront autorisés à agressé oralement et/ou physiquement celles et ceux qui ont été mis en scène [et qui continuerons d’être mis en scène] comme menaçant l’identité française, ses service publics, sa laïcité, etc. Des policiers se sentiront tout autant encouragés à poursuivre et intensifier les contrôles au faciès, les violences et les atteintes à la dignité. Comment pourrait-il en être autrement alors même qu’une enquête électorale CEVIPOP annonçait 60 % d’intention de vote Le Pen pour le second tour 2022 chez les policiers et les militaires ?

Dans ce contexte particulier le FUIQP s’adresse en premier lieu aux sans-papiers, aux immigrés et à leurs familles, aux héritiers français de l’immigration et aux musulmans réels ou supposés pour rappeler que la soumission et le silence ne mettent jamais fin à l’oppression et à l’injustice. La lutte, la solidarité, la visibilité et l’organisation des premiers concernés ont toujours été incontournables pour enrayer les processus de transformation d’un groupe social en bouc émissaire et en ennemi de l’intérieur. Nous invitons donc toutes celles et ceux actuellement inorganisées à nous rejoindre pour avancer vers la constitution d’une réelle force des immigrations et des quartiers populaires qui fait aujourd’hui tant défaut.

Nous nous adressons ensuite à celles et ceux d’entre nous déjà organisés dans des associations ou collectifs politiques pour rappeler que l’éparpillement et les querelles intestines pour le leadership font partie de notre problème. Nous ne sommes pas contraints d’être unis sur tout pour agir ensemble. Il suffit pour cela d’être unis sur la volonté de mettre fin à la logique enclenchée en 2004 avec la loi sur l’interdiction du foulard conduisant à la banalisation de l’islamophobie dans le champ politique, dans le paysage médiatique comme dans la société globale. Nous avons besoin d’une maison commune, bâtie par toutes et tous, pouvant être en débat contradictoires sur de nombreuses questions mais capable de s’unir pour agir sur le cœur de notre oppression. 

Nous nous adressons enfin à l’ensemble des militantes et militants, associations et organisations, pour rappeler qu’une des conditions de possibilité du contexte actuel a été l’absence d’opposition massive à la logique islamophobe, aux violences policières, aux discriminations racistes, etc. Nous avons besoin d’un antiracisme conséquent ne transigeant pas d’un iota face aux nouveaux visages du racisme.

« S’unir pour ne pas subir » est la seule voie solide si nous voulons résister aujourd’hui et éviter une séquence fasciste en 2027.

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

28/04/2022

Soutien à la famille du petit Othmane mort dans un ascenseur défectueux: pour la justice et contre les discriminations

Le 15 avril 2022 a eu lieu le procès d’Otis pour « homicide involontaire », suite au décès en 2015 d’ Othmane Esshaymi dans un ascenseur défectueux de son immeuble situé au 19, rue Blériot, à Mantes la Jolie, et géré par le bailleur Mantes en Yvelines Habitat.

La famille d’Othmane, qui demande justice depuis 2015, a dû faire face au mépris d’Otis et de l’office public Mantes en Yvelines Habitat, placé à l’époque sous la présidence de Jean-Michel VOYER, actuel conseiller communautaire de Grand Paris Seine et Oise. Le bailleur Mantes en Yvelines Habitat a été relaxé en première instance suite à sa dissolution ou plutôt son « absorption » en 2019 par Les Résidences Yvelines Essonne dont le président actuel est Pierre Bédier, ancien maire de Mantes la Jolie et président du Conseil Général des Yvelines.

Quant à la société Otis, condamnée en pour « homicide involontaire » en mai 2020, elle s’est   pourvue en cassation pour faire casser le jugement de première instance en 2021 pour un vice de procédure (ils n’avaient pas eu la parole en dernier lors du procès).

Pourtant, l’ensemble des éléments démontre une responsabilité flagrante du bailleur et d’Otis. En effet, le bailleur MYH n’avait pas fait son contrôle quinquennal de l’ascenseur et avait refusé un devis de réparation présenté par Otis. De son côté, la société Otis a fait réaliser un simple contrôle visuel de l’ascenseur la veille du drame. A tout cela s’ajoute les nombreux témoignages des habitants de l’immeuble et des gardiens sur l’état de l’ascenseur souvent en panne (parfois plus de 4 mois d’affilés), bloqué entre deux étages et dont les portes ne fermaient pas complètement.

La défense d’Otis n’a eu de cesse de blâmer la famille, en pointant le fait que l’enfant se soit trouvé seul dans l’ascenseur et de reporter la responsabilité du mauvais état des ascenseurs sur le comportement des habitants de l’immeuble.

Le drame qui frappe la famille d’Othmane et la façon dont les responsables de la mort du petit garçon de 7 ans  se défaussent est symptomatique du traitement infligé aux habitants des quartiers populaires : locataires quand il s’agit de s’acquitter de leur loyer mais pas au point d’avoir le droit  à des conditions de vie dignes et sûres pour eux même et leurs enfants.

D’autres familles ont perdu leur enfant dans des conditions similaires : Bilal, 4 ans est mort en 2001 dans la cage d’ascenseur vide de son immeuble de la Meinau à Strasbourg,  Fethi, 9 ans est lui aussi décédé suite à une chute dans une cage d’ascenseur vide dans un immeuble de Clichy sous Bois géré par Opievoy (devenu les Résidences Yvelines Essonne).

Confrontés à des pannes d’ascenseur récurrentes et qui durent des mois ou des semaines, à un sous-entretien des espaces communs et à une absence d’aménagement pour les personnes à mobilité réduite, nombreux sont les habitants des quartiers populaires qui se trouvent confrontés à un mur lorsqu’ils demandent au bailleur de faire son travail. A Bobigny (pour le bailleur Seine-Saint-Denis Habitat dans le quartier de l’Abreuvoir), à Villetaneuse (pour le bailleur France Habitation devenu Seqens dans la Cité Saint-Leu), à Bagnolet (pour le bailleur Logirep à la Capsulerie), à Angoulême (résidence Darras), les locataires dénoncent l’abandon dans lequel ils sont laissés par leur bailleur et parfois la municipalité. Et cette liste est loin d’être exhaustive. Cet abandon est le signe du mépris de classe et du racisme que subissent les habitants des quartiers populaires. Les histoires de ce type sont malheureusement banales au sein des quartiers à dominante HLM. Allez donc visiter un immeuble de Logirep à Levallois Perret, la réalité y est toute autre qu’à Bagnolet.  Pour les Offices Publics comme Mantes en Yvelines Habitat ou Seine-Saint Denis Habitat, la responsabilité est encore plus grande car ils sont adossés à une collectivité et que les sphères de décision sont à la main des élus locaux. La stigmatisation vient s’ajouter au mépris lorsque les bailleurs font porter la responsabilité des désordres sur le comportement des habitants, et cela arrive de manière quasi systématique.

Mais pour les locataires, c’est souvent l’organisation collective et la médiatisation qui permettent de créer un rapport de force et de faire bouger les choses.

Le drame qui a touché les familles d’Othmane, Bilal et Fethi est la finalité dramatique et insupportable de cet abandon au quotidien par les pouvoirs publics et la conséquence de la recherche du profit et de la rentabilité à tout prix des entreprises comme Otis ou des bailleurs, sur le dos des habitants de quartiers populaires.  Pour que plus jamais un enfant ne perde la vie, les bailleurs et les élus locaux doivent prendre leurs responsabilités et ils ne le feront que sous la pression des habitants des quartiers populaires. Ces derniers ont d’ailleurs bien compris qu’ils n’ont pas d’autres de choix que de s’unir pour ne pas subir.

Le FUIQP apporte tout son soutien au combat pour la justice et la dignité porté par la famille d’Othmane et sera présent le 24 juin au tribunal de Versailles pour le jugement d’Otis.

FUIQP Paris-Banlieue

23/04/2022

« Si nous nous couchons devant les discours et les politiques racistes, nous sommes morts ! »

Soutien au Collectif Chapelle debout ! et aux résidents de l’ « Ambassade des migrants »

Comme l’aigle en plein vol

Qui défie les frontières

Et défend son honneur

J’ai passé ma vie

A explorer d’autres contrées

Afin d’offrir à mes enfants

Un avenir meilleur

Laisse-moi te dire, cher compatriote

Oui toi, mon frère

Que pour avoir cherché à gagner notre pain

Ils nous ont déclaré la guerre

Déployé leurs troupes aux frontières

Mais nous sommes indomptables

Los Tigres del Norte, De Paisano a Paisano

« Mais pourquoi ils viennent en France, ces gens-là ? »

Cette question est revenue, de manière lancinante, dans la bouche de nombreux passants et riverains croisés ce lundi 18 avril, rue Saulnier, à Paris, où le collectif anti-raciste Chapelle Debout ! ainsi que des dizaines d’exilés sans abris, occupent un bâtiment laissé à l’abandon depuis près de trois ans. Depuis le 18 avril, le bâtiment a été rebaptisé « l’Ambassade des migrants ».

Pourquoi « ces gens-là » sont-ils venus en France ?

La réponse est pourtant simple : ils/elles sont venus en France pour les mêmes raisons que ces dizaines de milliers de travailleurs « frontaliers » qui effectuent, tous les jours, un trajet aller-retour entre la France et la Suisse, pays où est établie la plus grande communauté de Français vivant à l’étranger. 

Les résidents de « l’Ambassade des migrants » à Paris sont venus en France pour les mêmes raisons que ces millions de Français (2,5 millions selon le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) qui ont fait le choix de s’installer dans d’autres pays, où ils ne sont pas appelés « migrants » (le terme étant réservé aux seuls « basanés ») mais « expatriés ».

Les mêmes raisons qui ont poussé des centaines de milliers de « mojados » mexicains, honduriens, guatémaltèques ou encore salvadoriens à émigrer aux États-Unis.

Les mêmes raisons qui ont poussé des dizaines de milliers de « talents étrangers » à s’installer dans la cité-Etat de Singapour.

Les mêmes raisons qui, jadis, avaient poussé les « boat people », en provenance d’Asie du Sud-Est, à prendre les chemins de l’exil, à bord d’embarcations de fortune, et souvent au péril de leur vie.

Les mêmes raisons qui, aujourd’hui, poussent des millions d’Ukrainiens à fuir un pays dévasté par la guerre.

Qu’ils/elles soient « légaux » ou « sans papiers », qu’ils/elles aient quitté leurs pays pour fuir la guerre, la misère ou qu’ils/elles aient émigré pour améliorer leur situation professionnelle et/ou économique, tous ont un point en commun : tous ont été condamnés à « explorer d’autres contrées afin d’offrir à leurs enfants un avenir meilleur» , comme nous le rappelait le groupe de corridos mexicain Los Tigres del Norte, dans une  chanson culte du début des années 2000.

Toute personne ayant connu l’expérience de l’émigration sait qu’on ne quitte pas son pays de gaieté de cœur. Comme dit un célèbre dicton malais : « mieux vaut vivre sous une pluie de pierres chez soi que sous une pluie d’or chez les autres ».

Hélas, cette sagesse pourrait difficilement s’appliquer à celles et ceux pour qui la pluie est devenue une denrée rare;  ces populations ayant subi de longues périodes de sécheresse, à l’image de celle qui menace actuellement des millions de foyers en Afrique de l’Est.

Ce proverbe malais pourrait également difficilement s’appliquer aux personnes qui ont vécu non pas sous une « pluie de pierres » mais sous une pluie de bombes ou de missiles fabriqués par des marchands d’armes bien de « chez nous »… 

A l’issue d’un périple au cours duquel beaucoup ont risqué leur vie, les résidents soudanais, érythréens, marocains, tunisiens, somaliens, mauritaniens, maliens, tchadiens ou encore djiboutiens de l’ « Ambassade des Migrants » se retrouvent aujourd’hui dans la « patrie des Lumières », au « pays des droits de l’Homme » où ils sont pourtant privés des droits les plus élémentaires, comme le droit à dormir sous un toit, le droit de circuler librement, ou encore le droit d’être traités dignement, sans violences ni harcèlement policiers.

Bref, ces droits que la société française a bien voulu accorder, dans un élan de solidarité qu’on ne peut que saluer, aux réfugiés ukrainiens.

Depuis sa création, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) défend les droits des personnes issues de l’immigration quelle que soit leur origine, leur couleur de peau, leur religion, ou leur situation administrative.

Le premier des « dix poings » du FUIQP proclame ainsi fièrement : « Nous voulons la régularisation de tous les sans-papiers et une citoyenneté commune et égale pour tous ».

En digne héritier des luttes de l’immigration, le FUIQP n’a eu de cesse de dénoncer les politiques impérialistes et néocoloniales imposées aux peuples du Tiers-Monde ; ces politiques qui persistent de nos jours et qui sont une des principales causes de l’immigration postcoloniale.

Le FUIQP  a toujours combattu les discours et pratiques visant à diaboliser, criminaliser et/ ou réprimer les personnes issues de l’immigration postcoloniale et les habitants des quartiers populaires.

Aujourd’hui, dans un contexte d’extrême droitisation du débat public largement favorisé par le pouvoir en place, alors qu’une candidate fasciste à l’élection présidentielle n’a jamais été aussi proche du pouvoir, il est plus que jamais nécessaire de se mobiliser pour la défense des droits des migrants, avec ou « sans papiers ». Cette mobilisation, nous l’avons commencée avant les élections et nous la poursuivrons bien au-delà.

Lors d’un discours prononcé le 13 décembre 1998, le grand historien et militant anti-impérialiste Joseph Ki-Zerbo, mettait en garde la jeunesse burkinabè contre les conséquences de l’inaction: « si nous nous cochons, nous sommes morts ! » (« N’an laara an saara », en langue dioula).

Si aujourd’hui, nous nous couchons devant les discours et pratiques xénophobes, les violences policières et le racisme systémique, nous sommes morts !

Pour ces raisons, le FUIQP apporte son soutien au collectif Chapelle debout ! et aux résidents de l’ « Ambassade des migrants ».

S’unir pour ne pas subir

FUIQP

23/04/2022

Notre devoir de solidarité avec la résistance du peuple palestinien

« Le colonisé qui résiste a raison. »

Frantz Fanon

Comme presque tous les ans durant le mois de Ramadan, les forces de l’ordre sioniste ciblent les Palestiniens qui se rendent sur l’esplanade des mosquées à al-Quds pour prier. Les forces de l’ordre sionistes et les colons multiplient ainsi les incursions et les provocations contre le troisième lieu saint de l’islam dont certains colons souhaitent la destruction.

De ce fait, les affrontements se sont multipliés ces derniers jours entre les forces coloniales et les colonisés palestiniens. Vendredi 15 avril, ils ont fait plus de cent cinquante blessés. Dimanche 17 avril, ils ont fait une vingtaine de blessés par des balles en caoutchouc tirées par les forces de l’ordre sioniste.

Au total, ces affrontements entre des forces de l’ordre entrainées et surarmées et la population palestinienne ont fait plus de deux cents blessés et ont provoqué environ 450 arrestations.

Plus globalement, cette politique de harcèlement de la population palestinienne d’al-Quds s’inscrit dans une politique de nettoyage ethnique de la ville sainte par l’Etat colonial qui souhaite en faire sa capitale ethniquement « purifiée ».

Parallèlement, les forces de l’ordre sioniste ont mené plusieurs opérations de répression en Cisjordanie faisant plusieurs morts palestiniens et ont bombardé la bande de Gaza qui vit sous un blocus intenable depuis plus de dix ans.

Face à cette nouvelle offensive coloniale, le peuple palestinien et ses organisations résistent, comme il résiste depuis des décennies à la colonisation sioniste.

En France, notre devoir est : d’élever la voix afin d’apporter notre soutien au peuple palestinien et à sa résistance ; de dénoncer la complicité historique de l’Etat français dans le processus de colonisation de la Palestine et d’oppression du peuple palestinien ; de dénoncer les complicités de celles et ceux qui appuient les forces coloniales dans leur entreprise de destruction de la Palestine et de son peuple.

Dans ce cadre, il est de notre devoir de dénoncer la dissolution de deux organisations de soutien à la Palestine – le Comité Action Palestine et le Collectif Palestine Vaincra – par le gouvernement français. Nous appelons ainsi toutes celles et tous ceux qui ont à cœur la Palestine, de venir apporter leur soutien à ces deux organisations mardi 26 avril à partir de 10h devant le conseil d’Etat à Paris (métro Palais Royal).

La résistance est un droit car la colonisation est un crime !

Tahya Falastin !

Vive la Palestine !

Vive la résistance du peuple palestinien !

Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP)

22/04/2022